NOIR DESIR – Tostaky : 7 décembre 1992

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NOIR DESIR – Tostaky, 27 ans déjà !

«Nous survolons des villes – (des) autoroutes en friche – Diagonales perdues – Et des droites au hasard»

Il y a vingt-sept ans, jour pour jour, loin des affrontements « pour » ou « contre » Bertrand Cantat, Noir Desir sort Tostaky. Incroyable ! Ce manifeste rock permet à un groupe français de rivaliser avec ses homologues anglophones. Au-delà, il reçoit la distinction suprême d’album incontournable ! De fait, le niveau atteint par les bordelais s’aligne sur des locomotives sorties la même année: Le 1er Lp éponyme de Rage Against The Machine ou «Angel dust» de Faith No More.

noir desir tostaky bertrand cantat
Noir Désir – Tostaky – Ici Paris

Dans l’hexagone, au milieu d’un océan de variétés, les prémisses de grandes choses à venir avaient démarré dès le mois de mai avec l’excellent album des Innocents : « Fous à lier ». De là à parier sur un tel séisme à venir…

NOIR DESIR – Tostaky

«Le fond des continents – L’or du nouveau monde – Pyramides jetables – Hommes d’affaires impeccables»

Hors la chanson titre, brûlot qui incendie les foules à chaque concert (CF Le Bataclan – 8 avril 1993), des chansons exemplaires de concision et d’impact garnissent le CD : « Ici Paris », « Oublié », « Here it comes slowly », « Marlène », « It spurts » « Lolita nie en bloc » … autant de titres méritant de sortir en singles et susceptibles de perforer les charts.

NOIR DESIR – Lolita nie en bloc

«Ils disent qu’ils ont compris – Qu’il n’y a plus le choix – Que l’esprit qui souffle – Guidera leurs pas»

Oui : Bertrand Cantat chante d’une façon maniérée. Oui : certains textes présentent un côté abscons. Certes: des notes de guitares vagabondent parfois vers une tonalité inattendue, ce qu’on nomme le « charme », ce qu’on nomme le « talent ». Amateur de morosité, chasseur de normalité, passez votre chemin. Outre jouer plus fort que sur tous leurs enregistrements précédents, Noir Desir s’octroie le droit à tous les possibles. C’est ce qui fait l’originalité de cet album, c’est ce qui fait sont « incontournabilité ».

NOIR DESIR – Ici Paris

«Soyons désinvoltes – N’ayons l’air de rien»

Même et malgré Tostaky, la meilleure façon de jouer ce disque se veut intégrale. Morceler son écoute s’apparente à suivre les épisodes d’une série à suspens sans en connaître la fin. Vingt-sept ans après, compositions, son, pas une ride, si ce n’est celles des hommes. Il en va de l’art comme des pierres précieuses, le temps les effleure sans altérer leur essence. Et s’il a fallu patienter dix ans pour pouvoir glisser une aiguille dans le sillon d’une version vinyle, il en faudra bien plus pour l’oublier.

NOIR DESIR – Oublié

«Encore combien à attendre – Combien à attendre – Combien à attendre – Encore combien à attendre – Tostaky !»

Encore combien à attendre avant de toucher une œuvre aussi forte ? Seuls celles et ceux qui répètent dans l’ombre de leur garage le savent. Et encore, en musique, n’est-on jamais sûr de rien…

Thierry Dauge