Moondance, un hymne à l’amour signé Van Morrison

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Durant l’été 1969, Van Morrison coule des jours heureux avec la belle Janet Planet. Ses textes sont idylliques et sa musique sonne comme un coup de foudre permanent. De cette histoire va naître un chef d’oeuvre célébrant l’amour, l’album « Moondance ».

Le génie impatient et caractériel de Van Morrison s’exprime dans la fulgurance. En 1967, il décide de se libérer de toute entrave et quitte le groupe Them qui l’avait révélé au grand public trois ans plus tôt. Trouvant son premier album « Blow your mind » trop commercial, il fait de son second « Astral Weeks », une oeuvre conceptuelle dominée par un folk épuré et non-formaté. Moondance est en quelque sorte une synthèse de ces deux premiers opus.

photo interieur pochette
Van Morrison (1970)

« Personne n’avait idée de ce que je souhaitais composer. Alors j’ai fait mon truc… »

Quand Van Morrison entre dans les studios Mastertone de New York en août 1969, il ne rêve que d’une chose, écrire la musique symbolisant l’amour qui l’unit à sa compagne. Il choisit alors d’allier la chaleur de la folk-music à l’élégance du swing jazz, en s’entourant de quelques musiciens chevronnés de studio. Débordant de créativité, il se laisse aller à composer un hymne aux ébats nocturnes qu’il vit avec sa compagne. Sur fond d’automne, la saison qu’il préfère.

L’histoire d’un chef d’oeuvre

Van The Man a pris l’habitude de triturer sur scène un morceau de Grant Green (« Lazy afternoon »). Ces improvisations sont à l’origine de la matrice du titre « Moondance ». Le swing jazz délicatement imprimé par le piano est soutenu par un saxophone alternant phrasés et grognements teintés d’érotisme. Là-dessus, Van Morrison pose sa voix, parfaite, s’intégrant dans le flot comme une clarinette épousant la structure du morceau.

« And all the night’s magic seems to whisper and hush… »
(Et toute la magie de la nuit semble murmurer puis se taire…)

Titre éponyme d’un album somptueux, Moondance vous transporte sur des terrasses de béton chaud, rafraîchies par la douceur des soirées d’automne. Quand s’enivrant et dansant sous la lune en charmante compagnie, on termine la nuit, dans des draps frais, blotti contre un corps ardent, au son de la flûte clôturant ce titre enchanteur…

Van Morrison – Moondance

En 1969, l’impact du Festival de Woodstock avec ces champs à perte de vue est telle que certains artistes comme Van Morrison viennent s’y installer. Profitant d’un paysage bucolique, loin de l’agitation des grandes villes, ce décor ravive en lui des souvenirs magnifiés de ses jeunes années…

Van Morrison – It Stoned Me

Mais le moteur alimentant ce nouvel opus reste l’amour. Il est présent sur chaque mesure et se décline dans tous les genres. Débarassé des contraintes du groupe et seul maître à bord, Van The Man donne libre cours à ses inspirations. Lui qui avait suivi la mode des sixties en surfant sur le rock et les folk-songs, décide de diversifier ses productions en intégrant également ses influences soul et jazz.

Entre folk et soul music

Véritable chantre caméléon, sa voix se transforme au gré de ses envies. Comme dans ce titre où celle de la choriste Judy Clay (Aretha Franklin, Ray Charles) se mèle harmonieusement à la sienne, haut perché et flirtant étrangement avec le grain du soul man Curtis Mayfield

Van Morrison – Crazy Love

Le bonheur semble libérer le compositeur de ses frustrations. Abordant tour à tour, le thème de l’amour roi, de la rédemption, ou de l’amitié, chaque titre dégage une insatiable joie de vivre.

Van Morrison – Caravan

Même lorsqu’il évoque l’arrivée possible de nuages éclipsant le soleil régnant alors sur son existence, même quand le ton se fait moins enjoué et la musique plus mélancolique, il émane de l’ensemble une lumière indescriptible. L’état de grâce, sans doute…

Van Morrison – Brand New Day

Seul le titre éponyme « Moondance » sera publié en single (en 1977 !!). Pourtant, Into The Mystic possédait toutes les qualités pour inonder les ondes radio de l’année 1970. Il a d’ailleurs été maintes fois utilisé au cinéma et à la télévision, et a fait l’objet de nombreuses reprises (Joe Cocker, Ben E. King, Johnny Rivers…).

Le titre parfait

Selon Van Morrison, cette ballade chaude et mystèrieuse prend sa source dans l’oeuvre d’Otis Redding. Le chant virtuose et langoureux, mais aussi les cuivres dynamisant l’instrumental sont là pour le confirmer. Et si j’évoque un mystère, c’est que l’auteur lui-même en convient, hormis une vague histoire de quête spirituelle, le texte reste sibyllin. Une oeuvre légendaire, et qui selon les spécialistes posséde la même particularité que le fameux Yesterday des Beatles. Elle donne l’impression que la musique et le texte ont été écrits simultanément pour donner naissance à un titre parfait…

Van Morrison – Into The Mystic

Un hymne à l’amour… et au bonheur !

C’est le premier album où Van Morrison est crédité comme producteur. Contrairement au précédent, il ne lésine pas sur le nombre d’intervenants, même si ces derniers sont souvent des pointures de l’ombre. Il faut également souligner la qualité du travail de l’ingénieur du son Elliott Scheiner.

Enfin, s’il convient de parler de chef d’oeuvre, c’est que la qualité de cet album n’a d’égal que son homogénéité. Chaque titre brille autant par ses harmonies et son inventivité que par sa bonne humeur.

Van Morrison – Glad Tidings

Le mélange des genres et le chant imparable de Van Morrison complètent le tableau de l’album parfait. Et même si son idylle avec Janet Planet n’a pas duré, cette oeuvre inspirée et délicate publiée le 27 janvier 1970 passe brillement l’épreuve du temps, et semble être destinée à nous survivre.

« J’aurais aimé garder ces musiciens pour réenregistrer l’album en concert. C’aurait été une tuerie. C’est le genre de groupe qui me plaît. Deux cuivres et une section rythmique, c’est vraiment la formation que je préfère. Mais ces musiciens n’étaient pas de ceux qui travaillent en direct lors d’un spectacle, ils travaillaient uniquement en studio. » VM

Serge Debono

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