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Terry Kath était-il le meilleur guitariste du monde ?

Fin des années 1960… Chicago, que l’on appelle alors toujours Chicago Transit Authority, vient de se produire sur la scène du Whisky a Go Go sur le Sunset Strip de West Hollywood. Alors qu’il se remet de ses émotions, Walt Parazaider, le saxophoniste du combo, sent une main se poser sur son épaule. Il se retourne et se retrouve nez à nez avec Jimi Hendrix. Déjà connu et admiré pour ses talents à la six cordes, le natif de Seattle félicite Parazaider pour le show et ajoute nonchalamment : « ah oui, ton guitariste est meilleur que moi. » Il parle bien sûr de Terry Kath.

On le sait, Jimi Hendrix n’était pas du genre à parler pour ne rien dire. Surtout quand il s’agissait de musique. Il se prêtait aussi volontiers au jeu de la concurrence quand l’occasion se présentait. On se souvient notamment de la leçon qu’il a infligé à Eric Clapton, sur la propre scène de ce dernier quand il était encore dans Cream, en livrant une incandescente interprétation du morceau Killing Floor.

Terry-kath-live

Hendrix pourtant, n’a jamais essayé de se frotter à Terry Kath, respectant trop son jeu et son audace pour tenter de déterminer s’il était possible qu’il soit meilleur que lui. Pour Jimi, ça ne faisait pas un pli : Kath était au-dessus.

L’enfant maudit du rock

Né le 31 janvier 1946 à Chicago, Terry Kath grandit dans une famille de musiciens. À 9 ans seulement il achète sa première guitare et se fait la main sur des classiques de The Ventures et Dick Dale. Autodidacte, il joue avec ses tripes et se moque bien des codes. Passionné de rock and roll, il monte son premier groupe, The Mystics, en 1963. En 1967, il fait partie des effectifs de Chicago. C’est par ailleurs lui qui crée les bases du son de la formation, grâce à ses influences et à son toucher unique. Très tôt, Kath impressionne tout autant ses camarades que ceux qui ont la chance de le voir sur scène. Régulièrement, alors qu’il chante, il démontre d’une dextérité exceptionnelle, se chargeant simultanément de la guitare solo et de la rythmique.

Un génie discret

Sur le premier album de Chicago, le morceau Introduction fait déjà figure de chef-d’œuvre. Kath y déploie l’immensité de son talent, mixant des saveurs rock, jazz, pop et blues. Sur le deuxième album, 25 or 6 to 4 et son ahurissante partie de guitare, intègrent d’emblée le panthéon du rock and roll. Jouant tout aussi bien sur une Fender Stratocaster, que sur une Gibson Les Paul ou même une Ovation, pour les parties acoustiques, il fait également montre d’une vraie maestria au chant, se chargeant de la voix lead sur I’m a Man, Make Me Smile ou encore Color My World.

Kath enregistre au total onze albums avec Chicago, incarnant l’âme rock du groupe et s’imposant comme son seul et unique chef d’orchestre. Sur les planches, comme possédé, il tranche aussi avec les autres guitar heroes de l’époque et impose un charisme résolument hors-norme, donnant l’impression que son instrument n’est qu’une extension de son propre corps.

Album Chicago

Peu de temps après la déclaration d’Hendrix dans les coulisses du Whisky a Go Go, Chicago a embarqué sur la tournée de ce dernier. Une autre preuve que le mythique gaucher n’éprouvait que de l’admiration pour Kath. Des années plus tard, alors que le nom de Terry Kath est curieusement tombé dans les limbes, quelques pointures ont exprimé leur vénération. Eddie Van Halen par exemple, a avoué que Kath faisait partie de ses plus grandes inspirations. Chris Cornell de Soundgarden a quant à lui un jour déclaré que la voix de Kath lui avait beaucoup apporté.

Jeff Lynne d’Electric Light Orchestra est même allé jusqu’à dire que Kath était « le guitariste le plus rapide du monde. » Enfin, Joe Walsh des Eagles a un jour déclaré à son propos : « c’est l’un des guitaristes de légendes les plus cruellement sous-estimés des années 70 ».

La dernière ballade de Terry Kath

Alors pourquoi Terry Kath est-il sous-estimé ? Peut-être car Chicago n’a jamais eu l’image d’un groupe à guitares. La carrière post-Kath du groupe a d’ailleurs pris une direction moins incisive, participant à l’image que le public s’est façonnée du combo, oubliant au passage qu’au début, Chicago abritait donc le guitariste que Jimi Hendrix considérait meilleur que lui.

Terry Kath était aussi quelqu’un de discret. Rien à voir avec un Keith Richards ou un Jimmy Page. Lui, il faisait de la musique et rien de plus. Néanmoins, il avait aussi ses démons. Dépressif, souvent triste, il avait développé au fil des années une sérieuse dépendance aux drogues qui peu à peu, le tiraient vers le bas.

Un jour de 1978, vers 17h, le 23 janvier… Terry Kath est chez le roadie Don Johnson (rien à voir avec l’acteur). Passionné par les armes, le guitariste se met à jouer avec des revolvers. Inquiet, Johnson tente de l’avertir mais Kath le rassure en lui prouvant que le neuf millimètres avec lequel il s’amuse n’est pas chargé. Il lance alors à son ami : « Que penses-tu que je vais faire ? Me faire sauter la cervelle ? » Il met ensuite l’arme contre sa tempe, appuie sur la détente et s’écroule, mort. Tragiquement, si le chargeur était effectivement vide, une balle était restée dans la chambre… Terry Kath avait 31 ans quand il a mis un terme brutal à son existence. Il laissa une femme et une petite fille de 20 mois derrière lui. Il repose aujourd’hui au cimetière Forest Lawn Memorial de Glendale près de Los Angeles en Californie. Ce même État où un jour, lors de la deuxième moitié des années 1960, Jimi Hendrix le qualifia de « meilleur guitariste de l’univers. »

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