Souvenons-nous de Fréhel…

0
447

Marguerite Boulc’h était née pour être star…

… Son amour pour Maurice CHEVALIER la perdit

Fréhel
Fréhel

Un livre vient de sortir qui retrace la carrière des REINES DU 78 TOURS

Elle voit le jour à Paris en 1891. Elle semble née pour se donner en spectacle : à l’âge de cinq ans, elle chante avec un vieil aveugle pour recueillir quelques piécettes aux carrefours. Mais elle abordera le monde du music-hall par des voies détournées : c’est en tant que représentante en produits de beauté qu’elle découvre ce monde qui la fascine… et le lui rendra bien : la Belle Otero la recommande auprès d’un éditeur de musique. La voici rapidement vedette parisienne sous le nom de Petite Pervenche. Elle n’a pas tout à fait vingt ans, et épouse Roberty, le professeur de chant et de diction de Damia.

Sur les bords de la Riviera

En 1913, elle obtient un premier succès, « Sur les bords de la Riviera ». Elle est d’origine bretonne, mais, comme on l’a vu, elle a surtout grandi dans les rues des faubourgs, et en a gardé la gouaille du titi parisien. La notoriété et la richesse lui donnent le goût de la vie nocturne, de l’alcool et de la drogue (elle chante d’ailleurs «La Coco»).

Il n’en faudra pas beaucoup pour que sa beauté, ses traits fins et son corps svelte ne soient plus qu’un lointain souvenir : une relation enflammée avec Maurice Chevalier, la déception amoureuse, une tentative de suicide, et la voilà devenue une épave. Invitée par la grande-duchesse Anastasia, elle quitte Paris pour un exil beaucoup plus long qu’elle l’aurait imaginé, puisque, entre-temps, la guerre a été déclarée. Ce n’est qu’en 1924, après onze ans d’absence, qu’elle retrouve la capitale. Mais son public (qui, d’ailleurs, aurait bien du mal à la reconnaître tant elle s’est enlaidie) l’a oubliée. Il lui faudra des années pour retrouver l’ombre du succès d’antan :

– Quand j’ai trop l’cafard, j’change d’époque. Je pense à ma jeunesse, j’regarde ma vieille photo et je m’dis que j’suis d’vant une glace. J’mets un d’mes anciens disques du temps où j’avais tant d’succès à la Scala. Je paraissais en scène dans un décor champêtre avec un projecteur rouge braqué sur mon visage, et je chantais… (Pépé le moko, film de Duvivier en 1937… c’est bouleversant).

Frehel dans le film Pepe le Moko

Du fait de son absence en France entre 1913 et 1924, son nom évoque beaucoup plus la période entre-deux guerres que la Belle Époque. Le cinéma a immortalisé son image décatie au détriment de la jeune beauté des années dix. Cœur de Lilas (1931), Le Roman d’un tricheur de Guitry (1936), La Maison du Maltais et le remake de La Rue sans joie (1938), L’Enfer des anges et L’Entraîneuse (1939) et évidemment Pépé le moko, déjà cité.

Poissarde au point d’en devenir un don, en 17 films, elle n’obtint jamais que des petits rôles, généralement de vieille prostituée, alors que ses consœurs Damia, Piaf et même Lys Gauty (mais cette dernière, une seule fois) se virent offrir la vedette dans des films spécialement écrits à leur intention. Elle tenta un comeback en 1950

Sa vie misérable s’achève en 1951 dans un hôtel à Pigalle…

Les Reines du 78 tours D'Édith Piaf à Dalida
Les Reines du 78 tours D’Édith Piaf à Dalida

Daniel Lesueur – Culturesco