The Voice

Morrissey était en concert le Mercredi 4 Mars au Zénith de Lille. C’était sa troisième venue en 18 ans dans la capitale des Flandres, et la seule date française de sa tournée européenne. Un choix commercial judicieux, Lille étant au carrefour de la Belgique, de la Hollande, de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne et facilement accessible pour les Parisiens, entre autres.
Configurée en format trois-quart, les gradins supérieurs cachés par des voiles noirs, la salle s’affichait pleine, aux alentours sans doute de 5 000 fans.
Un condensé du Rock anglais
Vers 20h, puisqu’il n’y avait pas de première partie, le Moz a suivi son rituel initiatique en présentant d’abord ses groupes et icônes fétiches sur le grand écran dominant la scène. Avec au tout début, un extrait de Apocalypse Now, l’attaque du village vietnamien par les hélicoptères américains, mais accompagné du Search And Destroy des Stooges, une séquence de circonstances… Suivie en vrac de Sigue Sigue Sputnik, des Ramones, de Kid Creole And The Coconuts ou de Gene Pitney, Marlene Dietrich, des New York Dolls (Monsieur a été le Président du Fan Club…), Ziggy Bowie et d’une agonie du jeune Alain Delon ! Enfin, au bout d’une demi-heure, Morrissey est apparu avec son gang. Costume bleuté, chemise jaune, une élégance toute british, tandis que la foule l’ovationnait.
Dès le premier titre, Billy Budd, du LP Vauxhall And I (1994), la soirée s’annonçait belle. Il faut dire que le son s’avérait puissant sans être agressif – un exploit pour le Zénith de Lille – et le groupe excellent. Citons-les, ils le méritent amplement : le plus ancien, Jesse Tobias à la guitare, Juan Galeano à la basse, l’implacable Matt Walker à la batterie et aux percussions, les deux filles de l’équipe, la claviériste Camila Grey et la guitariste mi glam mi psychédélique Carmen Vandenberg. Un collectif qui a proposé un véritable condensé du Rock anglais. Plus un Morrissey particulièrement en forme ! Et quelle voix, ample, fluide, constante du grave aux aigus improbables. Ce crooner, quoiqu’on pense de sa morgue, de ses bouderies et de ses déclarations alambiquées, demeure l’un des plus grands chanteurs de notre musique préférée…

Dans une autre dimension
Et l’un de ses meilleurs auteurs. La setlist a alterné intelligemment extraits des différents albums solos du Last Of The Famous International Playboy (Malheureusement pas joué ce soir-là) dont des merveilles, ainsi que trois titres de son nouveau recueil, Make-up Is A Lie, – mais pas la surprenante reprise du Amazona de Roxy Music – et des évocations des Smiths. Le tout accompagné d’images répétitives des obsessions du chanteur : Anna Karina, Bardot, Oscar Wilde…

Une pensée néanmoins pour les compositeurs émérites de ces pépites, tombés sans doute sous le charme : Johnny Marr, Stephen Street, Alain Whyte, Boz Boorer, Jesse Tobias… Pendant les Suedehead, Everyday Is Like Sunday, ou le rare A Rush And A Push And The Land Is Ours, les chœurs du public dépassaient parfois les vocalises du Moz. Il n’empêche qu’on a trouvé les fans un peu calmes entre les morceaux. Loin, si loin, des cris, jets de fleurs ou de livres et tentatives d’embrassades des années 90 – votre chroniqueur braillait dans l’album live Beethoven Was Deaf -. Le temps passe…
Parmi les grands moments de ce set, quand le public et les musiciens basculent dans une autre dimension, on retiendra le sublime Now My Heart Is Full (De Vauxhall And I), l’introduction à la Debussy du piano de Camilla Grey pour Everyday Is Like Sunday, la montée émotionnelle et vocale du superbe Life Is A Pigsty (Ringleader Of The Tormentos en 2006), le rageur Irish Blood, English Heart (You Are The Quarry en 2004) et les brûlures électriques de How Soon Is Now ? (The Smiths, 1984) et Jack The Ripper (1992) où brillaient les stridences de Carmen Vandenberg. Un seul rappel, le nostalgique There Is A Light That Never Goes Out des Smiths, a clôturé ce concert, avec un Morrissey décoré de fleurs et d’un tee-shirt lillois, avant, torse nu, une dernière démonstration d’abdominaux ! Fièrement.
Morrissey – Setlist du Mercredi 4 Mars 2026 à Lille
Billy Budd
I Just Want To See The Boy Happy
Suedehead
Notre-Dame (Nouvel album)
Make-up Is A Lie (Idem et titre générique)
A Rush And A Push And The Land Is Ours
I’m Throwing My Arms Around Paris
Now My Heart Is Full
Last Night I Dreamt That Somebody Loved Me
The Monsters Of Pig Alley (Nouvel album)
The Bullfighter Dies
Life Is A Pigsty
Irish Blood, English Heart
World Peace Is None Of Your Business
How Soon Is Now?
Everyday Is Like Sunday
Jack The Ripper
I Will See You In Far-Off Places
Encore
There Is A Light That Never Goes Out
En bonus, le final du nouvel album, interprété ce Mercredi…
Morrissey – The Monsters Of Pig Alley – Make-up Is A Lie (2026)
Ps : Les photos proviennent de la page Facebook Morrissey Official.
Bruno Polaroïd












