Soleil Vert

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SOLEIL VERT – 1973

Film Soleil Vert - Soylent Green

Soylent Green Soleil Vert 

Soleil Vert – Un film de Richard Fleischer (1916/2006), réalisateur à qui l’on doit quelques films extraordinaires, de ceux dont on peut dire qu’ils ont marqué l’histoire d’Hollywood. Jugez du peu: en 1954, Vingt mille lieus sous les mers avec Kirk « le rouge » Douglas et son ukulélé. En 1958, « Les Vikings », à nouveau avec Douglas auquel on adjoint un jeune éphèbe: Tony Curtis. Huit ans plus tard, en 1966, il tourne son premier film de science fiction: « Le voyage fantastique », ou celui d’un sous-marin miniaturisé qui s’en va naviguer dans les vaisseaux sanguins d’un homme, à la rencontre d’un embole cérébral. Du grand art médical!

Il retrouve Tony Curtis en 1968 pour le magnifier dans le rôle de « L’étrangleur de Boston ». Le jeu psychotique de l’acteur est extraordinaire. Un peu avant « Soleil vert », en 1970, Fleischer se frotte aux films à très grand spectacle en retraçant l’attaque du port de Pearl Harbor par l’aviation japonaise. Cela donne: « Tora ! Tora ! Tora ! », un film de guerre monumental et psychologique.

Et puis vient «Soylent green»…

La bande annonce du film alterne une suite de photos prises sur le vif et musicalisées par un orchestre symphonique en roue libre. L’orchestre jouant free un air de rien, si ce n’est celui pollué d’une mégalopole engorgée de détritus et d’êtres humains. Lorsqu’un travelling expose des décharges à ciel ouvert, un piano mélancolique égraine quelques notes bleues. Enfin, Charlton Heston déplie son mètre quatre-vingt treize au sortir du couché pendant qu’une voix radiophonique rappelle le morne quotidien de cette année 2022. Coincée dans la bande originale, une bouffée d’air frais au milieu des fumées, à cet effet les prises de vues en extérieur présentent une lumière jaunâtre safranée, une scène d’euthanasie consentie fait résonner la « Symphonie pastorale »  de ludwig Van Beethoven: le temps s’arrête.

Soleil Vert – Bande Annonce

Soleil vert – Soylent green, de quoi s’agit-il au juste ?

L’action se déroule donc en 2022, dans un contexte de surpopulation, de sur pollution, de sur exploitation des ressources terrestres. Sur New York, les conditions climatiques évoquent un pays sub-tropical où ne subsistent que quelques galons d’eau rationnée. La scission entre les classes supérieures et populaires est consommée, aboutissant à de multiples privilèges pour les uns, à croupir dans le caniveau pour les autres. Par épuisement des richesses naturelles de la planète, la nourriture se fait rare.

La multinationale Soylent

Soleil Vert Charlton Heston

En lieu et place, la multinationale Soylent propose des petites tablettes énergétiques de couleur jaune ou rouge présentées comme des « concentrés » de plancton marin(?). Jusqu’au moment où est mise sur le marché, uniquement un jour par semaine, une tablette verte nommée: «Soylent green». Sa supériorité nutritive et sa rareté en fait un «objet» de convoitise très recherché. La pénurie provoque des émeutes sévèrement réprimées par des rafles de pelleteuses et camions bennes.

Dans ce contexte, un membre du conseil d’administration de Soylent est assassiné, meurtre camouflé comme dommage collatéral d’un cambriolage. Que cache cette élimination programmée? Un enquêteur: Charlton Heston, et son bibliothécaire: Edward G. Robinson, rentrent en jeu. Ils vont découvrir bien des secrets dont un, en particulier, qui clôt le scénario. Grand final à découvrir par soi-même ou l’art du recyclage alimentaire. Sorti sous forme de roman d’anticipation dès 1966, l’auteur: Harry Harrison, imaginait bien des choses…

Charlton Heston

Le rôle principal échoit à Charlton Heston (1923/2008), combattant du racisme de la première heure puis militant pour les armes à feu sur ses «vieux jours»: un paradoxe? Atteint de la maladie d’Alzheimer, il arrête toute activité publique en 2002. Mais avant ça …

Acteur de théâtre, sa première grande prestation pour le cinéma date de 1952, au sein d’un film qui sidère les amoureux du cirque: «Sous le plus grand chapiteau du monde». Faire encore plus grand? En 1956, il devient Moïse dans la superproduction: Les dix commandements, puis tient le rôle titre de Ben-Hur, le célèbre péplum de 1959. Il endosse le costume d’officier dans Les 55 jours de Pékin (1965), film historique relatant la révolte des Boxers opposés aux colons étrangers en Chine. Il réitère en 1966 dans Khartoum, autre révolution, soudanaise celle-là.

Deux ans plus tard, en 1968, on cherche un acteur velu pour donner la réplique à des primates: il l’emporte! Et ce sera  La planète des singes. Autre chef d’œuvre de science fiction: «Le survivant» en 1971. Ce coup-ci, il est Neville, ce médecin cherchant désespérément le vaccin salvateur à un virus ayant contaminé la plupart de l’espèce humaine, transformant cette dernière en sortes de zombies (à noter un remake très réussi avec Will Smith en 2007, sous le titre : «Je suis une légende»).

1973, le scénario de « Soleil vert »

En 1973, le scénario de « Soleil vert » se présente à lui, suivi d’une myriade d’autres, tous célébrant le faste des grandes productions hollywoodiennes. La véritable interrogation autour de ce film d’anticipation, est de se demander si cette appellation s’applique au sens propre du terme, s’il « anticipe » le futur, faisant preuve en cela d’une véritable médiumnité ou si ce n’est qu’une dénomination de «genre». L’action du film se déroule en 2022. Ce jour, en 2018, le futur chimérique de 1973 devient notre présent. Le dénouement inavouable de « Soleil vert » est-il sur le point de devenir réalité? Quelques indices vont-ils dans ce sens? C’est à méditer.

Thierry Dauge – Cultures Co