Macadam Normandy Blues

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Macadam Normandy Blues

Blues en Caux
Dessin : Poup

La vache. Du mal à suivre.

Tu parles, Honda Amigo. Un vrai veau. Et puis le moteur, avec son bruit de tondeuse à gazon enrouée. Et comme si ça suffisait pas, la couleur. « Caca d’oie ». On repassera pour le glamour. Mais, bon, les parents ont raqué. Pas mon mot à dire mais, merde, y avait une promo sur la collection « caca d’oie » ou quoi ?

Les deux autres, devant, ça turbine.

Le Jacques, avec sa Yamaha 50. Bonjour la frime. Avec une selle biplace, comme les vraies bécanes. Pour emmener sa gisquette, c’est royal. Confort garanti pour les petites virées flirt. Bibi, avec son porte- bagage c’est la loose garantie. Mais, ceci dit, il est sympa le Jacques. Un gars du sud, toujours partant pour la déconnade. Échoué ici dans ce coin de Seine-Maritime. Son dabe est ingénieur sur le chantier de la centrale de Paluel, nommé là because ça paye bien le nucléaire, faut croire. Dans la roue de Jacquot c’est Marc. Lui il roule français. Peugeot 103. Ca dépote ça le Peugeot. Le chopper du monde mobylettien. Surtout qu’il a viré les chicanes du pot d’échappement. Je te dis pas le barouf. Pourvu qu’on croise pas les flics. Cool aussi le Marco. Un brin taiseux. Mais cool. Un gonze du cru. Pur dieppois, comme mézigue.

Bon, je m’accroche dans leur sillage.

Bonjour l’équipage. Visez moi ça. Le trio infernal. Easy Rider revisité Pays de Caux. La classe régionale. C’est qu’on est pas arrivé. Saint-Valéry-en-Caux y a une trotte. Dans les trente bornes. Que des montées et des descentes le long de la route côtière. Mais ça va le faire. Il faut que ça le fasse. Parce que là on ne rigole plus. On a, comme qui dirait, rendez-vous avec la légende. Pas moins…

Easy Rider en Caux
Dessin : Poup

C’était l’autre jour à Disques Shop,

ZE disquaire of Dieppe. Tu m’diras, fastoche, digne de ce nom, y en a qu’un. On se retrouve là souvent le samedi. En plein défrichage musical les trois zigs. Apprentissage du Rock’n Roll avec écoute assidue et religieuse des Stones, Blue Oyster Cult, Led Zep et autres usineurs de riffs. Une fois un vieux, au moins 20 balais, nous a sorti sa science. « Ouais les p’tits gars, savez, tous ces groupes, là, z’ont tout piqué aux bluesman, t’sais, le Blues c’est la base, pas à tortiller, si tu veux piger le Rock, faut écouter du Blues ». Etc… Etc… Bon, il arrêtait pas de nous bassiner avec son « Blouze ». Nous on disait « OK… OK… », l’air intéressé. L’autre il était content. Croyait peut-être nous impressionner avec sa musique de croulant, le Phil Manoeuvre à deux balles.

N’empêche qu’on l’a quand même essayé,

son Blues à la con. Ben merde…
C’est peut-être joué par des mecs qui pourraient être nos grands pères mais ça arrache !
Muddy Waters, John Lee Hooker, Sonny Boy Williamson, on s’est envoyé tout le catalogue. Et on en redemande. Y en a un qui nous plaît vraiment bien, c’est le Hound Dog Taylor. Carrément sauvage. Joue avec un goulot de bouteille sur les cordes, le gonze. Saturation à fond. Putain le son ! Les Punks peuvent aller se rhabiller !

Blues

Bref, revenons à nos sillons,

c’est donc un de ces fameux samedi-disquaire qu’on est tombé sur l’affiche. Modeste, faut dire. Plutôt une affichette scotchée un peu de traviole sur la porte vitrée. Un concert. Le samedi d’après. La photo montre un grand Black, arc-bouté sur sa gratte, barré dans un solo dévastateur. Au-dessus, en grandes lettres rouges : Luther Allison. En dessous : Casino de Saint-Valéry-en-Caux. La mâchoire béante on essaye de réaliser, de mettre au point. Luther Allison… LUTHER ALLISON ! Celui-là c’est une trouvaille récente mais il tourne en boucle dans nos jeunes esgourdes. Une légende du Blues de Chicago. Du bien électrique, bien juteux. « Une fine gâchette qui fait parler la poudre » comme ils disent dans Best.

Luther Allison

Et en plus pas loin de chez nous. Impossible de rater ça…

Alors nous voilà,

sur cette route qui longe les remparts de craie de la côte d’Albâtre. Juchés sur nos fiers destriers, caracolant vers notre destin à la vitesse vertigineuse de 45 km/h. Tout va bien, les bourrins chauffent mais tiennent bon et le temps est au beau en ce mois de juin 79. Dernier virage, dernière descente, et c’est direction la plage où se dresse la silhouette de ce qui sera pour nous ce soir la Mecque de la musique du Diable… Le casino…

Chicago en Caux
Dessin : Poup

C’est pas la foule des grands jours.

Une poignée de fondus. Les yeux braqués sur la petite scène on attend, fébriles. Et puis il arrive, avec ses zicos. Du haut de nos 17 balais, on s’en prend plein la gueule. Et puis… Et puis… Comment raconter… C’est un de nos premiers concerts, nous, jeunes branleurs à peine dégrossis de l’âge morveux. Un baptême comme on n’ose pas en espérer, même en rêve. C’est le débarquement des guitares sur le galet normand, c’est l’Amérique qui s’offre au pied des falaises, le panthéon de sa musique qui vient nous chercher au fin fond de ce bled perdu qui devient, pour une heure, Chicago en Caux. Une heure. 60 petites minutes dégustées seconde après seconde. Après un dernier « Thank you very very very very much » Luther s’en est allé.

C’est fini… Déjà… Chienne de vie…

La salle se vide.

C’est pas l’tout mais faut rentrer. Allez, avant on se grille une petite sèche en admirant le soleil amorcer son plongeon de beau gosse dans la grande bleue. Ca fraîchit un chouille dis donc. Ben oui c’est le sept-six ici, pas la Californie. Nous, tout à l’heure, on est parti avec le petit blouson, limite en mode hawaïens.

Résultat,

un peu longuet le retour. L’équipée sauvage du 49,9 cm3 se caille les miches derrière les guidons. Marlon Brando il aurait pas moufter lui, l’aurait même dégrafé le perfecto, lui, par défi face aux éléments et histoire de se la jouer des pectoraux pour épater la galerie. Mais voilà on n’est pas Brando, on n’en est même bien plus loin que la route qu’il reste à enquiller sous nos roues. On s’en fout. Dégage Marlon. Nous on est sur notre petit nuage, la tête encore pleine des notes bleues de Luther.

Mais merde, on s’ les pèle un max quand même…

Luther Allison

Un beau témoignage reste de cette tournée européenne de Luther Allison en 1979. Un superbe album live enregistré à la Chapelle des Lombards.

Luther Allison – Live in Paris

Label : Paris Album

Face A
Crazy Jealous – Sweet Little Angel – My Babe

Face B
Thrill Is Gone – Early In Tne Morning – Tribute To Hound Dog

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