VAN HALEN – Un Mythe !

Van Halen

VAN HALEN (1978)

1978Van Halen fait « Eruption » sur la scène internationale via une reprise des Kinks : « You really got me ». Depuis Hendrix, on n’avait rien entendu d’aussi novateur ! Ou comment Eddie Van Halen fait rentrer le tapping et les bends outranciers dans le jeu de tous les guitaristes à venir. Autre chose, pour générer un effet de son « plongeant » ou « montant », au lieu de se servir d’un « vibrato », cette tige reliée au chevalet qui permet de détendre ou tendre spontanément les cordes, il tord son manche !!! … Bon, il utilise également un vibrato « Floyd Rose », du nom de son concepteur, mais quand même ! La guitare ? Une « Frankenstrat » évidemment ! Une Stratocaster équipée d’un micro Humbucker piqué sur une Gibson ES 335. Mais le matériel n’est pas tout, ne négligeons pas les doigts du Maître, véritables TGV dont les rails sont les frettes ballastées de touches endiablées.

VAN HALEN – Eruption / You really got me

L’autre « phénomène » du groupe, c’est ce chanteur à la gouaille débordante et dont les sauts « écart » carpés imagent la souplesse : David Lee Roth, un grand fauve. Sa plastique et sa faconde en font un frontman tout terrain, véritable sex-symbol au charisme fascinant, de quoi « pêcho » les groupies, ou la femme de ton pote, on la tienne (!), ou n’importe quel mec consentant des deux côtés de la planète ! Son chant rugueux comprend des petits cris orgasmiques, à des kilomètres de ceux du Jackson mais néanmoins tout aussi identitaires. Définir « Diamond » Dave ? Un « étalon », un chanteur de hard rock sur-calibré, l’exact modèle du genre.

Van Halen

Associer Dave et Eddie au sein d’un groupe équivalait à déclencher des tornades à volonté. Dans toute sa splendeur, Van Halen, le Magnifique, fut créé !

Aint’ Talkin’ Bout Love

II (1979)

La seconde livraison du groupe, le simplement nommé II, fait naître des avis mitigés. L’emballement initial marque une pause. On parle de deux ou trois nouvelles compositions associées à des « chutes » de studio, ces chansons « écartées » des sillons (pour un moindre intérêt ?). Le qualificatif le plus souvent employé à l’égard du II fait état d’un « squeletisme » jugé « coupable ». On identifie pourtant quelques morceaux susceptibles de remuer les foules comme « Light up the sky » ou « D.O.A. ». La précipitation a-t-elle eut raison de l’imagination ?

VAN HALEN – Light Up The Sky

Nonobstant, en plus des deux animateurs suscités, le II nous livre une démonstration percussive et rythmique caractérisant la facture du groupe. Quel que soit l’album, même sur le fameux 1984, basse et batterie forment un tout indéfectible qui permet l’identification immédiate de ses auteurs. Eddie n’enregistrant pas de piste pour épaissir le son des chansons lorsqu’il part en solo, Alex Van Halen et Michael Anthony sont laissés seuls peintres du fond du tableau. Leurs performances se suffisant à elles-mêmes, les écouter relève d’un plaisir simple et vibratile.

D.O.A.

Album mésestimé, le II voit son pendant en Diver Down, ce « remplissage » qui précède 1984.

Van Halen

Diver Down (1982)

Cette fois-ci, il n’est plus question de « vieilleries » extraites du tiroir mais d’un album destiné à boucler le contrat qui unit le groupe à sa maison de disque. Pourtant, sur celui-ci et 1984 qui lui fait suite, on retrouve le même esclavagiste : Warner Bros. Peut-être s’agissait-il d’un renouvellement de signature, d’une renégociation des clauses, d’une « laisse » de dollars revue à la hausse ? Auquel cas, par anticipation, Eddie sortit peut-être « Jump » de ses cartons pour appâter le maton.

Sur Diver Down, la carte est austère, le menu maigrelet. Certes, la reprise de Roy Orbison « (oh) Pretty Woman » fait le boulot, suivi de près par « Dancing in the street », une autre reprise, de Martha and the Vandellas, celle-ci, mais quand même. Reste des cris d’ours brun tel « Hang ‘em high » pour pousser à l’entrain.

VAN HALEN – Hang ’em High

Malgré des chansons d’intérêt inégal, malgré un visuel des plus arides, cet album est assez « attachant ». Dans un cas de figure similaire, boucler un contrat basé sur un nombre d’albums à fournir, on a vu d’autres formations sortir des Best Of ou des enregistrements en public, boudant ainsi l’aspect créatif de leurs géniteurs. Van Halen ne verse pas dans cette pratique et, même à coup de reprises, propose du « neuf ». La démarche étant louable, comment le lui reprocher ? « Where Have All The Good Times Gone ? ». Des « bons moments », ils en restent à venir les garçons, même si ça passe deux ans plus tard par une relecture de vos aspirations musicales via l’adoption d’un synthétiseur.

Where Have All The Good Times Gone

Woman And Children First (1980)

Après le II, il est question de remettre les pendules à l’heure, de retrouver ce niveau d’excellence décroché dès le premier essai. Avec Woman And Children First, c’est chose faite au-delà de toutes espérances. Terminée l’approche minimaliste et tristounette, voici venir la flamboyance, l’opulence et l’abondance ! Eddie triture ses cordes à profusion, les riffs sont dégainés comme les colts au temps du Far West. Dave envoie la cavalerie sur des rythmiques bétonnées mitonnées par Alex et Michael. C’est bien simple, le disque présente neuf parts égales d’un superbe gâteau, un gros !

VAN HALEN – Fools

Chacune des chansons propose une ambiance différente, et avec « Could this be magic ? » ainsi que l’intro de « Take your whiskey home », on pénètre le cœur de l’Amérique profonde, ce que les deux premiers albums n’avaient pas proposé. Certainement le plus abouti de tous les enregistrements de Van Halen, toutes périodes confondues, Woman And Children First galope tel un cheval ailé vers les sommets du microcosme rock, célébrant par là-même l’un des plus grands groupes de heavy rock du Monde.

Romeo Delight

Dans ce disque, comme sur les deux précédents et ceux qui suivront, on discerne clairement une autre particularité de Van Halen. Étonnamment, il s’agit des chœurs. Résultant des voix combinées d’Eddie et de Michael, leur limpidité harmonise les titres, s’associant à merveille aux saillies de l’Etalon dépoitraillé.

En 1980, la somme de tous ces éléments : voix, guitare, rythmique et chœurs, trou le cul de la concurrence, accroche des médailles de platine aux thorax des titans. En fait, il n’existe plus qu’une seule chose capable d’entraver la course folle du groupe vers la canonisation : lui-même. Saura-t-il l’éviter ? Saura-t-il léviter ?

VAN HALEN – Tora ! Tora ! / Loss of Control

Fair Warning (1981)

Si le son de Van Halen est ce qu’il est, il semble qu’un homme doive y être associé, un technicien de studio œuvrant dans l’ombre depuis les débuts. Quatrième Lp, quatrième participation de Ted Templeman, « The Wizard », le magicien. Pour Fair Warning, il crée à nouveau les conditions qui permettent d’atteindre un niveau d’excellence. Nonobstant, différent dans la constance, le propos paraît plus sombre. Peut-être parce qu’il associe deux tendances soit disant opposées : le fun et l’agressivité. A bien écouter, Van Halen est l’un des premiers à avoir mixé le hard rock des 70’s au heavy metal des 80’s.

Unchained

Quid du rôle de la pochette d’un album dans le mécanisme qui participe au désir de l’acquérir ? Quid de l’état d’esprit vers lequel elle nous guide au moment de le jouer ? Autant le visuel du précèdent album invite à la fête : « On est là pour le fun, l’éclate et la ‘teuf’ ! », autant celui de Fair Warning dérange, génère un malaise. Cela provient-il de ce dessin ou un type se fait tabasser à terre sous les yeux d’une fille hilare : « Mate le keum qui se fait défoncer ! » ? La violence mise à nue précipite-t-elle cette sensation ? Du coup, la réception du contenu se fait plus « sérieuse », tout est une question de ressenti, ou un titre atypique comme « Push comes to shove » prend tout son sens.

VAN HALEN – Push comes to shove

Période sombre pour l’un des membres du groupe ou traduction d’une entente globale mise en défaut ? Quoiqu’il en soit, Fair Warning reste un superbe album. Suivi de Diver Down, le mal aimé, puis de 1984, l’atypique, il occupe une place de choix dans le cœur des adeptes.

1984

Quelle polémique ! Van Halen « synthétise » sa métallisation … et décroche le jackpot comme jamais encore il ne l’avait fait ! Les râleurs s’empourprent où le grand public applaudit. En cela, « Jump » est une sacrée chanson, parce qu’il ne suffit pas de balader ses doigts sur un clavier pour obtenir une médaille. Eddie Van Halen, aussi doué aux cordes qu’aux touches … aurait-il, lui aussi, passé une nuit du côté de Rosedale – Mississippi, à l’intersection des Highways 8 et 1 ? Ou bien à Clarksdale, là où les Highways 49 et 61 se croisent ? Auquel cas, il se pourrait qu’en ce moment même il en discute avec Robert et Jimi autour d’une grille d’accords de blues …

Jump

Suite à l’adoption de cette nouvelle option, réduire Van Halen à un groupe « pop », le vilipender (ce qui fut fait), était on ne peut plus réducteur. En effet, les deux autres singles extraits de 1984 sont des missiles plaqués d’acier : « Hot for teacher » et « Panama ». Que tous ceux qui n’ont jamais cherché à augmenter leur audience et/ou leur porte-monnaie en faisant « évoluer » leur musique jettent aux protagonistes le premier lingot d’or qu’ils se sont fait par ce biais. L’énergie persiste ainsi que tous les « stigmates » signalés plus haut : Chant, guitare, rythmique et chœurs. Et que cette réussite ait concomitamment signifié leur chant du cygne a de quoi étonner.

VAN HALEN – Panama

Les dissensions, les problèmes d’égo en ont amené plus d’un à la rupture, laissant les hommes continuer chacun leurs chemins. David Lee Roth va devenir encore plus « Diamond » qu’il ne l’était et Van Halen va « s’hagardiser ».

Pour l’un, c’est quasiment la même voie / voix. Servant une gnôle identique distillée par les talentueux Steve Vai, Billy Sheehan et Gregg Bissonette, il tient le cap.

Pour le trio restant, ce ne sera peut-être pas moins bon, mais … ce n’est plus pareil.

Hot For Teacher

La suite …

Samy Hagar reprend donc le poste laissé vide … laissé « grand » vide. Avec Eddie, Alex et Michael, entre 1986 et 1995, Samy grave quatre albums en neuf ans. De bonnes chansons vont naître de cette collaboration ; notamment sur 5150, For unlawfull Carnal Knowledge et Balance, mais … ce n’est plus pareil.

Lorsqu’il jette l’éponge, trois années passent avant qu’un Van Halen III (1998) voit le jour. Au chant, les trois acolytes ont recruté ce qu’on appelle « une pointure » : Gary Cherone, le fabuleux chanteur / frontman d’Extreme ; groupe alors en jachère. Avec cet album, on se rend compte que les pièces d’un puzzle ne sont pas interchangeables à volonté. Voilà un trio de fines gâchettes nanti d’un redoutable sniper qui aboutit à une cible quasiment vide. Toutes les balles passent à côté. De qualité mais … ce n’est plus pareil.

… et la fin.

jump

Inattendu ! En 2012, les animosités s’étant taries (?), le miracle se produit, Dave revient ! Pour célébrer l’évènement, A Different Kind Of True est enregistré, album fleurant bon les retrouvailles dans un écrin de son plus contemporain. A la basse, exit Michael Anthony, c’est le fils d’Eddie et neveu d’Alex, Wolfgang, qui officie (tiens ! ça nous rappel un autre neveu, Stevie, qui vient de sortir un disque, Power Up, avec son oncle au sein d’un certain combo qualifié d’australien …).

Les hommes ont vieilli mais pas la musique, ou si peu qu’on se croirait presque revenu à la fin des 70’s, lorsque le quatuor faisait feu de tous bois.

VAN HALEN – Tattoo

Si l’on décèle quelques fêlures dans la voix de l’ex félin à présent devenu matou, notamment lorsqu’il recherche les aigus, la guitare conserve cette volumineuse volubilité qui l’a de tous temps habillée. P’tit Van Halen tricote sa basse en accord avec tonton « fûts », de sorte que la rythmique sonne telle que toujours, nette et précise. La micheline empruntant des aiguillages similaires, le voyage promet donc la traversée de paysages en cinémascope au son de cactus chargés en testostérone. Certes, ils et elles sont bien présents et présentes, néanmoins … ce n’est plus pareil.

She’s The Woman

A Different Kind Of True restera le dernier album de Van Halen. Peut-on imaginer Led Zeppelin sans Jimmy Page, Queen sans Freddie Mercury (nul !), Status Quo sans Rick Parfitt (aberrant !), The Doors sans Jim Morrison ou AC/DC sans Angus Young ?

Edward Van Halen est décédé le 6 octobre 2020, voilà bientôt deux mois. Comme pour tous ceux de sa race, il laisse un gouffre béant. Le monde guitaristique est en pleurs, et pour longtemps. Seul prête à sourire à l’imaginer dans les limbes, « Frankenstrat » en mains, cavalant après le Diable d’un bout à l’autre d’une arène où les concerts sont permanents.

VAN HALEN – Runnin’ With The Devil

Et si « The show must go on », au nom de tout ce qu’il nous a apporté, qu’on s’en souvienne ainsi.

Thierry Dauge

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