The BOOMTOWN RATS – I don’t like monday

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The BOOMTOWN RATS – Punk ? Rock ? Pop ?

The Boomtown Rats

1979 : Cet été là, sur Radio One, « I don’t like Monday » côtoie des pierres angulaires de la pop-music britannique : « Is she really going out with him », « My sharona », « Don’t bring me down » ou « Roxanne ». Avec « The fine art of surfacing », album géniteur du single précité, The Boomtown Rats fait fît de ses premières amours punks au bénéfice d’une proposition musicale plus pop/rock. Dans cette « niche », il rejoint donc ceux qui trustent les charts au même moment : Joe Jackson avec « Look sharp », The Police avec « Outlandos d’amour », Elvis Costello & The Attractions avec « Armed forces » ou Electric Light Orchestra avec « Discovery », pour n’en citer que quelques-uns.

The BOOMTOWN RATS – I don’t like monday

De fait, « The fine art of surfacing » poursuit une « dé-punkisation » de la musique du groupe, savonnage partiellement entamé dès le second Lp : « Tonic for the troops » (1978). Indéniablement, le rock, punk/rock identifiable sur le premier album éponyme (1977) a perdu du stupre et pris du sucre. Cette modification tient essentiellement au son des guitares, moins agressif, ainsi qu’à une production plus sophistiquée. Lorsque l’on sait qu’en la matière, « The fine art of surfacing » relève du travail de Robert John « Mutt » Lange, le plombier d’« Highway to hell » pour AC/DC, le coiffeur du « 4 » chez Foreigner … Entre les deux, on se dit que les australiens ont frôlé le brushing en règle ! … ou presque.

Nothing happened today

Qualifier The Boomtown Rats d’arrivistes calculateurs, les réduire à un coup marketing, serait médire. Leur musique est tout sauf un produit de grande consommation. A l’écoute de ce que les Rats livrent en 1977, un fait notable saute aux oreilles : ils maîtrisent leurs instruments. Et, dès 1978, de toute évidence, ils savent fleurir une partition orchestratrice. Nonobstant, au-delà de leurs capacités à jouer « juste », un autre élément va conduire le groupe vers un relatif succès : son chanteur.

The BOOMTOWN RATS – Lookin’ after number one (1977)

Bien avant 1982, et l’exposition médiatique dont-il bénéficie pour son rôle dans le film « The Wall », bien avant 1984 et le Live Aid qu’il co-organise avec Midge Ure, Bob Geldof, de par son attitude, charme l’assistance. Certains hommes ont ce pouvoir : attirer les regards, magnétiser les foules. Pourtant, sa voix n’a rien d’extraordinaire. Elle tend même au joint de cardan perforé : elle tourne en surchauffe. Alors ? Comment définir l’indéfinissable, cerner une notion sans contour, parler phéromones … Le pouvoir d’attraction que Bob Geldof exerce relève de cette impalpabilité.

Dans ce qui caractérise The Boomtown rats, ne négligeons pas non plus l’humour. Que ce soit au niveau du look ou des textes, les boys en font bonne chère. Par ce biais, ils s’attirent l’attention d’un public jeune à la majorité préadolescente.

Living in an island (1978)

Oser un parallèle entre The Boomtown Rats et Madness n’est pas sans fondement : musiciens empilés les uns sur les autres, grimaces ou rictus « rigolos », vêtements incluant des pièces de costumes plus ou moins colorées, pas flashy mais quand même.

The Boomtown Rats
Au niveau de l’interprétation des chansons, une certaine similitude existe également. Suggs, frontman de Madness, et Bob Geldof ne craignent pas d’exprimer physiquement ce qu’ils chantent. Leurs visages adoptent alors les traits d’un personnage de cartoon, de ceux dont Tex Avery aimait à user : Droopy « I’m happy », le Loup découvrant la pinup …

Musicalement, s’ils sont différents : le ska de l’un face à la pop/rock de l’autre, leurs côtés festif et joyeux les réunissent, tout au moins pour le plaisir des yeux.

The BOOMTOWN RATS – Having my picture taken

Au-delà des clivages nés du découpage de la pop-music en genres et sous-genres, que The Boomtown Rats ait été punk puis rock puis pop ou tout ce qu’on voudra, n’a pas freiné sa créativité. Le groupe présente un éventail de chansons d’une diversité bien plus que rafraîchissante. Sans craindre l’opprobre, on peut les comparer à Sparks, le gang/duo des frères Mael. Sous un aspect « chansonnette », « Comptine » ou BO de bar mitzvah, l’art de la composition déployé par ces messieurs est exemplaire. Des suites d’accords millimétrés, des changements de tonalité étalonnés, des ponts imparables, des mélodies doctorantes, rien de moins.

Alors, s’il vous prend l’envie de musicaliser agréablement vos journées, tout en appréciant les constructions musicales architecturées, ne cherchez plus !

Don’t believe what you read

Et si, après lecture/écoute, vous trouvez que cette chronique fait preuve d’un excès d’éloges, c’est peut-être que le responsable s’est inspiré du titre « lié » ci-dessus pour l’écrire.

Qu’ils soient musicaux ou culinaires, les avis/commentaires basés sur le « goût » ouvrent à tous les possibles …

Thierry Dauge