John CALE – du Velvet Underground à Paris 1919

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John CALE – du Velvet Underground à Paris 1919

John Cale

Un chef d’oeuvre

John Cale est un mystérieux personnage. A croire que toutes celles et ceux qui ont fait partie du Velvet Underground relèvent de cet état, CF Lou Reed. En 1973, il livre Paris 1919 au public. C’est un plébiscite ! Même s’il ne s’en est pas vendu des millions, il s’agit certainement de son plus grand succès. La même année, son frère ennemi, Lou Reed, sort Berlin, un chef d’œuvre. Comme Paris 1919 en est un également, tout juste un degré en dessous sur une échelle « d’incontournabilité », ils font jeu égal une nouvelle fois.

John CALE – Paris 1919

Niveau chant, John Cale n’a aucune prétention. Loin d’être un ténor, il chante parfois à la limite de la fausseté, d’une voix « gringalette », uniquement boostée par place grâce à un jeu de multipistes. L’abord musical, quant à lui, passe par l’emploi d’un orchestre symphonique. Étrangement l’aspect pop et rock persiste, loin, bien loin des essais français en la matière, soupières aboutissants inéluctablement en plages de variété. Depuis son costume belle époque / années folles, fragrance Francis Scott Fitzgerald où Gatsby est magnifique, Cale affiche une volonté rock indéfectible.

John CALE – Child’s Christmas in Wales

Du Pays de Galles au Graal

Né en 1942 au Pays de Galles, il bénéficie d’une formation musicale classique à Londres puis part aux States dès 1963 étudier la composition contemporaine. Séduit par l’aspect urbain et artistiquement foisonnant de la « Grosse Pomme », il s’installe à New York. La suite relève de la Légende : The Velvet Underground.

John Cale

Deux albums et puis s’en va. En 1968, il quitte le groupe pour divergences musicales. En fait, lui et Lou Reed sont deux aimants, qui s’attirent et se repoussent, chacun voulant occuper le poste envié par des ego démesurés : le Devant de la scène. Comment se vivre dans un même costume ? En se quittant.

The VELVET UNDERGROUND – White light / White heat

S’en suit une carrière de producteur débutée avec Chelsea girl et Nico (il suivra l’ex top model tout au long de sa discographie). Entre autres pépites, on le retrouve aux manettes de The Stooges avec l’album éponyme de 1969, sur Horses et Patti Smith en 1975 puis sur l’album de The Modern Lovers en 1976. En 1978, il effectue une incartade française pour Marie et les Garçons avec Re Bop puis produit quelques autres forfaits jusqu’à l’album d’un de son « genre », l’expérimental Brian Eno et son Wrong way up (1990). Amoureux des noirceurs charbonneuses, il assombrit le son de The rapture pour Siouxsie and The Banshees (1995). Concomitamment, il produit quelques BO de films, notamment pour le réalisateur contestataire français Philippe Garrel. Je vous vois venir. Vous allez dire : « Et pour lui-même ? ». Oh … quelques prestations live et dix-sept Lps studio dont Paris 1919.

John CALE – Andalucia

Sur ce dernier, il se fait accompagner par trois musiciens de Little Feat, groupe de blues / country / rock, comprenant Lowell George à la guitare, Richard Hayward à la batterie et Bill Payne aux claviers. Il adjoint au trio le bassiste et saxophoniste de jazz Wilton Felder et convie Chris Thomas à la production ; le même Chris Thomas qui un jour de 1977 s’attaquera à l’enregistrement et au son de Never Mind The Bollocks Here’s The Sex Pistols. Dans un style musical d’esprit commun, le résultat approche le fabuleux Music from big pink (1968) de The Band.

The BAND – Tears of rage

Deux beautés brutes.

De Paris 1919 à la Philharmonie de Paris en 2019

En septembre 2019, Cale conçoit un concert / voyage dans le temps, le genre de prestation qui retrace toute une carrière discographique, du Velvet Underground à nos jours. Cinquante années d’une tortueuse rivière visitant les berges de la créativité, de la source à l’embouchure, du ruisseau pierreux au delta. Pour cela, l’artiste a choisi la Philharmonie de Paris. Ainsi, titrer cette œuvre « capitale » tel qu’il l’a fait n’avait rien de fantaisiste, évoquant par là-même les prémices d’une relation suivie.
Impossible à décrypter, les états d’âme de John Cale, l’homme qui « non-sourit », s’exprime par sa musique. S’il vous sied d’y plonger …

John CALE – Half past France (live)

Thierry Dauge