SLAYER – Reign in blood

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SLAYER – L’Antéchrist

Slayer

En studio

De par son approche musicale, l’iconographie qui caractérise son logo, les paroles de ses chansons, Slayer fait figure de groupe satanico-suprémassiste-nazzifiant : l’Antéchrist !

Slayer, adepte du satanisme ? Les pochettes de ses albums tendent à entraîner l’imagination en Enfer : du sang, des griffes, des cornes : « Vade rétro Belzébuth !!! ».

Slayer, partisan d’une suprématie blanche ? Certains des textes « growlés » sous des avalanches de Thrash Metal le laisseraient croire. Qu’en penser ? Tout est question d’interprétations. Même les textes fondateurs en font les frais : Bible, Torah, Coran … Closer, Voici, le Canard Enchaîné, Le Monde … Fluide Glacial, Rock & Folk.

Slayer, sympathisant nazi ? Encore une fois les textes sont en cause, celui d’« Angel of death » en particulier, titre figurant sur l’album « Reign in blood » (1986). Poésie mise à part, discourir des actes de Josef Mengele, « médecin » du camp d’Auschwitz … il fallait s’attendre à des retombées. Pour qui ne parle pas anglais ni ne parvient à saisir le moindre mot hurlé à gorge fermée par Tom Araya, cette chanson officie tel une coulée de lave, éruptive.

SLAYER – Angel of death

Slayer est, en quelque sorte, un initiateur. Il a réussi à hisser la brutalité musicale au rang d’acceptable. La violence canalisée avec laquelle il livre ses compositions parvient même à trouver des oreilles attentives chez le commun des auditeurs. Incroyable ! Prenez l’ensemble des formations estampillées Thrash Metal et secouez ce baril de poudre au-dessus du « grand public ». Peut-être parviendrez-vous à en extraire deux ou trois détonations susceptibles de percer l’obscurantisme musical radiodiffusé.

En regard, Slayer magnétise, aimante. Tel le loup, il attire à lui les petits enfants et les adultes en mal de sensations. Le look de Kerry King, poignets de force hérissés de nine inch nails, tatouages « anguilleux », fait également office de miel sur le frelon. La noirceur attire inéluctablement celles et ceux que la lumière écœure.

Season in the abyss

Les détracteurs accusent : « Slayer ? C’est toujours la même salade métallique, la course au nombre de bpm ! ». Pourtant, les albums du groupe n’empruntent pas systématiquement les mêmes chemins. Certains sont d’avantages progressifs : « Season in the abyss » (1990), où d’autres revendiquent une fougue échevelée : « Divine intervention » (1994). Le groupe a même assuré une reprise de « In a gadda da vida » d’Iron Butterfly. Bizarrement, il ne semble pas que tous ses membres le désiraient. Commentaire de King : « Un bloc de merde ».

Slayer

Il reste que Slayer possède en son sein un atout majeur, son batteur : Dave Lombardo. Cet homme envisage son instrument comme un prolongement de ses terminaisons nerveuses. Et si, pour pouvoir être à nouveaux excités, les neurones nécessitent un temps de repos, chez lui, le repos s’écrit : « No speed limit » ! De plus, sa technique de double grosse-caisse n’a pas d’égal : un marteau-piqueur, une IRM. Associé à Hanneman et King, animé par Araya, Lombardo appelle la foudre, entremet que tous mâchonnent au petit déjeuner.

SLAYER – Chemical warfare

Si, en studio, le groupe repousse les murs, que dire de ses prestations scéniques ? Comme toujours, pour pouvoir en parler, engager une critique, il faut sortir voir/écouter les spectacles vivants. Mais combien vont oser Slayer alive … ?

En concert

Slayer

Le 22 novembre 1991, tel Attila, Slayer envahit le Zénith de Paris. Son but ? Là où il passe, les scènes, incinérées, ne se reboisent pas. Cela se vérifie-t-il ?

Le groupe arrive sur scène, calmement. Tom Araya dit quelques mots à peine prononcés, d’une voix d’une douceur inattendue et puis … ça démarre.

Les premières notes s’échappent des amplis pour venir percuter chacune des âmes présentes. La sensation de prendre un parpaing en plein visage rivalise avec l’impression de passer sous un quinze tonnes. La douleur est intense et … sensationnelle ! Exactement ce que l’assistance espérait. L’assistance ? Elle bouillonne, cuir et treillis mêlés comme cheveux longs et crânes rasés. Le qualificatif le plus poche pour définir au mieux ce concert de Slayer ? « Terrifiant » !

SLAYER – Intro & Disciple (live)

Le 16 novembre 1994, avec Machine Head en antipasti, les stigmates réapparaissent : saignements de gencives, nez fracassés. Peut-être la percussion est-elle inférieure d’un ou deux points, mais quand même. Encore une fois, la survie de l’auditoire ne tient qu’à un fil barbelé, sa capacité à scander ce mantra : « Sla-yer, Sla-yer, Sla-yer … ! ». « Stupéfiant » !

Divine intervention

Le 23 octobre 2004, à Bercy, l’insensé Slipknot propose la Bête en guest, certes précédée par deux autres formations : Mastodon et, à nouveau, Machine Head. Malgré une prestation au cordeau, Slipknot défaille. Comment passer après l’ouragan Slayer ? Personne n’a pu relever ce défi, bien que, lors du « Big four of thrash » (1990-1991), Anthrax, Metallica et Megadeth aient fait plus que jouer les faire valoir.

Ce soir d’octobre 2004, au POPB, Slayer incendie la salle, ne laissant à son successeur qu’un écran de fumée, un public cramoisi. « Carbonisant » !

SLAYER – Rainig blood (live)

Qu’on l’apprécie ou pas, l’objectivité amène au constat que ce groupe possède une force de frappe peu commune. Il reste que l’aspect rebutant de certaines de ses chansons peut en repousser plus d’un, en indisposer plus d’une. Pourtant, leurs fans se comptent par milliers et leurs ventes d’albums avoisinent les 35 millions d’unités de par le Monde …

Le rock, à ses débuts, n’était-il pas vecteur de rébellion ? Synonyme de liberté ? Les adolescents en ont toujours usé pour défier l’autorité parentale. Alors, pourquoi Slayer n’aurait-il pas été cette figure tutélaire le temps où il officia ? « Où il officia » ? Serait-ce qu’il n’est plus ? Il se dit que le groupe va très prochainement arrêter sa course folle. Conjuguer au présent, sachons en profiter avant l’hallali.

Thierry Dauge