« On va faire du sale » : le ton est donné. Normal, Alexis Tramoni est raciste, antisémite et homophobe. En tout cas, c’est ce qui se dirait à propos de lui. Mais ces gens qui le détestent jusqu’à porter plainte contre lui, sont-ils déjà allés le voir sur scène ?
Parce que voir Alexis Tramoni sur scène, c’est aller écouter des blagues. Des bonnes blagues. Alors oui, certainement des blagues qui ne peuvent pas plaire à tout le monde, mais ça… L’humour, c’est un peu comme la musique… Certains chantent et écoutent en boucle des morceaux qui violent les oreilles des autres. Ou chantés par des artistes qui violent tout court.

Trash et sans filtre
L’humour, quand il n’est qu’outrancier, vulgaire et de mauvais goût atteint vite ses limites. Alexis Tramoni les repousse. Il a laissé les filtres et la bienpensance en loge. Il arrive à manier les contradictions et à embarquer le public dans des domaines où l’on commence par se demander si on peut vraiment rire de ça, puis à en rire franchement. Est-ce que c’est trash ? Oui. Et tout le monde en prend pour son grade. Il bouscule et tape fort, mais jamais gratuitement. »Mon problème, c’est que je fais des blagues. Tout le temps. Je ne peux pas m’empêcher de faire des blagues. Alors que parfois, je devrais me taire. »
Et heureusement qu’il ne se tait pas, mais si ça en fait hurler certains pendant que d’autres rient aux éclats. L’air de rien, il soulève les paradoxes, met le doigt sur nos incohérences et chacun de nos travers. Et côté pédagogie, il a choisi la kalachnikov plutôt que l’éducation positive. Il provoque des rires grinçants, étonnés, mais surtout des éclats de rire francs. Un vrai plaisir coupable assumé. Du côté des thèmes ? Que du consensuel : il aborde le racisme, l’antisémitisme, le féminisme, la pédophilie, la politique et même l’amitié hommes-femmes (si vous croyez encore que ça existe) en choisissant toujours l’angle du décalage. Ça pique un peu ? Il rajoute quand même du piment.
Alexis Tramoni : la tribune anti-Bolloré à la Basse-Cour de Grenoble
Alexis Tramoni raconte sa vie du meilleur au pire
Il déroule son spectacle au gré de ses péripéties, mêlant anecdotes de sa vie d’artiste à celles de son village corse, et, aux détours d’une blague, voilà qu’il se livre. Sans qu’on l’ait vu venir. Toujours drôle et corrosif, on le découvre poète, sensible, touchant (avec notre consentement). Il nous fait rire avec sa tristesse, transforme sa peine en vannes et son chagrin d’amour en punchlines. On rit de lui, avec lui. Et voilà qu’on ne sait plus si on doit pleurer, rire ou pleurer de rire.
Il a réussi à me surprendre, en m’emmenant là où je ne l’attendais pas et même me toucher (avec mon consentement, toujours !), au-delà de la blague et de la pirouette pour transformer son pire en meilleur. Pour passer du mec grinçant et provocateur au type honnête et sensible (« pédé, va ! »). On quitte la salle pliés de rire et émus à la fois. Mais je ne vais pas sortir le violon pour autant : je ne suis pas à l’abri qu’il me le balance en pleine tête. Heureusement pour moi, son ex ne jouait pas du piano !
Allez voir Alexis Tramoni en spectacle, mais laissez vos enfants à la maison, avec vos préjugés et votre premier degré. Vous passerez un excellent moment, et vous lui éviterez d’être obligé d’aller jouer ses spectacles dans les commissariats. Parce que sa place est sans aucun doute sur une vraie scène.
Delphine Hossa
Les dates de la tournée d’Alexis Tramoni sont toutes en ligne sur son site alexistramoni.fr et il sera au festival d’Avignon cet été.
Et si vraiment sortir de chez vous vous angoisse, vous avez le choix pour découvrir ses vidéos, réseaux de vieux ou réseaux de jeunes :















