Face to Face, la pop classieuse et raffinée des Kinks

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Un album phare de l’année 1966 à réhabiliter

L’album Face to Face, publié le 28 octobre 1966, aurait dû permettre aux Kinks d’obtenir la même notoriété que les Rolling Stones ou les Beatles au niveau international. Il aurait dû être le Revolver, ou le Aftermath des Kinks. Au lieu de cela, une interdiction de se produire sur le territoire américain entre 1966 et 1969, est venue freiner leur renommée.

The Kinks

Il faut dire qu’au milieu des sixties, les Kinks possèdent un public plus masculin que leurs homologues. Sans doute à cause de leur notoriété bâtie sur deux tubes de rock sauvages et révolutionnaires. Les célèbres You Really Got Me et All Day and All The Night. Ajoutons qu’il arrive à certains membres du groupe de s’empoigner sur scène. Un esprit bagarreur qui fait des émules dans le public, où les altercations sont trop fréquentes au goût des ligues de vertu. Enfin lors d’un passage télévisé chez l’animateur Dick Clark, le leader Ray Davies aurait adressé un joli crochet du droit à un membre de la production, en raison de propos anti-britanniques.

The Kinks
Peter Quaife, Ray Davies, Dave Davies, et Mick Avory

Pourtant, de manière globale, les Kinks font plutôt dans la finesse. Mélodies accrocheuses et variées, arrangements sophistiqués, chant gracieux. Tout cela dans une tonalité et un décor résolument british. En réalité, ils sont une représentation parfaite de la pop made in britain, classieuse et inventive des années 60.

Qu’ils délaissent le rock garage et la dominance blues de leurs débuts n’enlève rien à leur intégrité. Les textes de Ray Davies en témoignent. Humour british et flegme fabuleux commencent à séduire un public de plus en plus fervent de rock cérébral. En Angleterre, le titre suivant, extrait de l’album Face to Face, devient le tube de l’été 1966…

The Kinks – Sunny Afternoon

Publié dans une période charnière, qui voit le psychédélique élargir l’horizon du rock, il est pourvu d’instrumentaux riches, de mélodies travaillées et envoûtantes. Mais aussi de textes subtils.

Ray Davies observe ses contemporains avec un œil amusé et une bonne dose d’humanité. Outre le savoureux Sunny Afternoon, il délivre un panel de sublimes chansons aux harmonies soignées. Comme ce titre touchant, dédié à sa grande sœur, partie vivre avec son époux en Australie. Et dans lequel, clavecins et guitares électriques font étonnement bon ménage…

The Kinks – Rosy Won’t You Please Come Home

Même s’il n’en est qu’aux prémices de son exploration, Ray Davies a voulu cet opus plus arty que les précédents. Il signe d’ailleurs la pochette avec une de ses œuvres picturales. Pourtant, ni le groupe, ni son leader, ne tombent dans l”abstrait et l’excès de zèle. Face to Face contient des titres brillants, et d’autres, plus épurés. Dans tous les cas, l’œuvre reste accessible, et douce à l’oreille…

The Kinks – Little Miss Queen of Darkness

Si les compositions de Ray Davies ont parfois des allures majestueuses, ce n’est pas seulement le fruit d’une richesse instrumentale, de mélodies inspirées, ou d’un humour décalé. La prose sociale n’est pas le moindre de ses talents.

“Je pense que lorsque vous écrivez des chansons, vous écrivez sur les gens. Les gens sont la source de mon matériel. Et Londres est un endroit merveilleux pour ça. Donc, la prochaine fois que vous êtes assis quelque part, dans un parc, et que vous me voyez vous regarder, n’appelez pas la police. Je suis juste en train d’écrire.” 

Comme sur ces parties claviers exécutées par l’excellent Nicky Hopkins, Ray Davies est capable de sensibiliser son auditoire aux problèmes de la classe populaire. Sans pour autant perdre sa bonne humeur, ni son sens du rythme. Ayant grandi dans le Londres en ruines d’après-guerre, il attire l’attention au cœur d’une composition majeure, sur ces habitants condamnés à vivre le restant de leur existence dans des quartiers et logements délabrés, et jamais rénovés.

The Kinks – Dead End Street

Amoureux des campagnes anglaises, Ray Davies consacre un titre aux jeunes naïfs gagnant les lieux branchés de la capitale. Ces derniers souhaitent prendre le train en marche du Swinging London. Leur rêve se heurte à la dure réalité, et ils finissent par se consumer, et laisser leurs parents les chercher dans la grande fumée noire de Londres.

Une mélodie entêtante qui puise dans le traditionnel, au point qu’elle évoque souvent à celui qui l’écoute, de vieux airs connus…

The Kinks – Big Black Smoke

Évidemment, l’aura grandissante des Beatles s’insinue sur quelques titres comme Fancy et I’ll Remember. On voit poindre celle des Rolling Stones sur le cadencé Holiday in Waikiki. Et je me dois de préciser que des compositions aussi sémillantes que Dead End Street (publiée en single) et Big Black Smoke, ne seront intégrées à l’album qu’en 1998 !

Malgré leur évolution, et la teinte nouvelle apportée à leur musique, les Kinks ne renient pas leur appartenance au courant Merseybeat. En témoigne ce titre, d’abord enregistré durant l’été 1966 par The Pretty Things, quelques mois avant la sortie de l’album Face to Face.

A House in the Country

Pièce maîtresse de leurs concerts d’alors, Dandy possède une douce malice, une dinguerie légère et contagieuse. La prose gentiment sarcastique de Ray Davies, la rythmique façon ukulélé de Dave Davies, et les sonorités music hall, en font un titre caractéristique des Kinks.

Dandy

Face to Face est un objet rare pour l’époque. Publié sur un double-album de 14 titres, il grimpe à la douzième place dans les charts anglais. Hélas, son succès discret aux Etats-Unis se répercute sur de nombreux pays.

Qualifié de pop baroque aux influences music hall, il est aujourd’hui reconnu comme un album majeur des années 60 et une œuvre influente sur le courant psyché. Certains voient même en lui, le tout premier album-concept. Si ce genre de théorie semble donner une certaine grandeur à l’objet concerné, il est bon de rappeler qu’entre 1965 et 1970, l’essence des Kinks et de Ray Davies résidait dans la faculté à écrire de bonnes chansons, et à produire une pop de qualité. Souvent brillante, et jamais trop longue.

Serge Debono

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