Pop and Mandoline Rock

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En prélude à la sortie de l’ouvrage : « Pop Rock – Les instruments de l’ombre », supervisé par notre ex collaborateur sur Cultures Co, Daniel Lesueur, lui-même auteur et directeur de collection aux éditions du Camion Blanc, ci-joint un extrait revu pour les besoins du « format ».

Pop and Mandoline Rock

Pop and Mandoline Rock

En va-t-il de la mandoline comme des clémentines ou des mandarines pour l’orange ? S’agit-il d’une « petite » guitare ?

Dérivée du luth, on retrouve la première trace de l’utilisation de cet instrument sur une partition italienne datée de 1685. Pour la guitare, on la cite déjà dans le Roman de la rose, œuvre poétique médiévale écrite entre 1230 et 1235. Quatre cent cinquante ans séparent les deux dates. Si la mandoline avait été une guitare miniaturisée, on en aurait retrouvé la trace bien avant. Il s’agit donc d’un instrument singulier, à part entière, qui ne doit l’assimilation à son aînée qu’à sa forme tendue de boyaux de chats. Au passage, la « petite » compte des cordes systématiquement doublées contrairement à sa vieille cousine.

Du point de vue de la nationalité, on retrouve des mandolines de l’Italie à l’Irlande. Mandolina sérénade ou mandoline celtisante, elle appelle à la ronde, à la danse, à la fiesta ! Alors, laissons-nous charmer en ouvrant grand nos oreilles pour mieux l’appréhender.

Rod STEWART – Maggie May

Au début des 70’s, Rod Stewart déborde de créativité. En 1971, avec le groupe Faces et son pote Ron Wood, il sort deux albums : Long Player et A nod is as good as a wink… to a blind horse, carrément des « classiques ». Malgré ça, il parvient à produire un LP en solo que beaucoup considèrent comme son Graal : Every Picture Tells A Story. Des langues vipérines prétendent que Rod the Mod garde toujours les meilleures chansons qu’il compose pour ses propres enregistrements. Ce qui ressort, indéniable, c’est que les hits sont de son côté. En parlant de hits, voici venir deux titres qui se suivent sur cette « Histoire imagée ».

Tous deux parcourus d’une mandoline virevoltante, ils affirment le côté folk de Stewart, un visage rural qui glorifie les champs de houblon sous l’alizé puis la Lager dans un pub enfumé. De fait, quoi de mieux comme public qu’une bande d’amateurs de pintes reprenant en cœur « Mandolin Wind » et « Maggie May ».

La voix chaude et rugueuse de Rod se marie à merveille aux accents joyeux du petit instrument. Ses cordes gambillent, invitant nos jambes à les suivre. Et qu’il s’agisse de pseudo ballades n’y change rien. La mandoline trône, petite amie, maîtresse et amante, une invite à trémuler du bassin. C’est à se demander si, quelques années plus tard, le chanteur peroxydé tournant disco n’adressait pas sa supplique à l’instrument rebondi : « Da Ya Think I’m Sexy » ? Guillerette, jamais elle ne répondit.

R.E.M. – Losing my religion

Quel rapport peut-il bien exister entre une mandoline omniprésente, la religion et Michael Stipe ? Aucun, si ce n’est un chanteur / personnage s’impatientant autour d’une relation amoureuse dite « à sens unique ». La religion ? Pas la moindre référence dans cette chanson. « Losing My Religion » est, en fait, une expression US signifiant globalement « perdre son calme ».

Instrument plaisant évoquant d’avantage la joie que l’amertume, on peut se poser la question autour du choix de la mandoline plutôt que de la guitare acoustique dans ce qui fait figure d’étalon pop. Par effet miroir, l’auditeur occasionnel, non au fait des choses de la musique, imagine R.E.M. usinant sa scie sur les falaises de Moher, au Sud de Galway, en Irlande.

Préoccupation géographique mise de côté, sans « Losing My Religion », Out Of Time (1991), l’album dont le titre est issu, se serait-il vendu à plus de dix millions d’exemplaires ? Selon ses concepteurs, c’est loin d’être certain. Alors, peu importe l’instrument, la localisation et même le texte ! Du moment que naît l’ivresse…

LED ZEPPELIN – The battle of evermore

Au sein de Led Zeppelin, John Paul Jones fait figure de maillon mystérieux. Homme-orchestre, il est susceptible de manier une basse aussi bien qu’un orgue ou, on l’a vu, un mellotron, orchestrer une partition ou fourbir une mandoline au son pluriel. Sur « The Battle Of Evermore », issu du mythique IV (1971), le son de la mandoline dont il use semble être passé dans un delay réglé « serré ». En tout cas, voilà un titre étrange où le seul contrepoint aux cordes pincées consiste en une flopée de pistes gravées par Robert Plant. Quasiment toute sa palette vocale y passe.

Où sont Page et Bonham ? En répétition pour épaissir « Black Dog » ou chromer « Rock And Roll » ? Au final, sur plus de cinq minutes, on s’ennuie un peu à l’écoute de ce chant et ces accords répétitifs. Il aura fallu une sacrée détermination pour que Jimmy Page adhère à la possibilité d’une telle plage. Led Zeppelin, formation démocratisée par une mandoline ? CQFD.

The POGUES – The sick bed of Cuchulainn

Produit par Elvis Costello, Rhum Sodomy And The Lash (1985) brille telle une superbe offrande à la marine anglaise, une ode à la voile. L’étendard qu’il brandit promeut les cavalcades endiablées d’un groupe de folk celtique en balade au pays du punk rock. De fait, les instruments sont traditionnels mais l’approche est destroy, menée d’une voix de maître par Shane MacGowan. Groupe taillé à son image, Shane le débraillé, incisives supérieures cassées au ras de la gencive, les yeux brillant d’alcool et de substances illicites, cheveux gras en pétard, incarne l’icône rock universelle.

Armé de cet ex-punk supporteur des Sex Pistols, The Pogues défraie la chronique autant qu’il effraie la ménagère. Son premier album commence en fanfare, et à la mandoline, avec « The Sick Bed Of Cuchulainn », une chanson de pub et de marins. Introduction passée, c’est le déferlement d’accordéon, de tin whistle, de fiddle et d’instruments de musique en bois… The Pogues, bataillon d’écologistes en goguette avant l’heure ! La dark ale décape le comptoir et le single malt « l’arrosoir ». Et les deux faces, fomentées pour une bonne part par l’Affreux, carburent au même combustible. Au passage, si notre chère mandoline se noie dans le verre, c’est qu’elle se met au service du cocktail. Joli geste.

ACCEPT – Princess of the dawn

Alors qu’à l’abri d’un clavier venimeux, l’acerbe critique prépare son opprobre : « Quid de miss ‘Mando’ dans le heavy metal ? », l’auteur amusé affûte sa réplique : « Princess Of The Dawn », Restless and wild (1982), Accept. Chez les « Teutons », le Metal revêt l’aspect d’une seconde peau. Accept, quintette à situer entre ses compatriotes de Scorpions et les métallurgistes anglais de Judas Priest, produit des bombinettes métalliques depuis 1979, mention « spécial panzer » depuis 1981 et l’album Breaker. Avec Restless And Wild, l’ambiance enfonce le clou, le marteau défonçant l’enclume sur laquelle il frappe.

En fin de face B, l’auditeur à bout de souffle sort de l’apnée qu’il tient depuis l’entrée en matière hyper speedée du disque. Dans cette dernière piste, une mandoline quasi médiévale brode un lacis nostalgique entre deux coups de presse-purée. Est-ce à ce genre de détail qu’un groupe sort de l’anonymat ? Accept y parvint-il ? Dans la première moitié des 80’s, c’est certain.

BLACK COUNTRY COMMUNION – The last song for my resting place

Imageant idéalement le thème, nous évoquons également ce titre au chapitre Violon. Non content d’inviter Niccolo Paganini au milieu d’un hard rock made in 70’s, « The Last Song For My Resting Place » prend son envol au son d’une mandoline. Joe Bonamassa, heavy bluesman de renom, toujours prêt à croiser le manche de sa Les Paul avec les cordes vocales requérantes, prouve ainsi qu’il sait également verser dans l’acoustique. Non seulement la mandoline offre une intro au morceau mais également son basic track en accompagnant les autres instruments tout du long.

Mandoline rock ?

A partir de la diversité de ces chansons, peut-on extrapoler plus largement sur la possible adaptation de l’instrument à tous les genres musicaux ? Si les déductions hâtives ne font pas toujours des principes, il existe des exceptions…

Thierry Dauge

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