Martine Carol (1920-1967)

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Superstitieuse, elle a changé deux fois de nom

Martine Carol

 

Ses débuts au cinéma remontent à l’Occupation

Marie-Louise Jeanne Nicolle Mourer – c’est son véritable patronyme – débute sous le pseudonyme de Martine Arley ; elle tourne pour la Continental, firme financée par des capitaux allemands et dirigée par Alfred Greven, un ami de Göring. On peut la voir non créditée, apparitions furtives en 1942 dans Les inconnus dans la maison et Le dernier des six (elle était amie d’André Luguet).

Son premier grand rôle est un coup d’épée dans l’eau : « La Chatte » de Colette, un projet de Clouzot, n’aboutit pas.

Un pseudo dans un film peu glorieux

« Parce qu’elle était superstitieuse, Martine Carol a changé deux fois de nom », pouvait-on lire dans Ciné mondial n°130 de mars 1944 :

« L’ingénue qui nous a été révélée par La Ferme aux loups, n’est pas nouvelle dans le métier. Sous le nom de Maryse Harlay elle avait déjà tourné dans Les Corrupteurs. Maryse apprit un jour que les noms de treize lettres étaient bénéfiques ; or, Maryse Harlay ne possédait que douze lettres. Elle adopta le nom de Martine Carole, trouvé par François Périer. Mais on lui a dit depuis que le chiffre 13 était maléfique. Que faire ? Reprendre Harlay ? Garder Carole ? Elle a tranché en enlevant un « e » à son nom… Martine Carole est morte. Vive Martine Carol ! »

Ce que l’hebdomadaire se garde bien de signaler, c’est que Les Corrupteurs était un docu-fiction ouvertement antisémite et anti-américain.
En 1945, on la voit à la fin d’un film maudit, Bifur 3. Maudit parce qu’il avait commencé d »être tourné au tout début de la guerre, et que l’actrice principale que Martine va remplacer a déclaré forfait. Ne sont pas revenus non plus tourner la fin du film, Robert Le Vigan, en fuite en Amérique du Sud, et Raymond Aimos, tué à Paris (par les Allemands ou par la Résistance, on n’a jamais su vraiment).

Martin CarolD’une grande beauté, ses réussites cinématographiques s’enchaînent jusqu’à 1949. Mais elle n’a pas encore trouvé « LE » rôle de sa vie. Elle a déjà tourné dans dix-huit films lorsqu’on lui propose de devenir « Caroline chérie » (1950) suivi par Un caprice de Caroline chérie (1952). Mais si ce rôle lui colle à la peau, il ne doit pas occulter de véritables bijoux et principalement  Lola Montès réalisé par Max Ophüls. Ce film marque une date dans sa carrière : pour la première fois, la critique (qui l’avait toujours éreintée) lui accorde ses faveurs. En contrepartie, pour la première fois aussi, le public la boude !

Nana.(1955 de Christian-Jacque avec Martine Carol, Charles Boyer)

Son erreur consista peut-être à accepter de temps à autre des rôles purement alimentaires qui ne la mettaient pas véritablement en valeur.  Et de fait on lui proposait le plus souvent des rôles de courtisane, de prostituée ou de femme légère. Par contrecoup, son nom ne figure pas, hélas, au panthéon des grandes actrices françaises. Il faut la redécouvrir dans les rôles faits pour elle, comme Nana revisité par son mari Christian-Jacque aux dialogues brillants signés Henri Jeanson.

Martine Carol : heureuse à Tahiti (1962)

Sa vie sentimentale : un désastre…

Son premier amant, l’acteur Georges Marchal, l’abandonna pour filer le parfait amour avec la comédienne Dany Robin. Martine se jeta à la Seine après avoir ingurgité force alcool et médicaments (1947). Elle fut sauvée de la noyade par un passant.
Aucun de ses quatre mariages ne dura plus de cinq ans. Martine était toujours désespérément malheureuse.

Et sa vie professionnelle commença à battre de l’aile lorsque survint en 1960 la grande rivale qui l’éclipsa : Brigitte Bardot. Jusqu’à son image de femme fatale qui commence à s’effriter. En désespoir de cause, elle suit des cures d’amaigrissement draconiennes. Cela ajouté aux médicaments qu’elle engloutissait pour se remonter le moral la conduisit à une crise cardiaque qui mit fin à ses jours alors qu’elle n’avait que 47 ans. On évoqua même, sans pouvoir le certifier, la possibilité d’un suicide. Martine Carol fut notre Marilyn Monroe. La presse ayant annoncée qu’elle avait été enterrée avec ses bijoux, sa tombe fut profanée.

POUR EN SAVOIR PLUS SUR LES ACTRICES DU 20e SIECLE :

Daniel Lesueur – CulturesCo