Patti Smith Group – Sous le signe de Fred «Sonic» Smith

Patti Smith Group

Lorsque Wave sort en 1979, Patti Smith n’est pas encore marié à Fred «Sonic» Smith, l’ex guitariste du MC5. Pourtant, leurs sentiments respectifs les poussent déjà l’un vers l’autre. En témoignage de cette idylle naissante, pour lui exposer son amour, Patti écrit « Frederick », le titre qui ouvre l’album. Sorte de pendant à « Because The Night » (1978), même organisation globale du morceau, la chanson génère un sentiment de « déjà-vu », ou entendu. Elle agit instantanément sur l’auditeur, véritable hit single de l’album, aidée en cela par une mélodie au piano assez irrésistible.

Patti Smith Group – Frederick

Wave est déjà le quatrième opus de Melle Smith, et s’il n’est pas aussi investi par le public que son aîné, le célébré Easter (1978), il n’en recèle pas moins de jolies « choses ». Outre « Frederick », on peut citer le morceau peut-être le plus rock de tout le répertoire de la Belle, la cover de « So You Want To Be (A Rock’n’Roll Star) » des Byrds, ici fracassée par une batterie décalcifiante. A titre de comparaison, la chanson pulse tout autant que la reprise de « Gloria » des Them, l’attendu du PSG lorsque vécu live. Le PSG ? Onze représentants de la région parisienne qui courent derrière un ballon sur un terrain verdoyant ? Pffffff … Le Patti Smith Group, bien entendu !

So You Want To Be (A Rock’n’Roll Star)

A son habitude, qu’elle écrive, CF les passionnants et passionnés Just Kids (2010) ou M Train (2015), ou qu’elle compose, Patti Smith évoque les milieux artistiques, ses coups de cœur, voire, carrément, ses passions. Dans Wave, on découvre une citation de l’écrivain « pornographe » Jean Genet, une évocation du peintre Modigliani via sa muse, qui se suicida en apprenant la mort du maître alors qu’elle était enceinte de lui, ainsi qu’une dédicace à Jean-Paul 1er, le pape « éphémère » (trente-trois jours de pontificat !). Seul Arthur Rimbaud, son obsession, dont elle a racheté la maison maternelle du côté de Charleville Mézières, n’y figure pas.

Patti Smith Group – Dancing Barefoot

Sur le mode de « The Jean Genie » (1973) de Bowie, dont les paroles abordent un thème déluré (Tien, tien ! Lien avec Jean Genet ?), ou « La fille du père Noël » (1966) de Dutronc, l’histoire d’un couple particulier … « Dancing Barefoot » alterne un binôme de notes ressassées à l’envie. Avec cette chanson, Patti Smith est à son tour reprise par U2 ou Simple Minds, gage de respectabilité artistique. La boucle est bouclée. De ce fait, Wave n’est pas si anodin ou secondaire qu’on veut bien l’écrire. Tout aussi important que ses autres Lp, il précède une longue période de silence pendant laquelle la poétesse mettra au monde deux nouvelles œuvres : ses enfants.

Revenge

« Revenge » permet à Patti Smith de laisser libre cours à son chant incantatoire, ces graves chaleureux et addictifs qui lui sont si particuliers. Traversée d’électricité guitaristique, la chanson dessine également un parallèle avec Television et « Torn Curtain », titre de Marquee Moon, sommet de son ami Tom Verlaine. Cette référence semble esquisser une pensée pour le regretté CBGB, haut lieu de la musique rock underground new-yorkaise devenu une boutique de vêtements.

Patti Smith Group

Derrière le son de Wave, on trouve Todd Rundgren. S’il est reconnu comme un musicien et un artiste respectable via ses propres œuvres, il est critiqué pour sa façon de conduire celles des autres (Sparks, New York Dolls, Meat Loaf …). Ça n’est pas tant le résultat final qui est remis en cause par ceux qu’il a produit mais son comportement trop « directif ». Pour Wave, il a serti un écrin vivifiant. Quarante ans après sa naissance, l’album conserve un profil sonore de jeune-homme qui sied parfaitement aux 2020’s.

Patti Smith Group – Citizen Ship

Fred « Sonic » Smith et Patti restent unis entre 1980 et 1994, année fatale où Frederick décède brutalement d’un arrêt cardiaque. Éplorée, la chanteuse n’en arrêtera pas pour autant sa carrière ni ne refera officiellement sa vie avec un autre homme. Par contre, ses productions musicales et littéraires feront désormais référence à son amour perdu. « Chronique fleur bleue digne des tabloïds à ragots !!! ». Le lecteur apprécie comme il le souhaite l’option prise par l’auteur qui, tout à son choix, décide de rejouer « Frederick » …

Thierry Dauge

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