Rollerball – 1975 – Film de Norman Jewison

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ROLLERBALL – 1975

Rollerball Film 1975

Rollerball – Film de Norman Jewison à qui l’on doit quelques beautés pelliculaires : « Dans la chaleur de la nuit » (1967) avec Sydney Poitier et Rod Steiger confrontés au racisme déclaré du Sud des Etats Unis, « L’affaire Thomas Crown » (1968) où Steve McQueen, nanti désœuvré, organise un « casse du siècle » puis décide de séduire Faye Dunaway, enquêtrice pour la banque dévalisée. Plus récemment, il créé la controverse avec « Hurricane Carter » où un formidable Denzel Washington joue plus vrai que nature en boxeur assassin innocent, controverse se rapportant à des libertés biographiques s’opposant à l’appellation de biopic.

Rollerball OST – John Brown – Adagio

Le synopsis de « Rollerball » présente un monde dirigé non plus par des états mais par des corporations, qui de l’énergie, du luxe, du logement ou des transports. Filmé en 1975, l’action se déroule en… 2018 ! Prémonition ? Notre contexte présentant, pour le moins en France et aux USA, des hommes d’affaires à la tête des états, la question reste en suspens. Le postulat du film repose sur un jeu inventé pour « remplacer » les guerres, les règles du « real game » n’ayant de limites à la violence que celle décidée par des dirigeants privilégiés: «Distrayons les peuples en mal d’exactions avec un divertissement où le sang fait figure de vernis ».

Le jeu est plus grand que les joueurs

La philosophie avouée du jeu est affichée en étendard: « Le jeu est plus grand que les joueurs ». Tout parait être en place lorsqu’une dissidence fait gripper la machine. Une équipe domine le championnat : Houston. Au-delà d’une hégémonie sans partage, sa vedette est en passe de devenir une légende, un genou sur la piste mais jamais vaincu : Jonathan E. L’équilibre entre les corporations considéré comme rompu, il faut éliminer ce joueur, par tous les moyens. Le film se divise ainsi entre séquences de jeux et interrogation du héros sur sa réelle liberté dans un monde sous contrôle.

Bo du Film Rollerball

La BO fait appel à des « épées » de la musique classique où l’on retrouve, entre autre, la Toccata et Fugue en Ré mineur de Jean Sebastien Bach ou l’adagio d’Albinoni. Cette opposition de style entre partitions « piano » et « mezzo forte », correspond au nuancement du montage, contraste destiné à accentuer la violence de certaines séquences. Technique filmographique à l’appui, ces séquences sont données en « replay », au ralenti, afin de sacraliser la qualité des impacts subis par les joueurs. Ce qui, en 1975, était considéré comme violent ne déparait pas dans le monde tel que nous le vivons actuellement.

Toccata and Fugue in D Minor

Réussite ou navet ?

L’acteur principal : James Caan, incarne à merveille Jonathan E., ce personnage posé dans la vie, tueur né sur la piste. Trois ans plus tôt, JC (tien, tien …) donne un exemple de son talent d’interprétation dans la saga Corleone, CF « Le Parrain ». En 1990, il devient une proie avec tout autant de réalisme dans l’adaptation à l’écran du roman de S. King: « Misery ». Soupçonné de connivence avec la Pieuvre Noire, la « Mafia », sa « vie » fantasmée d’acteur semble se décalquer sur sa vie d’homme. N’en aillant cure, sur le grand écran, ce 6ème Dan de karaté toise ses partenaires droit dans les yeux, le spectateur ne pouvant situer le moment où ce « ciel bleu sans nuages » va passer à « l’orage ». En cela, Rollerball lui correspond. Critiqué à sa sortie, culte et étrangement réaliste de nos jours, il n’a pas fini de coloriser des écrans. En 2028 ?

Au reflet de ce qui se prépare, ça n’est pas le terne remake de 2002 qui va l’éclipser. En fin de séance, la salle obscure résonne encore des : « Jonathan, jonathan, JONATHAN … !!! » qui closent le film. « Rollerball » : une « péloche » intemporelle.

Thierry DaugeCulturesco