SKUNK ANANSIE – 25 ans de Heavy Rock’n’Metal Fusion

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SKUNK ANANSIE – Paranoid and sunburnt

Skunk Anansie

En studio

La rencontre a lieu à l’Olympia, en 1995. En route pour voir/écouter les irlandais de Therapy?, la plupart des personnes ressortent de la salle avec un autre groupe en tête, celui de première partie : Skunk Anansie. La découverte est réjouissante, expérience visuelle et sonore inattendue. Une panthère noire : Skin, sévit au micro, sorte de Grace Jones à la palette vocale plus étoffée dans les aigus. Un guitariste chauve : Ace, manie une Gibson Black Beauty customisée tant agressive que volubile. La section rythmique groove à loisir, empruntant à Rage Against The Machine une approche de base tellurique. D’où proviennent ces perles dont le public se fait des colliers ? « Paranoid and sunburnt » (1995).

SKUNK ANANSIE – Intellectualise my blackness

Entre deux rasades d’un mezcal étiqueté « fusion », shake de funk et de rock issu des 90’s, le Skunk crache du napalm, des chansons baignées dans une eau de vie au titrage carabiné, des originalités hors concours. Le meilleur : ces assemblages improbables bravent le compte-gouttes pour se faire pluriels, on a rarement entendu un premier Lp oser à cette cadence.

It takes blood and guts to be this cool but I’m still just a cliché

Si le patronyme du groupe comporte une deuxième partie d’origine africaine : « Anansie », dont il semblerait qu’elle signifie : « homme araignée », « Skunk » prête à une double interprétation, une approche « faune et flore ». La faune pour le blaireau dont les émissions basses intestinales rappellent l’œuf centenaire « pidan », rareté culinaire chinoise, la flore pour la « skunk », variété de cannabis au taux en THC prohibitif. Alors ? La bestiole ou la plante ? L’attractivité musicale du combo plaide en faveur du jardinage.

SKUNK ANANSIE – Little baby swastikka

Après un deuxième Lp par trop éloigné de ce qui fait le charme du premier, Skunk Anansie livre « Post orgasmic chill » (1999). Avec celui-là, la donne est différente. Pour se faire une idée, comparer le visuel des pochettes est assez représentatif. « Paranoid and sunburnt » : Un trio (avec un batteur de studio) en pose à l’intérieur d’une remorque de camion ou d’un container, « Post orgasmic chill » : quatuor en villégiature dans un appartement en bord de mer, du brut de décoffrage au studio moquetté. Mais le confort n’est qu’apparent. La « maturité » produit des effets « zénifiants » d’une beauté glaçante.

Secretly

Au-delà de ces albums impeccables, ceux qui sortiront par la suite l’étant bien moins, lorsque le groupe prend l’air, qu’il monte sur les planches, que ce soit pour promouvoir l’une ou l’autre de ces deux galettes, le spectacle et les décibels sont assurés.

En concert

Un album du Joe Perry Project s’intitule : « Let the music do the talking » (1980). Skunk Anansie en concert ? Idem, tout pareil !

SKUNK ANANSIE – Selling Jesus (live)

Live, Skin assume le rôle d’un personnage ambigu, tout autant sexuel qu’empreint d’une féminité machiste. Elle joue avec le public, le domine, l’asservit de telle sorte que la relation masochiste est consentie. Dans la fosse, les plus méridionaux des mâles lèvent des regards énamourés vers ce sculptural et imprenable totem. Derrière, turgescents comme des stars du X, les skin’s boys dézinguent leurs partitions, passent les chansons au laminoir, dans l’œil du volcan. Heavy Rock’n’Metal’n’Fusion !!!

On my hotel TV (live)

Hélas, tourneboulée par le buzz, la trajectoire de ce Météore voué à l’Enfer est détournée au Paradis. Résultats ? Des disques et des concerts devenus « straight », la fin d’un monde. « On en a trop vu qui se sont gâtés la main aux alcools » (M. Audiard). On en a trop vu qui se sont gâtés la musique au succès

Thierry Dauge