Jean-Louis AUBERT – Si Houellebecq m’était chanté

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Jean-Louis AUBERT – Les parages du vide

Jean-Louis Aubert les parages du vide
Houellebecq – Aubert

En studio

Contrairement à cette ligne d’horizon qui orne la pochette, Les parages du vide (2014) fleure bon l’intimisme. Pas un souffle de vent ou alors un zéphyr. Jean-Louis Aubert siège à votre droite, guitare acoustique sur l’épaule, cordes vibrant depuis la terre. Nostalgique et rural, l’apaisement rythme le tempo comme le balancier d’une horloge normande: «clic, cloc, clic, cloc» … Devant l’âtre où les braises s’assombrissent, l’épagneul breton baille paresseusement. L’auditeur va-t-il par mimétisme lui emboîter la mâchoire à se la décrocher ? Non. Passionnant.

Jean-Louis AUBERT – Voilà ce sera toi

Tradition? Poètes et chanteurs français ont souvent cohabité. De Ferrat chantant Aragon à Lavilliers louant Blaise Cendrars, de la prose et des vers se sont musicalisés. Lorsque le texte est écrit avant la musique, il est parfois question d’adapter son débit ou de calibrer la partition, rajouter un accord, allonger une note. Cet album montre un tout autre visage.

Jean-Louis Aubert manie les mots de Michel Houellebecq comme une évidence. Il nous précise qu’à leur lecture un écho musical naissait en lui. D’où le besoin absolu de contacter le poète, d’échanger avec lui sur l’amour ressenti, l’espoir d’une relation suivie qui satisfasse le musicien et l’auteur. L’enregistrement «serré»: 16 textes en 39 minutes, accorde 2 minutes et 30 secondes d’alcôve pour chaque étreinte. Entre hommes, les nudités s’alcoolisent, enivrant les passions. Pour Aubert et Houellebecq: Les parages du vide.

Reflets du vide (matière)

De quels atours l’ex Téléphone nouvel Insus? a-t-il paré l’auteur médiatisé de «L’extension du domaine de la lutte» (1994). Un peu de pop, un peu de rock, beaucoup d’ambiances aériennes sur lit de piano, une touche d’orchestration de cuivres et de cordes, Aquilon gonflant tempétueux puis s’apaisant lorsque surgit la nuit. Cette métaphore se rapporte à la chanson : L’enfant et le cerf-volant. Elle porte en elle un souffle d’enthousiasme, la possibilité d’aimer. Quant au titre le plus musclé de l’album : Face B, il convoque l’adolescent rock. Au bout du sillon, «Les parages du vide» susurre: «Soyez patient, le courant nous emporte vers un meilleur ailleurs».

Jean-Louis AUBERT – Face B

En suivant sa Muse, Aubert cherche-t-il à séduire: Les fans de Téléphone? Ses propres fans? Les fans de pop en général? Les fans de variétés françaises? Chacun des groupes précités peut s’y retrouver. Et si, en musicalisant ces poèmes, Jean-Louis ne cherchait rien d’autre que son propre plaisir

Delphine

Il existe une édition CD du disque qui renferme l’intégralité de la correspondance échangée entre Aubert et Houellebecq autour de ce projet. La lecture du livret est édifiante quant à la forme d’écriture adoptée par le chanteur. Ses mails promeuvent une prose d’une infinie douceur. Correspondance et musique se mêlent alors comme une délicate attention.

Jean-Louis AUBERT – L’enfant et le cerf-volant

En concert

Jean-Louis Aubert

Sur le tournée qui suit la sortie de Stockholm (1997), l’ex Téléphone prend possession du Cirque d’Hivers de Paris au mois d’avril 1998 pour cinq soirées printanières. Le 25 du mois, comme on pouvait s’en douter, il fait le plein. Ce soir-là, plus enclin à l’acoustique qu’à l’électrique, une sombre histoire de piste centrale ne supportant pas ou mal le poids de son support-band, l’espoir d’une ligne téléphonique rebranchée est vite effacé. Les chansons sont certes magnifiquement interprétées mais sans vrombissement d’amplis. Même si, Le jour se lève encore, pour une partie du public, la déception l’emporte sur l’enthousiasme et la sortie de la salle se charge d’une certaine amertume.

Jean-Louis AUBERT – Le jour se lève encore (live)

Le temps passe… et les réseaux sociaux se mettent en place. Aubert, tel son frère d’arme Bertignac, assure des prestations live acoustiques sur son compte Facebook. Les connectés proposent des titres et le chanteur, détendu et souriant, son inséparable guitare « sèche » faisant corps, s’exécute au grès de son impressionnant répertoire. Ces moments d’intimité valant amplement le prix hypertrophié d’un billet de concert, nous nous reverrons souvent Jean-Louis, si tu permets, bien sûr, que je t’appelle par ton prénom.

Thierry Dauge