Exodus, Bob Marley fait du reggae une langue internationale

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En 1977, Bob Marley est déjà un héros national, la sortie de l’album Exodus fait de lui une icône planétaire…

Bob Marley

En 1976, si Bob Marley semble s’impliquer de plus en plus dans la vie politique de son pays, malgré de nombreuses sollicitations, il refuse d’être complice du pouvoir. Quel qu’il soit. Préférant se positionner en défenseur du peuple et serviteur de Jah. Mais son aura grandissante suscite convoitise et jalousie…

Un homme et un artiste hors du commun

Le 3 décembre, deux jours avant le concert Smile Jamaica organisé par le premier ministre Michael Manley, Bob et ses proches sont victimes d’une fusillade dans sa maison de Hope Road (Kingston). Un membre du parti travailliste (droite pro-américaine) est reconnu parmi les assaillants. Rita Marley touchée à la tête, et le manager Don Taylor atteint de cinq balles, s’en sortent miraculeusement, tandis que Bob recolte une balle dans l’épaule…

Bob Marley shot

Le 5 décembre, à la surprise générale, Bob Marley se présente au concert, le bras en écharpe. Très affaibli, il ne doit jouer qu’un seul titre… le concert va durer plus d’une heure trente ! Voilà le genre d’événements qui ont fait de Bob Marley un héros. Non seulement aux yeux du public, mais également dans l’esprit de ses collaborateurs.

 » La grandeur d’un homme ne se mesure pas à sa richesse, mais à son intégrité, et sa capacité à affecter postivement les gens autour de lui. »

Bob Marley

L’exil du prophète

Malgré sa vaillance et son courage, Bob réalise qu’il n’est plus en sécurité sur l’île. Il décide de s’installer à Londres pour quelques temps. Il engage le guitariste Junior Marvin. Ce dernier est surnommé le Hendrix Jamaïcain”.

Bob Marley & Junior Marvin
Bob Marley & Junior Marvin

Particulièrement inspiré, Bob Marley délaisse pour la première fois les Harry J Studio de Kingston pour investir ceux de Island , et empiler une vingtaine de compositions, donnant naissance à ses cinquièmes et sixièmes opus studio. « Kaya » sera publié un an plus tard.

Exodus, movement of Jah People

Ca démarre avec un titre envoûtant, au son de la basse pesante d’Aston Barrett, dont le volume va crescendo. Une ambiance délicieusement mystérieuse, des paroles terriblement inquiétantes…

Bob Marley nous parle d’un « vent mystique soufflant dans l’air  » et évoque les Trompettes de l’Apocalypse. Ces dernières sont sonnées par la guitare de Junior Marvin qui se pose déjà comme un élément majeur…

Bob Marley & The Wailers – Natural Mystic

La spiritualité et la religion rasta sont toujours très présentes dans le propos, mais ce qu’on pourrait prendre pour une propagande est souvent nourri de références.

En effet, accordant une importance capitale à l’éducation, Bob incite ceux qui l’écoutent à s’instruire sur l’histoire du peuple jamaïcain. Comme dans le titre éponyme. Bob y dénonce l’opression dont est victime le peuple noir, mais annonce son retour aux racines, et son soulèvement imminent…

Bob Marley & The Wailers – Exodus

Si le message et le verbe de « The Heathen » sont plus enflammés encore, on en épouserait presque la cause, tant ce titre est obsédant…

Bob Marley & The Wailers – The Heathen (Exodus)

Cette album comprend des tubes impérissables tels que « Jamming » ou les deux ballades « Waiting in Vain » et « Turn Your Lights Down Low ».

Jamming est une expression typiquement jamaicaine pouvant désigner une réunion de famille ou d’amis. Ou bien encore, une communion autour de la ganja. Pourtant, dans le texte, Bob n’en fait pas mention. Tout indique une célébration en l’honneur de Jah, le dieu rasta. Bob fait également référence à l’attentat dont il fut victime :

« No bullet can stop us now
Aucune balle ne pourra nous arrêter maintenant,
We neither beg and we won’t bow
Nous ne mendierons pas et nous ne nous inclinerons pas,
Neither can be bought or sold »
Nous ne pourrons être ni achetés ni vendus

Bob Marley & The Wailers – Jamming (Exodus)

L’album « Exodus » révèle également deux titres fédérateurs ayant marqué les esprits.

Un hymne à la paix, dont une partie est empruntée à Curtis Mayfield. Il contribuera grandement à faire de Bob Marley un symbole de paix et d’amour entre les peuples…

Bob Marley & The Wailers – One love / People Get Ready

Et un hymne au bonheur à l’optimisme contagieux. Une ritournelle, un carpe diem version rasta…

Bob Marley & The Wailers – Three Little Birds (Exodus)

Une tournée prometteuse débute durant l’été en Angleterre, avec une série de concerts au Rainbow Theatre de Londres.

Le lion s’affaiblit

Tout semble aller pour le mieux quand Bob se rend à l’hôpital pour soigner une blessure à un orteil contractée lors d’un match de football (dont le chanteur est féru). Contre toute attente, on lui décèle une tumeur nécessitant une amputation rapidement. Mais la religion rasta le lui interdit. Alors, dans un premier temps, Bob va tenter de se soigner par la médecine naturelle. Il devra se résoudre à l’ablation l’année suivante.

Exodus contient des titres forts et marquants. En tout, huit singles en seront extraits. Après la mort du Tuff Gong (Bob Marley) il deviendra son album le plus vendu.

Enfin, même si comme souvent, les plus grandes reconnaissances ont lieu post-mortem, vingt ans après sa sortie, « Exodus » sera élu album du 20ème siècle par Time Magazine.

Serge Debono

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