Le poivrot, une espèce en voie de disparition

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Pourquoi, dans les bistrots, ne voit-on plus de mecs bourrés ?

PESTICIDESÇa n’a pas pu vous échapper si, d’aventure, il vous arrive d’aller boire un café en dehors de chez vous : les poivrots ont disparu.
Je parle du bon vieux poivrot qu’on a tous connu, celui qui, à peine êtes-vous entré, est déjà en train de vous donner son avis sur les sujets du jour… Ce qu’on appelait jadis « un honnête homme » ou un « homme de commerce agréable ».

Jamais ô grand jamais, le poivrot, qui ne vous connaissait pas, n’aurait songé à vous importuner avec ses problèmes PERSONNELS. Non, à l’instar du garçon coiffeur, le poivrot vous entretenait – faisant fi de la météo, discussion de bonnes femmes – de la situation internationale, voire nationale, fustigeant des gouvernements « qui invitent à bouffer des rois nègres avec nos impôts » ou « qui envoient des bonhommes dans la lune mais qui sont pas capables de réparer l’ascenseur du HLM de ce pauv’ monsieur Martin ».

Dans un premier temps j’avais cru, en toute logique, que le poivrot avait été victime des chaînes d’info en continu : avant, y avait QUE le journal de 20h. Donc, lorsqu’on allait prendre l’apéro vers 18h, le poivrot caracolait… avec humilité. Sans se prendre pour une star il vous délivrait avec deux heures d’avance les mêmes conneries que Roger Gicquel ou Poivrot d’Arvor. L’équivalent aujourd’hui de ce que fait Jean-Pierre PERNAULT (d’ailleurs, avec un nom pareil…)

Et puis, brusquement, éclair de génie et espoir…

Le poivrot, celui avec un gros nez rouge avec des sortes de trous dessus, type fraise espagnole dans une grande surface date de consommation largement dépassée, avait-il déserté SEULEMENT l’intérieur des bistrots ?
Eh oui, le poivrot avait presque toujours au bec, à côté d’un peu de bave, un vieux mégot tout pourri, généralement éteint car quand on cause on oublie d’alimenter la combustion de la clope.
Oui, j’en étais presque sûr…

Depuis l’interdiction de fumer, le poivrot clopait-il dehors ?

Je me « précipita » dehors, je « regarda » avec tous mes yeux et je « voyus » QUE DALLE : le poivrot n’était pas dehors non plus… Il n’était pas sur le trottoir, devant la porte du bistrot, à mâchouiller sa gitane maïs.

Mais que se passe-t-il donc ?

C’est une statistique terrifiante qui m’a ouvert les yeux en venant de me confirmer que le poivrot a VRAIMENT disparu : 7 000 cafés disparaissent chaque année en France.
Ils étaient 600 000 en 1960, ils n’étaient plus que 34 669 en 2016.
C’est MONSTRUEUX, car ces nombres prouvent bel et bien que le poivrot est MORT…
C’est mathématique…
S’il y avait AUTANT de poivrots qu’auparavant, considérant qu’il y a vingt fois moins de bistrots qu’en 1960, il devrait y avoir vingt fois plus de poivrots à l’intérieur des bistrots restants. Ils seraient même vachement serrés, en train de lever le coude au coude à coude au comptoir. Or, NON !
Le poivrot a disparu… Mais pourquoi ? Quel fléau l’a décimé ?

Le poivrot était toujours au comptoir

TOUJOURS ! Le VRAI poivrot était TOUJOURS au comptoir.
Certes un peu affalé, mais c’était pas un feignant qui s’assoyait à une table. Toujours DEBOUT, quel que soit son degré d’ébriété avancé. Digne, au comptoir. J’allais presque écrire « droit ». Mais faut quand même pas exagérer. Pas droit, mais au moins tenait-il debout en s’agrippant, d’une main au zinc, de l’autre à son ballon de rouge.

… à son ballon de rouge, voilà le fin mot !

Le vrai poivrot, le traditionnel, celui qu’on aime et dont on pleure la disparition, ne buvait que des ballons de rouge. Et c’est peut-être là la cause de sa disparition.

Menons l’enquête…

Ce qui a tué nos poivrots, c’est le PINARD en lui-même.
Car, je le redis, le vrai POIVROT, c’est pas celui qui boit un ou plusieurs demis de bière. Surtout qu’il est devenu vachement cher, le demi (3€ au moins, même à la campagne)… et il est dégueulasse, type pisse d’âne. Et au bout de trois il te file une haleine de chacal. Bueurk !

Je reprends ! Le vrai poivrot ne buvait que des ballons de rouge. Et à l’époque, on ne parlait pas de « consommer avec modération ».
Pourquoi on demande aujourd’hui de CONSOMMER AVEC MODERATION ?
Par pour éviter que le poivrot tabasse sa femme en rentrant chez lui si la soupe n’est pas assez chaude, non, ça, on s’en fout.

C’est parce que AUJOURD’HUI LE PINARD EST UN POISON. Alors pour éviter les décès au bistrot après 5 ou 6 ballons de rouge, on préconise de CONSOMMER AVEC MODERATION
Macron nous a promis un énième plan gouvernemental pour réduire l’usage des pesticides à l’horizon 2095. Car…
La France pulvérise chaque année 800 000 tonnes de pesticides, or la vigne, qui ne représente que 3% de la surface agricole, en pompe 35%, des 800 000 tonnes.
Pas besoin de vous faire un dessin : en 2019, dans un ballon de rouge, il reste encore un tout petit peu de raisin dans le verre de pesticides, mais ça va pas durer.

Salauds de viticulteurs, vous avez tué nos poivrots !