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CIRCLE OF MUD – Ténèbres et lumière

Circle Of Mud

Circle Of Mud présente un premier titre mercuriel. Un Titan forge une plaque d’acier incandescente au fond d’un gouffre abyssal, son royaume, la tanière des ténèbres. La musique paraît millénaire, sa contemporanéité fissurant la sphère magmatique qui la contient via les rais de lumière christique qu’elle émet. Le plomb fondu de « Free Me From The Devil », pulsations oppressantes, sert d’introduction aux onze morceaux suivants ; en fait assez différents. S’il s’ouvre pulsatile et souffreteux (cette chanson est un hit single en puissance !), Circle Of Mud a d’autres atouts dans ses fontes.

En matière de « genre », la pluralité de l’album rend difficile de se prononcer. Seule certitude, il s’agit d’un rock cémenté / trempé, un creuset de « heavytude » maîtrisée. Si le groupe se réclame d’un blues contemporain, il se réinvente au fil des plages.

CIRCLE OF MUF – Free Me From The Devil

Un splendide travail de production ennoblit les chansons en invoquant imperceptiblement le monde amérindien. Une cérémonie chamanique est en cours qui mêle la sève rougeoyante du blues originel aux urbanités sonores, ces saillies électriques au sortir des amplis. Des bribes de voix savamment greffées, esprits de résonances en provenance de l’au-delà, renforcent ce climat. Le « Cercle » serait donc un lieu de procession : la musique, la « Boue » servirait à sculpter des totems mélodiques : la voix.

Et puisque nous évoquons les cordes vocales, le chant rappelle celui à l’œuvre chez Free, groupe anglais du British Blues Boom (made in 60’s, 70’s). L’objet de comparaison porte sur les lignes mélodiques que Paul Rogers délivrait, pas sur son timbre de voix. Celui de Flo Bauer, le chanteur de COM, est à gorge « ouverte », d’une puissance égale mais moins rocailleux.

Victim Of Love

COM ? Peut-on écrire COM on pense à COC, pour Corrosion Of Conformity ? La voie musicale empruntée est différente mais une certaine communion en « sombreur » peut s’admettre. Chez les américains, en post écoute, un groove spécifique parfume l’atmosphère. Chez Circle Of Mud, c’est l’aspect « southern » sous-jacent qui ressort, un côté « country / western » lesté de saturation. A titre de comparaison on peut citer l’excellent Badlands et son premier essai éponyme.

L’apport de Gino Monacello et son jeu de lapsteel œuvre en ce sens. Il épaissit le bon grain et larde l’ivraie. Piquée à vif, les chansons lâchent leur essence vitale au profit d’un impact immédiat. Quant à la paire Matthieu Zirn à la batterie / Franck Bedez à la basse, elle tresse ce genre d’assise impulsive qui provoque le mouvement, fait osciller les linéarités.

CIRCLE OF MUD – Stayin’ Alive

La cover des Bee Gees, loin, bien loin de son disco initial, signe la foisonnante créativité du quatuor. Et si les douze titres se veulent « Modern Blues Roots », l’auditeur décolle l’étiquette pour y coller la sienne : « Délice blues rock ».

Bien inscrit dans sa génération, Circle Of Mud sur son premier album éponyme produit une musique qui, loin d’inciter à la nostalgie, vous ratatine le carafon. Ce qu’on attendait.

Thierry Dauge

CIRCLE OF MUD – Premier Lp éponyme – Sortie le 22 octobre 2021

DixieFrog Records

 

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Amoureux des 70’s et du hard rock en particulier, Thierry Dauge est chroniqueur sur Culturesco par amour de l’écriture musicale. Co-auteur du livre"Pop rock - Les instruments de l'ombre" aux éditions du Camion Blanc, collaborateur de Vivi pour "Mes Années Trust", parce que le rock est loin d'être mort ...