ROBERT-HUGUES LAMBERT

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Acteur plus que maudit…

Il ne tourna qu’un seul film

(merci à Christian HOTTE pour son complément d’information).

Né à Paris en 1908, Robert-Hugues Lambert, un jeune employé de banque, suit des cours d’art dramatique. En 1926 il part au service militaire chez les chasseurs alpins. À son retour, il tente sa chance sur les planches. Il part en tournée dans toute la France durant plusieurs années et affiche un peu trop complaisamment son homosexualité, ce qui sera la cause de sa chute.

Mobilisé et envoyé au front pendant la Drôle de guerre

En 1939 il est mobilisé et envoyé au front pendant la Drôle de guerre. Démobilisé, n’ayant guère retrouvé de travail, il se voue corps et âme à la poésie. Fréquentant le milieu homosexuel parisien, il devait fatalement tomber un jour ou l’autre sur Jean Cocteau. Celui-ci l’introduit dans le monde du cinéma et du théâtre. En 1941, il remplace Alain Cuny dans Le Bout de la route et le voici engagé, par un autre Cuny, Louis, (sans lien de parenté avec le précédent : Alain Cuny se nommait en réalité René Xavier Marie) pour tenir le rôle-titre dans un film consacré au grand aviateur Mermoz disparu fin 1936 (la ressemblance entre les deux hommes est frappante, sauf en ce qui concerne la virilité).

Pierre-Richard Willm, alors grande vedette, avait été contacté en premier pour interpréter le rôle mais ses prétentions financières étaient incompatibles avec le budget. Le film est en grand partie tourné en 1942 ; il ne reste plus que quelques scènes à adjoindre lorsqu’en mars 1943 le prometteur jeune premier qui sort d’une séance de portraits chez le fameux photographe Harcourt est arrêté par la police allemande à la terrasse du Sans-Souci, un café fréquenté par les homosexuels : il aurait eu une relation avec un officier allemand, d’où la nécessité de ne pas faire éclater un scandale.

L’Allemand est envoyé sur le front russe. Quant à l’acteur, il est expédié au camp d’internement de Compiègne. On s’étonne toutefois du motif invoqué : les autres homosexuels, nombreux dans le monde du spectacle du Paris de l’Occupation, n’ont jamais été inquiétés.

MERMOZ le film maudit
MERMOZ le film maudit

Le film n’était pas achevé…

Pour les ultimes scènes à tourner, Lambert est remplacé, physiquement, par Henri Vidal, une « trouvaille » d’Edith Piaf (élu Apollon 1939, il sera le mari de Michèle Morgan. Il mourra à l’âge de quarante ans, dépressif et drogué). Mais si la silhouette de Vidal fait effet sur l’image, rien n’est réglé pour le son : les deux hommes n’ont pas du tout la même voix. Une équipe est dépêchée sur son lieu de détention pour effectuer une prise de son ; avec la complicité des gardiens, une perche se terminant par un micro étant passée par dessus les clôtures du camp. Il était temps : en août 1943 il partait pour Buchenwald.

Lambert, rasé à son arrivée dans un camp, tomba en larmes à la vision de sa belle chevelure blonde. Il venait de prendre conscience de sa déchéance au moment où on lui volait son image. Il avait sans doute espéré retrouver Paris pour être présent à la première du film, le 14 octobre 1943 à l’Opéra de Paris après une avant-première à Vichy en présence du maréchal Pétain et de la mère de Mermoz (quelques mots sur l’aviateur : il avait des convictions de droite – voire d’extrême-droite… puisqu’il fut le fondateur du Parti social français avec le colonel  de La Rocque – motivées par la politique socialiste de l’époque visant à démanteler les Compagnies aériennes privées au bénéfice d’une compagnie d’Etat, Air France en l’occurrence).

Fin 1944, Lambert est transféré de Buchenwald à Flossenbürg. Il y mourra en mars 1945. Contrairement à Kurt Gerron, il avait cessé de croire pouvoir s’en sortir.

Mermoz constitue l’unique trace de Lambert au cinéma. Ce film étant apparemment introuvable, la seule occasion de voir cet acteur fantôme est de visionner les 23 secondes que j’ai mises en ligne (si vous êtes comme moi collectionneur de raretés en noir & blanc n’hésitez pas à me contacter : daniel.lesueur@yahoo.fr)

Marcel Bluwal, en 1998, exhuma cette histoire et en fit un film, Le plus beau pays du monde.

Daniel LesueurCulturesco