La rentrée des classes de Manu et du Petit Nicolas

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Un épisode inédit et fictif : « Manu cherche la bagarre »

… Fictif, vraiment ?

Petit Nicolas
Petit Nicolas

Ah elle commençait bien, l’année scolaire : de la flotte, de la flotte, après un été pourri. Le Petit Nicolas l’avait passé à jouer aux billes dans l’arrière-cour de la vieille maison familiale construite de ses propres mains par son arrière-grand-père.

De la flotte, de la flotte, et ce vieil imperméable qui ne l’était plus, imperméable. Arrivé dans la cour de l’école, Petit Nicolas s’en débarrassa. De l’imperméable, pas encore de l’école. Il l’accrocha à une branche de l’unique arbre de la cour. Dans son vieux gilet jaune en laine, rapiécé car sa grand-mère l’avait tricoté jadis pour le père de Nicolas, le mioche courut vers les copains (et les pas-copains !) qu’il avait quittés trois mois plus tôt. Les « pas-copains », c’était surtout Manu. Toujours à se « fiche » de lui. Et c’était reparti pour un tour :

  • Dis donc, Nicolas, il est vachement moche ton vieux gilet jaune…

  • Bin j’en n’ai pas d’autre. Et puis il est bien chaud, encore.

  • Bin oui, et comme ça on te voit bien. Si t’avais la télé ou si tu connaissais des gens qui y travaillent, peut-être qu’ils causeraient de toi. A la télé on s’occupe autant des Jojo ou Nicolas en gilet jaune que des ministres ! Mais sur la route, même si on te voit bien, tu peux quand même avoir un accident. C’est pas ton gilet jaune qui t’empêchera d’être éborgné ou d’avoir une main arrachée.

Eudes arrive et se joint à la discussion. Eudes, c’est un costaud, il file des gnons mais avant de filer des gnons, quand c’est à quelqu’un qui porte des lunettes, il lui demande de les enlever.

  • Salut Nicolas ! Salut Manu !

  • Salut Eudes. Dis donc, t’es bien pâlichon toi. Moi y avait plein d’soleil à Saint-Tropez…

  • Nous on n’est pas partis en vacances cette année.

  • Pourquoi ? Vous êtes trop pauvres ?

  • Bin oui, on n’avait pas de sous…

  • C’est parce que tes parents i’ travaillent pas assez. C’est des feignants.

  • C’est pas des feignants, mes parents. L’usine de mon père a fermé. Maintenant ils font construire les bagnoles en Pologne. Alors papa est au chômage.

  • Ta mère, elle pourrait faire des ménages. La p’tite vieille, en face de chez vous, elle cherche quelqu’un. JUSTE EN FACE DE CHEZ VOUS ! Ta mère, pour travailler, elle a qu’à traverser la rue.

Mémères sur abbey road
Mémères sur abbey road
  • C’est normal qu’ils aient pas de sous, tes parents c’est des ignares, i’ sont pas allés longtemps à l’école. Moi j’irai à Harvard.

  • Oh dis donc tu cherches la bagarre, toi. Je vais te filer des gnons…

  • Me file pas de gnons, me file pas de gnons sinon j’appelle les CRS… euh, j’appelle la maîtresse. Maîtresse, maîtresse, y a Eudes qui veut me filer des gnons…

Mais la cloche sonna, il était neuf heures.

« Les enfants, mettez-vous en rang. Manu, mets-toi devant, tu es premier de cordée ».

La maîtresse compta les enfants, les salua et posa une bise sur le front de Manu :

  • « Tu n’oublieras pas de venir me voir à 4h et demie, après la classe, quand tous les autres seront partis ».

(dans la foulée, lire, RICCARDO, « Le petit Nicolas et les élections du primaire » https://motsetimages.wordpress.com/2017/01/27/le-petit-nicolas-et-les-elections-du-primaire)