Corinne LUCHAIRE (1921 – 1950)

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L’histoire tragique d’une actrice douée

corinne luchaire
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Corinne Luchaire

Le livre Stars et starlettes du noir & blanc revient sur la vie de Rosita dite « Zizi », fille de Jean Luchaire, homme de presse dévoyé, qui mourra le 22 février 1946 au fort de Châtillon. Il avait 45 ans. Son règne avait été de courte durée. Un septennat répugnant ! A 39 ans, Luchaire (« Louch Herr », comme le surnommait Jean Galtier-Boissière, fondateur du Crapouillot) préside la Corporation nationale de la presse française. Il dirige aussi le quotidien le plus moderne des années noires, Les Nouveaux Temps. Là, il influence la radio, le cinéma, la pub, l’édition… Luchaire, bouffon de cour vendu aux Allemands par amour de la dolce vita, du luxe et du pouvoir» (L’Express).

L’ignoble individu n’aura eu qu’un seul mérite, celui d’avoir engagé comme secrétaire Simone Kaminker, demi-juive copine de classe de fille qui avait pris pour prénom de scène « Corinne ».

Symbole du traître mondain, Luchaire collectionnait les aventures féminines, généralement des actrices : Mireille Balin, Marie Bell, Josseline Gaël (la compagne de Jules Berry), Geneviève Boucher-Fath (épouse du créateur de mode Jacques Fath), Monique Joyce et… Yvette Lebon, starlette en concurrence avec la fille de son amant (Yvette est née en 1910, Corinne en 1921) :

– « La guerre éclaircit les rangs de ses rivales ! Danielle Darrieux se volatilise et passe en Suisse sous un faux nom. Michèle Morgan et Micheline Presle sont en zone libre et ne tournent pas. Annie Vernay vient de décéder. Il ne reste guère que Corinne Luchaire pour lui disputer la place car les deux jeunes femmes jouent sur les mêmes arguments! A ceci près que la très fantasque Corinne est considérée par ses contemporains comme la plus bête des oies jamais apparue sur un écran» (Céline Colassin).

La guerre, ce n’est pas le problème des actrices

Yvette Lebon avait déclaré en plaisantant : « Hitler ? Ce que je pense d’Hitler ? Mais je n’en pense rien ! Si je le rencontrais je lui demanderais un autographe, après tout c’est une célébrité ! ». Bref, une idiote… qui a eu la chance de n’être pas tondue :

« J’étais d’une inconscience complète, je faisais des films, il y avait du champagne, des fêtes, la guerre ça me passait complètement au-dessus de la tête, j’étais une jeune folle, une sotte ! Finalement j’ai eu beaucoup de chance, j’aurais pu le payer très cher « 

Quoi qu’il en soit, à la Libération, sa carrière en France a du plomb dans l’aile.

Mais revenons à Corinne Luchaire, petite-fille de l’historien et écrivain Julien Luchaire .(Sachant qu’elle suivait des cours d’Art dramatique, il avait écrit une pièce de théâtre spécialement pour elle, Altitude 3200).

Enfant prodige

Elle est vedette du grand écran à l’âge de dix-sept ans dans Prison sans barreaux (1938). Comme elle parle fort bien la langue de Shakespeare, elle tourne aussi dans la version anglaise, Prison Without Bars. Impressionnée, l’actrice Mary Pickford proclame qu’elle est la nouvelle Garbo.

En 1939, elle est la vedette du Dernier Tournant, un titre qui n’évoque pas grand-chose aujourd’hui alors qu’il s’agit de la toute première adaptation cinématographique du Facteur sonne toujours deux fois. Des problèmes de santé, hélas, l’éloignent de la caméra la moitié du temps : elle a la tuberculose, ce qui l’oblige à de longues et fréquentes cures en sanatorium. Mais lorsqu’elle n’est pas à la montagne à se refaire la santé, elle mène la grande vie à Paris, profite des relations de son père. Bref, durant l’Occupation, elle est très occupée.

Accessoirement elle se marie fin 1941 mais divorce au bout d’un mois… ne parvient pas à se faire épouser par le champion de ski Emile Allais et tente de se suicider, au cas où cela le ferait revenir sur sa décision… fréquente assidûment un aviateur autrichien de la Luftwaffe (Armée de l’Air allemande), tombe enceinte, met au monde le 10 mai 1944 une petite fille qui portera son nom, Luchaire, et non celui de son père, le capitaine Wolrad Gelrach… Et tente une seconde fois de se suicider.

En septembre 1944, un millier de collabos filent se réfugier à Sigmaringen. Les Luchaire sont du lot avant de gagner l’Italie où Corinne et son père seront arrêtés. Transférés à la prison de Fresnes, on le fusille, et on condamne sa fille à dix ans d’indignité nationale. Elle n’en verra pas la fin : la tuberculose a raison d’elle en 1950. Elle n’avait même pas trente ans.

Nous l’avons vu, Corinne Luchaire était une copine de Simone Kaminker. Elle abandonnera son véritable patronyme, trop dangereux pour l’époque, et choisira pour nom de scène celui de sa mère. Elle devient Simone Signoret (1921 – 1985).