The Bends : 1ère identité du quintet d’Oxford

radiohead street spirit

Juillet 1994, Radiohead entre en studio pour enregistrer les chansons de leur deuxième album The Bends sous la houlette du producteur John Leckie. Ce dernier est à l’époque épaulé par Nigel Godrich, celui qui deviendra par la suite leur principal producteur, sorte de sixième membre du groupe. Un disque assez difficile à accoucher, et qui connaîtra un succès modéré, eu égard à la détonation provoquée par la sortie du single Creep en 1992.

L’album est parsemé d’une multitude de perles électriques. Le ton est résolument rock, les textures sont modernes et les riffs puissants de Jonny Greenwood sont purs et ciselés. Faut-il encore soutenir le propos ? Citons My Iron Lung ou encore l’incroyable petite bombe à fragmentation qu’est Just.

Radiohead – Just

Et pourtant, Radiohead en est encore à la préhistoire de son « originalité ». Les albums suivants étant là pour en attester.

Émotionnel à souhait, The Bends invite l’auditoire à se fondre dans l’énergie pesante d’une mélancolie aux couleurs langoureuses. Celle-ci après un choc rocailleux, surviendra inévitablement au son d’une ballade plus acoustique comme High&dry. Génie tourmenté d’un auteur décalé, sa mélodie enivrante se déploie tel un souffle angélique planant sur l’atmosphère éthérée, murmurant en fond la nostalgie d’un rêve inatteignable.

It’s the best thing that you ever had
C’est la meilleure chose que tu aies jamais eue,
The best thing you have had has gone away
Cette chose n’est plus là.

Radiohead – High and Dry

Tandis qu’au lointain crépusculaire, Street Spirit (fade out), dernier morceau de l’album, nous entraîne dans un tourbillon torique, au fin fond de l’abîme. C’est l’univers glauque et ténébreusement à fleur de peau de Thom Yorke, qui vire au cauchemar sur ce titre à la croisée du voyage cosmique et de l’attraction suicidaire.

Cette sensation d’égarement grisante et troublante, est magnifiée par cette sombre et géniale vidéo du clip, tournée en noir et blanc et filmée dans un désert près de Los Angeles. Le réalisateur a utilisé une caméra spéciale qui a permis d’incorporer au clip final des effets de ralentis, alors que le reste est tourné en vitesse normale.

Radiohead – Street Spirit

Thom Yorke explique dans une interview avec Brian Draper en décembre 2004 que l’inspiration lui est venue de « The Famished Road » de Ben Okri, un livre dans lequel un esprit à trois tête mène le personnage principal à sa route, en ajoutant que la musique de R.E.M. les a également guidés dans la réalisation artistique de cette chanson.

Talk Show Host

Le single Street Spirit est également remarquable pour sa face B. On y découvre en effet, le morceau Talk Show Host, apparu dans le film Roméo + Juliette réalisé par Baz Luhrmann en 1996. Cette chanson a également été utilisée en tant que bande originale du seinen manga Death Note.
Une atmosphère si particulière s’en dégage… nul n’est surpris qu’elle s’invite au service d’autres formes d’art toutes aussi complémentaires.

romeo + juliette radiohead

Interview de Thom Yorke.

« Street Spirit est notre chanson la plus pure, mais je ne l’ai pas écrite. Elle s’est écrite toute seule. Nous étions simplement ses messagers, ses catalyseurs biologiques. Son cœur est un mystère complet pour moi, et, vous savez, je n’essaierai jamais d’écrire quelque chose à ce point sans espoir. Toutes nos chansons les plus tristes ont quelque part en elle au moins une lueur d’espoir. Street Spirit n’a pas d’espoir. C’est le tunnel sombre sans la lumière à la fin. Elle représente toutes les émotions tragiques tellement blessantes que le son de cette mélodie est leur seule définition. Nous avons tous notre manière de gérer cette chanson. Ça s’appelle le détachement. Surtout moi, je détache mon radar émotionnel de cette chanson, ou alors je ne pourrais pas la jouer. Je craquerais. Je m’effondrerais sur scène. C’est pourquoi les paroles sont juste un tas de mini histoires ou d’images visuelles, par opposition à une explication cohérente de sa signification. J’ai utilisé des images avec la musique qui selon moi transmettraient l’intégralité émotionnelle des paroles ajoutées à la musique. C’est ce qui est signifié par « toutes ces choses qu’un jour vous avalerez intégralement ». Je voulais signifier l’intégrité émotionnelle, parce que je n’avais pas en moi ce qu’il fallait pour articuler l’émotion. Je craquerais… Nos fans sont plus courageux que moi de laisser cette chanson les pénétrer, ou peut-être qu’ils ne réalisent pas ce qu’ils sont en train d’écouter. Ils ne réalisent pas que dans « Street Spirit », il s’agit de fixer le putain de diable droit dans les yeux, et de savoir, que peu importe ce que vous faites, il rira le dernier. Je ne peux pas croire que nous avons des fans qui peuvent gérer émotionnellement cette chanson. C’est pour ça que je suis convaincu qu’ils ne savent pas de quoi il s’agit. C’est pour ça que nous la jouons à la fin de nos concerts. Elle me vide, elle me secoue, et ça me fait horriblement mal à chaque fois que je la joue, de regarder des milliers de personnes applaudir et sourire, inconscient de la tragédie de sa signification. Comme quand vous emmenez votre chien se faire piquer et qu’il remue sa queue sur le chemin. C’est à ça qu’ils ressemblent tous, et ça me brise le cœur. J’aurais aimé que cette chanson ne nous ai pas choisis comme ses catalyseurs, c’est pourquoi je ne la revendique pas. Ça en demande trop. Je n’ai pas écrit cette chanson. » (source Wikipedia)

Auguste Marshal

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