THE MAMAS AND PAPAS, florilège de mélodies en spirale

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La culture se partage !

Le pop-folk irrésistible de Laurel Canyon

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The Mamas and Papas ! Quelle drôle d’idée pour un groupe hippie de se nommer ainsi au cœur d’une révolte poussant à s’émanciper du conservatisme et de l’autorité parentale ? Je vous répondrais que malgré le mercantilisme forcené de son leader John Phillips, et en dépit d’une petite cargaison de morceaux s’apparentant plus à de la soupe aux vermicelles pour chevelus, qu’à de la musique psychédélique, il y a du bon chez les Mamas & Papas ! Et si j’ai l’air de les descendre en flammes, c’est pour mieux les croquer, mes enfants… Car il reste néanmoins dans l’œuvre du quatuor de Los Angeles, certains aspects positifs et intéressants, qui font d’eux un groupe incontournable de cette période. Même si aucun de leurs albums ne l’est vraiment…

Michelle et John Phillips

Le quatuor vocal le plus cool de la côte ouest…

C’est pourquoi, j’ai opté pour un florilège de titres parus sur les quatre premiers albums, sortis entre 1966 et 1968. En 1965, deux groupes de folk américain, The New Journeymen et Mugwumps, donnent naissance à The Lovin’ Spoonful et The Mamas & Papas. Le groupe The Mamas and Papas est composé de deux voix féminines, Michelle Phillips (alors épouse du chanteur), et la virtuose Cass Elliot (alias Mama Cass). Ainsi que de deux chanteurs instrumentistes, Denny Doherty, et le leader et compositeur principal, John Phillips, qui n’est pas le moins doué du lot.

Dès le premier opus, If You Can Believe your Eyes and Ears (1966), ce chœur harmonieux reprenant les Fab Four à la sauce beatnik fait fureur. Deux faits anecdotiques : un certain Ray Manzarek (The Doors), prend part à l’enregistrement, et la pochette présentant les membres du groupe assis dans une baignoire est censurée. En cause ? Un cabinet de toilettes figurant sur l’image…

Le succès est immédiat dans tous les pays anglophones. Avec notamment ce standard de folk-hippie, où les voix se mêlent magnifiquement, et où on peut sentir la frontière mexicaine toute proche. Le solo de flûte traversière se substituant à la trompette. Un son et un titre à jamais associé au rêve californien, et à cette période de la fin des sixties…

The Mamas & Papas – California Dreamin’

Malgré les talents de compositeur de John Phillips, et les qualités vocales de ses membres, le véritable joyau reste Mama Cass. Sa voix chaude et légère, presque aérienne. Si certains soirs vous peinez à trouver le sommeil, laissez Mama vous bercer…

The Mamas & Papas – Got a feeling

Mama Cass était capable de tout chanter, ou presque. D’ailleurs, Phillips ne se privait pas pour lui imposer des textes plus insipides les uns que les autres (Monday Monday, Go Where You Wanna Go), et des mélodies dépassant parfois le seuil du easy-listening.

The Mamas and Papas
Mama Cass par José Correa ©

Cass Elliot méritait sans doute mieux. Fort heureusement, il arrivait au leader des Mamas & Papas de voir la lumière, permettant ainsi à cette chanteuse hors pair de s’exprimer pleinement, sur du bluegrass ou du folk. Et que dire de ses qualités de soul-girl…

The Mamas & Papas – The In Crowd

En 1966, l’harmonie du quatuor perd un peu de sa splendeur lorsque Dennis Doherty et Michelle Phillips ont une relation. Pour ne rien arranger, la jolie blonde tombe amoureuse de Gene Clarke (The Byrds), et est évincée par John Phillips, puis remplacée par Jill Gibson. Mais cette dernière ne parvient pas à s’intégrer au groupe. John Phillips finit par faire la paix avec Michelle, qui réintègre The Mamas and Papas.

La même année The Mamas and Papas sortent un 2eme album au titre éponyme.  Quelques titres virtuoses écrits par son leader émergent de cet ouvrage. Comme cette petite merveille interprétée par le discret Denny Doherty.

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Ça sonne comme une B.O de western hollywoodien, baignée de poussière et de l’odeur des plaines. Un titre envoûtant comme une cérémonie indienne…

The Mamas & Papas – Dancing Bear

Un album plutôt réussi au final, avec Mama Cass livrant une nouvelle prestation de haut vol sur un titre de music-hall à l’atmosphère d’avant-guerre…

The Mamas & Papas – Words of Love

L’album Deliver Sort est publié en février 1967. Alors que les guitares saturées s’immiscent dans le psychédélisme ambiant, John Phillips ayant pourtant engrangé un maximum de bénéfices sur les recettes des deux premiers opus, décide de rester fidèle à son folk vaporeux, et ses sublimes harmonies vocales.

The Mamas & Papas – Dedicated to the One I Love

Après une entame avec les chants célestes de Dedicated to the one I Love, je vous déconseille vivement l’écoute de My Girl (Smokey Robinson), une version à faire perdre son sourire à Otis Redding… Heureusement la suite est bien meilleure !

A commencer par Creeque Alley, titre que j’affectionne pour son côté beatnik authentique. Guitare et tambourin, flûte qui déambule et ensorcelle, et un texte adéquat évoquant leur épopée à travers les Etats-Unis. Une véritable invitation à rejoindre la côte ouest. Dans la paix, l’amour et la fraternité…

The Mamas & Papas – Creeque Alley

Le charme vintage de certains titres contribue à la qualité de ce troisième opus. Mama Cass retrouve son piano-bar de music-hall. Un genre dans lequel elle excelle…

The Mamas & Papas – Sing for your Supper

Elle délivre une nouvelle perle cachée en bout de piste, une ballade de saloon, où sa voix mélancolique, toute en retenue est d’une grande beauté. Un titre obsédant, démontrant encore que Mama Cass n’a pas besoin de forcer son talent pour émouvoir…

The Mamas & Papas – Did You Ever Want to Cry

Allez, juste pour le fun, cette version assez étonnante du standard Twist and Shout (Isley Brothers) popularisé par les Beatles. Ici, revu et corrigé par John Phillips. Ca sonne un peu comme Highway to Bed ! On pourrait presque croire à une parodie, mais c’est tellement bien exécuté…

The Mamas & Papas – Twist and Shout

Quelques mois plus tard, John Phillips écrit San Francisco, le tube du Summer Flower interprété par Scott McKenzie, et prend part à l’organisation du Festival de Monterey. Il clôture ce dernier avec les Mamas devant une assistance parsemée et apathique. Dur de passer après Ravi Shankar, Janis Joplin, The Who et Jimi Hendrix !

Durant la journée, Mama Cass est filmée au coeur de la foule par la caméra du réalisateur D.A Pennebaker, admirative devant la révélation Janis Joplin. On raconte qu’en regardant Jimi Hendrix mettre sa stratocaster en miettes et la faire brûler dans un rite vaudou, elle aurait balancé à Pete Townshend (The Who) qui se trouvait tout près : « Il t’a piqué ton truc, mais il le fait mieux ! ». (la même anecdote existe avec Jeff Beck dans un club de Londres).

En mai 1968, Cass Elliot a des envies d’ailleurs mais retourne en studio pour un quatrième opus intitulé… The Papas and Mamas ! Une histoire de parité, peut-être… Comme sur la totalité des albums, John Phillips fait appel à Larry Knechtel (claviers), Joe Osborn (basse) et Hal Blaine (percussions).

Malgré une bonne production, et de belles tentatives d’élargir leurs horizons sur des titres plus expérimentaux comme Gemini Childe et Too Late, il se dégage une certaine lassitude de leurs interprétations. On retiendra malgré tout, ce titre atypique dans leur discographie…

Mansions

Et bien sûr, les deux perles de rigueur de Mama Cass. Un titre que tout le monde connaît, chanson des années 30 reprise par Ella Fitzgerald et Nat King Cole, que Mama Cass va sublimer et faire sienne pour l’éternité. Sept millions de singles vendus ! Et une interprétation magistrale qui permet à la chanteuse d’entrer dans l’histoire…

Dream a Little Dream of Me

Pour finir, elle adresse une berceuse en guise d’au revoir, sur une nouvelle inspiration de John Phillips. Un bon conseil, blotissez-vous dans les bras de Mama, et suivez cette voix douce et rassurante, elle conduit tout droit au pays des rêves…

Midnight Voyage

Malgré un accueil favorable et des ventes importantes, les idylles entre les membres entament la bonne humeur règnant au sein du groupe.

Mama Cass quitte le groupe pour démarrer une carrière solo. Elle rejoint une dernière fois The Mamas and Papas en 1971 pour un cinquième album, obligation contractuelle envers Dunhill Records. Elle décède d’une overdose accidentelle, consécutive à une prise de médicaments, en 1974. Sans elle, le quatuor vocal le plus célèbre de Californie, n’aura plus de raison d’être.

Serge Debono

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