GARBAGE : Vow

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La culture se partage !

La Belle et les Bêtes.

Le groupe Garbage
Garbage en 1995 : Butch Vig, Duke Erikson, Steve Marker, Shirley Manson

Fallait oser ! Même en 1993, choisir un tel patronyme, c’était gonflé. Il paraît qu’un pote aurait dit aux gars que leurs démos sonnaient “Garbage” (Ordures, déchets, détritus…). Sympa le poteau ! Mais apparemment, le mentor du projet en pensait tout autant. Étonnant quand on a inventé l’un des sons majeurs des années 90 !
Effectivement, Butch Vig au début des Nineties a tout réussi. Batteur et producteur, c’est lui qui a façonné le son de trois albums essentiels du début de la décennie : Nevermind de Nirvana (1991), Dirty de Sonic Youth (1992) et Siamese Dream des Smashing Pumpkins (1993).

Sonic Youth – Sugar Kane – Dirty (1993)

QUELQUE CHOSE QUI ACCROCHE

Mais Butch commence à ressentir un certain ennui dans ce long travail de production d’album. Il s’essaie donc aux remix en bricolant avec les nouvelles machines. Les consoles deviennent numériques, couplées à un ordinateur, tout est possible. Puis, en compagnie de deux autres complices, Duke Erikson et Steve Marker, également orfèvres dans le son et musicos – guitares, basse, claviers -, il commence à expérimenter avec un but : mélanger Rock à guitares et bidouillages électroniques.
Mais il leur faut une voix, même une sacrée voix et plutôt une chanteuse. A l’époque, deux nanas s’imposent déjà comme référence : Polly Jean Harvey et Björk. Les gars eux pensent plutôt à quelqu’une telles Patti Smith, Chrissie Hynde des Pretenders, Debbie Harry de Blondie ou Siouxsie des Banshees. Excusez du peu…
C’est là que Steve Marker voit la vidéo d’un obscur groupe écossais à la télé, sur MTV

Angelfish – Suffercate Me (1993)

Le guitariste craque carrément pour la chanteuse d’Angelfish dont la voix correspond à leurs critères, une certaine Shirley Manson. Et il la contacte courant 1994 ! Ça tombe bien, Shirley commence à tourner en rond avec ses écossais. Et puis, elle et les trois zigues partagent les mêmes références de chanteuses, surtout Siouxsie que Shirley Manson adore.

Siouxsie And The Banshees – The Staircase (Mystery) – (1979)

Le trio invite donc Shirley pour une audition aux states dans leur repère… Un désastre ! La chanteuse est trop impressionnée par les Ricains et leur palmarès. Pourtant, ce n’est pas une débutante, elle a déjà participé à  Angelfish et auparavant son avatar Goodbye Mr Mackenzie. En plus ils ont du mal à se comprendre avec l’accent écossais de la Rouquine. Mais elle dégage quelque chose qui accroche… Shirley Manson repart donc rejouer avec Angelfish et terminer leur tournée. Le groupe écossais finissant par éclater, elle refait un essai avec les trois bruyants, cette fois concluant. Le nouveau quatuor commence alors à travailler sur des premiers thèmes dont Vow

LE MERVEILLEUX BOUCAN

Garbage – Vow (1995)

Une guitare panoramiquée de gauche à droite donne la mélodie et la chanteuse entonne :

I can’t use what I can’t abuse
And I can’t stop when it comes to you

C’est Shirley Manson qui a trouvé cette accroche singulière en posant au plus bas la voix à l’instar d’une Patti Smith. Puis commence le merveilleux boucan des Trois Bêtes tandis que la Belle déroule cette histoire de Haine et d’Amour, son Love And Hate. Sa voix se révèle parfois traficotée, parfois plus naturelle mais toujours intense, ce que cherchait le trio. Le “I Nearly Died” répété trois fois pendant le break évoque indéniablement le No Reply de Lennon pour les Beatles, une autre histoire d’amour malheureuse… Suit une apparence de refrain, avec Shirley qui présente le programme de réjouissances pour son lover…

I came to cut you up
I came to knock you down
I came around to tear your little world apart
I came to shut you up
I came to drag you down
I came around to tear your little world apart
And break your soul apart…

Son phrasé et son découpage des mots s’affichent incroyables de précision et de colère pendant que les gars percutent et tiraillent dans tous les azimuts.
Arrive un chorus de guitares aux sonorités proches de Nirvana – normal -, une suite de notes en leitmotiv accompagnant aussi la reprise du chant et du schéma principal.
Le pont présente curieusement une sorte d’accalmie acoustique telle une réminiscence de bons moments mais les grattes électriques reviennent pour écraser le tout dans un déluge de décibels et de fuzz avant le retour du déroulé final. Le morceau s’achève sur une séquence hypnotique alors que la chanteuse reprend en tonalité grave ses syllabes obsessionnelles

I can’t stop when it comes to you, when it comes to you…

PREMIER ESSAI

Présenté à la fois comme une vengeance sur un partenaire violent et la description d’une relation toxique, Vow est l’un des meilleurs titres des années 90, sans doute le plus emblématique de Garbage.
Pourtant, le gang présentera ce premier essai d’abord timidement dans une compilation – la revue / CD  Volume – fin 1994.

Le Single Vow
Vow, pochette du Single en vinyle, pressage anglais

Vite remarqué par les DJs dont John Peel, Vow sort ensuite officiellement en tant que premier Single en Mars 1995, lançant ainsi le groupe. Et ça marche !
A cette occasion, les quatre tourneront une vidéo où pour la première fois ils joueront vraiment le titre en live, ce qui en dit long sur leurs séances de studio par découpages et collages. Impressionnés eux-mêmes par leur prestation, ils décideront de se montrer en concerts. Heureusement, car tout spectateur ou spectatrice d’un set de Garbage sait combien la bande s’avère puissante sur scène, avec la Belle menant les Bêtes…

Garbage – Vow Live (2005)

Vow figurera ensuite sur le premier album du quartet, Garbage (Août 1995), au milieu d’autres pépites…

Bruno Polaroïd

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