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Dusty SPRINGFIELD – Dusty In Memphis

Dusty Springfield

Considéré par la critique comme le sommet musicale de Dusty Springfield, Dusty In Memphis (1969) est bien plus que cela pour l’auditeur. En effet, quid d’un Everest si personne ne l’escalade, quid d’un Graal qui n’existerait qu’imprimé sur du papier ? Si tant est qu’elle soit « publique », la musique en présence est viscérale. Elle provoque l’émotion, la moiteur sensuelle exsudée de replis secrets, le chahut des embruns sous des robes légères, une nappe d’eau calme où poser ses bagages.

En cela, Dusty In Memphis est bouleversant. La qualité de sa production, de ses chansons et des musiciens qui les jouent servent l’interprétation de celle qui magnifie l’ensemble. Non contente de chanter, Dusty envoûte, canonise les notes, idéalise la mélodie. Le premier titre à bénéficier de ce phagocyte est « The Windmills Of Your Mind ». La partition de Michel Legrand pour le film de Norman « Rollerball » Jewison : L’Affaire Thomas Crown (1968), revue sous cette fumée érotisante, vibre, orgasmique.

Dusty SPRINGFIELD – The Windmills Of Your Mind

Côté « petit personnel », Dusty In Memphis ne compte que des « taille-crayons ». Le son revient à Jerry Wexler, l’âme damnée d’Ameth Ertegün, démiurge du mythique Label Atlantic Records. Tous les instruments son chromés, calibrés au plus près du spectre vocal de l’Icone, lui confectionnent un écrin de velours pourpre où nicher sa voix. Précisons que les plus fines lames des studios memphisiens sont à l’usinage auprès de leur blonde.

Dusty Springfield

Pour l’écriture et la composition des morceaux, il en va de même. Quatre titres proviennent du duo Gerry Goffin / Carole King, couple de surdoués es partitions (CF Tapestry -1971, de King), deux du pléthorique Randy Newman, auteur / compositeur pour lui-même, les autres et le grand écran (CF Sail Away – 1972), et puis Burt Bacharach, Hal David, Barry Mann et Cynthia Weil … l’épitomé de la pop des 60’s.

Son Of A Preacher Man

Suite aux votes de ses lecteurs, le New Musical Express (NME) classe Dusty Springfield comme meilleure chanteuse anglaise en 1964, 1965 et 1968, information à destination du public français. Parce que, soyons honnête, duchesse en ses Terres, la chanteuse n’a jamais conquis les médias français et, par conséquent, le grand public correspondant. Si Petula Clark (toujours en vie !), autre chanteuse britannique, eut l’honneur de figurer sous les projecteurs des émissions de Maritie et Gilbert Carpentier, notamment avec Sacha Distel, ce ne fut pas le cas de sa cadette. Par chez nous, seuls les amateurs de soul music se sont glissés sous la voix soyeuse de Dusty, pour leur plus grand bonheur, assurément. Et vous ? Avez-vous essayé de prendre votre petit-déjeuner en sa compagnie ?

Dusty SPRINGFIELD – Breakfast In Bed

La pulpe des lèvres effleurent le micro, d’où ce souffle léger, cette respiration suave qui précède le premier mot. On devine les lents mouvements d’une langue caressante. Lorsqu’elle quitte son lit pour fleurir une voyelle, envelopper une consonne, exhaler une syllabe, une coulé de miel mordoré glisse de sa surface jusqu’à la gorge offerte. Lorsque l’ongle du saphir griffe le fond du sillon, il créé une tension érectile, une ouverture à tous les possibles. Ecouter Dusty In Memphis relève d’une expérience tantrique. « Just a little lovin’ … ».

Just A Little Lovin’

S’adonner à ses envies. Offrir sa peau nue à la morsure de la nuit, psyché bercée par les vagues léchant les rocher. Ecouter Dusty In Memphis alangui sur une tranche de canapé.

Thierry Dauge

Ci-joint une anecdote narrée par notre ami Daniel Lesueur à propos de « The Windmills Of Your Mind ».

C’était au bon vieux temps de la bande magnétique, on ne pouvait pas encore trop « bidouiller ». C’est ainsi que l’arrangeur Tom Dowd fut obligé de rajouter quelques mesures à la partition de Michel Legrand (il s’agit de la BO de L’Affaire Thomas Crown, avec Steve McQueen) pour permettre à Dusty Springfield de reprendre son souffle durant cet enregistrement assez délicat. Aux States la version de Dusty éclipsa les versions rivales (notamment celle de Jimmie Rodgers), mais pas en Angleterre où l’on préféra la version qui figure dans le film, c’est-à-dire celle de Noel Harrison, fils de l’acteur Rex Harrison.

Noel Harrison n’est pas particulièrement bon chanteur, mais il possède une voix très claire, un timbre très original, idéal pour Michel Legrand : il tenait surtout à utiliser une voix très différente de celle de Steve McQueenn pour que le public ne croit pas que Steve chantait en faisant évoluer son avion dans les airs. Noel Harrison accepta… mais fit la fine bouche, prétendant qu’il détestait la chanson et qu’il voulait en changer les paroles.

Intraitable, Legrand refusa, et Noel Harrison était de fort mauvaise humeur lorsqu’il enregistra, sans le savoir… son seul et unique tube ! Il regretta d’ailleurs son alacrité : lorsqu’il demanda plus tard à Legrand l’autorisation d’utiliser son orchestration pour se produire sur scène, Michel refusa catégoriquement, expliquant à Harrison qu’il ne méritait pas de gagner le moindre centime supplémentaire grâce à une chanson qu’il avait dénigrée.

Œil pour œil …

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