STATUS QUO – l’Art du Boogie Rock

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STATUS QUO ou la pulsion rythmique

Status Quo

Le 24 décembre 2016, Rick Parfitt, le « bras » de Status Quo, meure d’une septicémie : triste Noël. 44 ans plus tôt …Chez Status Quo, c’est « LA » pulsion rythmique. Lorsque vous écoutez leurs chansons, il est impossible de ne pas secouer la tête ou suivre le rythme du pied : la partition idéale pour air musiciens. Le « véritable » Quo commence avec « Piledriver » (1972). Ce disque n’est pas uniquement responsable du tempo marqué du talon par le voisin du dessus, sa pochette détermine également les choix capillaires d’un nombre conséquent d’adolescents. Les fameux « gardes boue » disparaissent, ces espaces réglementaires d’un ou deux centimètres laissés sans cheveux au-dessus des oreilles des garçons. En conséquence, les disgracieux pavillons auditifs sont dissimulés sous une cascade de mèches blondes, rousses ou brunes se déversant jusqu’aux épaules, voire au-delà.

STATUS QUO – Big fat mama

Les in-quo-tournables

Status Quo Albums

Au milieu des 70’s, contrairement aux trois rayonnages remplis de compilations ineptes qui s’y morfondent ces jours-ci, les linéaires des hypermarchés débordent de références rock. On y trouve tous les 33 tours de l’année, plus ceux des cinq à dix années passées de tous les groupes de rock existants ou ayant existés. Qui veut posséder la production vinylique complète d’un artiste ou d’un collectif n’a qu’à se « baisser ».

En 1977, Status Quo n’échappe pas à cette règle. Une main se tend, butine les disponibilités puis repart avec, au minimum : « Piledriver », « Hello ! », « Quo », « On the level » et « Blue for you ». On croit rêver … une mine de barres énergétiques ! Plus efficace que la cocaïne pour rester éveillé toute une nuit, de quoi « pogoter » toute une vie ! On se dit qu’on est paré pour affronter l’éternité lorsque l’arrivée du printemps signe une nouvelle livraison : « Status Quo + Live ! », véritable « Best of » retraçant tous ces disques à la fois, double 33 proposant une collection de hits passés à l’accélérateur, de quoi regretter de ne pas avoir croisé le groupe sur scène à cette période.

La méthode Quo

Pour un postulant guitariste, les accords barrés réalisés à deux doigts permettent d’aborder quasiment n’importe quelles chansons. Dès que l’index et l’annulaire trouvent leur place, « Bye bye Johnny » sonne la charge ! Les gentlemen de Status Quo usent de ce type d’accords, cordes grattées avec la frénésie nécessaire au tempo voulu. Les médiators jouent les rythmiques de haut en bas, ce qui génère plus d’énergie que par aller/retour. Parfois, le petit doigt se déplace d’une case ou deux pour marquer les temps. En enluminure, des phrases « à chanter » (CF l’intro de « Caroline ») s’échappent de la Télé ou Stratocaster de Francis Rossi. Manque de régularité ? Besoin d’un métronome ? C’est Status Quo qu’il vous faut.

STATUS QUO – Bye bye Johnny (live)

Statu blues

Sur la chaîne stéréo, passent et repassent : « Don’t waste my time », « Big fat mama », « Caroline », « Backwater/Just take me », Down down » ou « Rain ». D’après la critique, il s’agit de boogie rock. En fait, l’hommage au blues transpire. Le dernier titre de « Piledriver » : « Roadhouse blues », une reprise des Doors, fait preuve d’argument en faveur de l’hypothèse. Status Quo, groupe de baltringues sachant tout juste enfiler une Télécaster, une Fender précision ou chausser un kit de batterie Premier ? Que nenni ! Des amoureux du blues revisitant sempiternellement le fruit de leur passion.

STATUS QUO – Down down

Au Quo-tidien

Les pochettes des disques du groupe racontent chacune l’histoire personnelle de leurs acquéreurs. La plupart du temps, elles prennent un aspect « Frankenstein », les tranches rafistolées au scotch, ornées de chiures de mouches, de taches de chocolat ou d’involontaires tests d’origami, leur état témoignant de leur immixtion au quotidien. Status Quo : partition des classes moyennes en milieu urbain. Les seuls à l’avoir tenté et réalisé, faire rimer « boogie » avec « sociologie » !

Status Quo

Status quo live – Séances de rattrapage

Le 30/04/2002, Status Quo visite l’Olympia. Quel bonheur ! Même s’il ne reste que Parfitt et Rossi de la formation initiale, leur musique envoie par tous les bouts. La salle n’est pourtant pas pleine. La première partie des gradins n’ayant pas trouvé preneur, on invite les convives à l’occuper. Parfois, les choses tournent bien et vous vous rapprochez des vôtres.

La même année, le 20/10/2002, un grand rappel est organisé à la Cigale : une apothéose ! Les participants en ressortent essorés, les yeux brillants, les aisselles marquées et la semelle fumante de l’avoir tant battue.
Et puis, le 26/03/2014, au Palais des Sports de Paris, rêve éveillé, la formation de « Piledriver » officie sur les planches, les légendaires : Lancaster, Coghlan, Rossi, Parfitt. Texte d’un SMS échangé ce soir-là : « J’aurais payé le double rien que pour « Big fat mama » !!! Encore éclairés de ce moment atemporel, en décembre 2016, les adeptes auraient donné tout l’or du monde pour ne pas apprendre que Rick Parfitt nous avait quittés : « … and rain is falling on my head ».

STATUS QUO – Rain

Jamais lassées de les avoir tant écoutés, au crépuscule de leurs vies sur Terre, toutes les personnes ayant assisté à une de leurs nombreuses performances scéniques lâcheront en écho : « Remets-moi Status Quo ».

Thierry Dauge – CulturesCo