Norah JONES – Jazz, Pop, Folk, Country, Divine

Norah Jones

Dans la famille Ravi Shankar, musicien d’origine bengalie qui initia Georges Harrison et Brian Jones au sitar, je voudrais la fille. En 2002, voici venir Norah Jones et son premier Lp : Come Away With Me. La musique est jazzy, un rien pop, et Norah chante divinement ; débuts médiatisés d’une carrière promise aux plus hauts sommets.

D’une profondeur dévastatrice, le chant de la demoiselle est feutré, un rien voilé. Pour ceux qui l’écoutent, la sensation de caresse ne s’adresse pas qu’aux tympans. Une plume duveteuse virevolte à même la peau, musique et voix engageant au butinement plus qu’à l’assaut.

Norah JONES – Come Away With Me

Dans la lignée de Billie Hollyday, par exemple sur « Stormy Weather », une voix concupiscente et susurrée en lieu et place du phrasé inimitable de la diva, Norah séduit le plus néandertalien des hommes. Au fil de l’écoute, on discerne un léger pincement du timbre évoquant Eartha Kitt lorsque : « C’est si bon ». Associé à cette « frimousse » dont les lèvres peintes contrastent admirablement l’abyssal sombreur de son regard, on écoute religieusement Misses Jones sans la quitter des yeux.

Au sortir du disque, l’auditeur revient du rêve longiligne et capiteux où la voix de la belle l’a conduit. Totalement vaincu, il n’aspire plus qu’à ce souffle fruité sur la chaîne de ses osselets.

The Nearness Of You

Come Away With Me sort sur Blue Note Records, mythique Label ayant accueilli des personnalités musicales du calibre de Miles Davis, Herbie Hancock ou Thelonious Monk. Aïe ! La comparaison s’avère délicate. Affaire de lobbying favorisant une « fille de » ? Pour ne laisser aucun doute, le talent se moquant du nombre des années, ses vingt-trois printemps la révèlent également pianiste. De ses doigts déliés, elle s’accompagne sur les berges et au cœur de l’enregistrement.

En introduction du long format, Norah avoue ne pas savoir pourquoi. Nous non plus, mais nous savons comment.

Norah JONES – Don’t Know Why

Deux ans plus tard, des bouquets de prestations live faisant grossir les millions d’exemplaires vendus, Melle Jones revient avec Feels Like Home (2004). Pour ne pas lasser, sans bisser son premier succès, elle insuffle folk et country dans sa pop jazzy.

La voix reste la même et l’amateur la retrouve avec gourmandise. Pluripotente, elle se mêle et se marie tout aussi bien aux cordes d’une guitare qu’à celles de son piano. Le nuage safrané réapparaît dès le premier titre. Y plonger puis s’y perdre prend alors le pas sur le quotidien, saveur iodée d’une vague alanguie sur le sable blond de notre attention.

Humble Me

« Sunrise », le premier single extrait du disque, se disperse dans près d’un million de foyers dès la semaine suivant sa parution. Bénéficier d’une concorde internationale est-elle gage de qualité ? Quoi qu’il en soit, le public a toujours raison. L’artiste, quant à lui, n’est certain que d’une chose. Celle d’avoir produit, s’il n’a vendu son âme au Diable, une chanson au plus près de son inspiration.

Pour « Sunrise », de discrètes percussions, un clavier acoustique et le chant ensorceleur de la Belle domptent la Bête, celle qui sommeille en nous, prête à mordre par jalousie le succès d’autrui.

Norah JONES – Sunrise

Inquiète des passionnés qui lui baisent les pieds, buvant au calice de ses mains des mélodies cristallines et sucrées, elle se questionne, recule de quelques pas, fuit le fracas assourdissant des médias. « What Am I To You ? ». Une prêtresse messaline ? Une fresque vintage ravivant les couleurs sépia d’un « Summer of love » ? Une chanteuse / musicienne épicurienne cultivant son propre plaisir ? Plus simplement, une jeune femme talentueuse.

What Am I To You ?

Le 29 mai 2004, lors d’un soir au Palais des Congrès, le concert s’annonce délicieux, porteur des chansons de deux excellents enregistrements. Pourtant, au bout de trente minutes, l’ennui gagne, pire, le sommeil guette ! Peut-être est-ce dû à l’habituelle fréquentation par l’auteur d’aciéries fumantes et telluriques lors de grands raouts métalliques ? La vérité est ailleurs …

Norah Jones

En studio, Norah Jones est un Graal, une jouvence. Alors, par exception, faisons fi des rassemblements publics. Chérissons les moments de plaisir intime en sa compagnie … « Terre Lune, Terre Lune, Ce soir j’ai mis mes ailes d’or, Dans le ciel comme un météore, je pars … » (B. Vian)

Thierry Dauge

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