PUNK ROCK – Ramones, Heartbreakers, Dead Boys & Co

Punk Rock

La fois précédente, nous évoquions des groupes punk anglais associés aux hommes qui les ont produits. Cette fois-ci, portons notre regard et nos ouïes de l’anglophonie US à l’Océanie. L’examen consiste à identifier si les producteurs ont joué un rôle prépondérant sur les disques de Punk Rock qu’ils y ont « consolés ».

RAMONES – Judy is a Punk

DEAD BOYS – Sonic Reducer

The HEARTBREAKERS – Pirate Love

On parle d’un mouvement punk initié par les Britanniques. S’agit-il d’une vérité ? Punk est le nom d’un fanzine américain fondé en 1975. Les passionnés qui œuvrent à sa destinée sont les premiers à plébisciter le CBGB comme scène musicale « populaire » et à utiliser le terme de « punk rock » dans leurs publications. En fait, l’appellation relève d’un construit lexical élaboré quelques années plus tôt par les journalistes du magazine Creem. Les médias spécialisés du monde entier s’emparent alors de l’expression pour qualifier les groupes qui leur paraissent répondre au terme.

Punk Rock

Un journaliste, célébré pour sa liberté d’esprit, fait bon usage du mot « punk » dans ses chroniques : Lester Bangs. Même s’il en use comme d’autres leurs coudes de chemise, son avis est-t-il à l’origine de l’AOC ? Ce bon Lester ne suçait pas que de la glace et d’autres fragrances que celles de l’encens baignaient son quotidien. Persiste donc la question : Rosbif ou Amerloque le « Punk » ? Dans la petite histoire qui précède, il est question de « punk rock ». D’où le thème de dissertation suivant : « Si le punk rock est américain, se peut-il que le punk soit anglais ? ». Vous avez trois heures …

TELEVISION – See No Evil

The SAINTS – (I’m) Stranded

RAMONES

Punk Rock

Dès 1976, les Ramones symbolisent le punk rock. Leur look : jeans cramés, Repeto / Spring Court, Perfecto, s’identifie aux canons du Rock. Leur musique : trois accords délivrés par trois instruments et une voix, le son cradingue de la guitare mixée devant, codifie le punk. L’album introductif des new-yorkais est coproduit par Craig Leone et Tommy Ramones. Leone est un compositeur / arrangeur qui a participé aux destinées sonores de certains groupes comme Blondie, The Fall … et a produit l’album polémique de Suicide. Le tout premier album punk ?

RAMONES – Now I Wanna Sniff Some Glue

Sur Ramones, le son est rachitique, à l’opposé du gigantisme new-new-yorkais. Une bande de toile émeri caresse une rappe à fromage, musique radicale tressée de vocaux « doo-wop » barbelés. Passé l’impression d’un « pet de loutre », l’auditeur entre dans les pas du groupe. Le minimalisme au service d’une musique sans concessions ? Un choix tout à fait approprié. Quel que fut le rôle Tommy dans cette affaire de studio, pour le moins, il aura validé les options techniques de Leone. Et puis, que serait les Ramones sans ce métronome qui frappe tous les temps sur sa charleston ?

DEAD BOYS

Punk Rock

Un peu plus à l’Ouest, du côté de Cleveland – Ohio, Dead Boys propose une approche sensiblement différente du punk rock. Si ce n’est le chant « dégingandé » de Stiv Bators, Young loud and snotty pourrait passer pour un disque de heavy rock. A la console, on trouve une femme : Genya Ravan. Sans CV es production, chanteuse de métier, égérie des 60’s, la choisir comme productrice relevait d’une certaine audace (qui derrière ce coup-là ?). Pour cette première carte de visite des Dead Boys, elle concocte un son percutant, net, sans bavures où les guitares « avalanchent » les chansons.

DEAD BOYS – Ain’t Nothing To Do

Nul n’est besoin de plaisirs répétés pour saisir que la pièce maîtresse du groupe et du disque réside dans l’interprétation du Sieur Bators. Il en sera de même dans le combo qu’il fondera par la suite, The Lords Of The New Church. Un parallèle s’établit alors avec Johnny Rotten, pièce plus qu’essentiel des Sex Pistols puis de P.I.L. Attentivement écoutés, Young Loud and Snotty et Never Mind The Bollocks relèvent indubitablement d’une approche similaire dans le sonner davantage heavy que « pourri ».

The HEARTBREAKERS

Punk Rock

Comptant en son sein deux ex New York Dolls, les toxiques Johnny Thunders et Jerry Nolan (écoutez « Born To Lose » !), The Heartbreakers sort un album culte au titre acronymique : LAMF. « Like a Motherfucker », dans un monde féru de pudibonderie, il fallait oser ! Le son « ratatiné » de ce disque est une énigme. On retrouve d’abords Mike Thorne sur le projet. On l’a vu précédemment (CF la 1ère Partie de notre sujet), il a formidablement produit le Pink Flag de Wire. Il ne peut donc être à l’origine du semi « ratage » de celui-ci. Un autre nom arrive aussitôt : John Speedy Keen, résident d’un groupe de rock avant de devenir multi instrumentiste de studio. S’il est un musicien compétent, image-t-il un producteur « con pétant » ?

The HEARTBREAKERS – Born To Lose

Un autre paramètre est à prendre en compte : le mixage final. Il est question d’un Walter Lure, seconde gâchette du combo, mécontent du traitement accordé à son instrument. Du coup, le voilà qui remixe les bandes la nuit précédant le mastering. Aurions-nous à faire à des bandes tellement retouchées, sans que les Masters originaux aient été sauvegardés, que l’assemblage final s’apparente à un Kleenex de peep-show ? Subsiste des chansons, même érodées, étalonnant les bases du punk rock. Et c’était bien ça l’idée (non ?).

TELEVISION

Punk Rock

Television, groupe punk ?! Groupe punk rock ?! M’enfin : groupe de Rock ! Quant au son de Marquee Moon, c’est du cinq étoiles ! A l’origine de la taille, on trouve l’orfèvre Andy Johns. Ce nom vous dit quelque chose ? Frère cadet de l’autre Jones, Glynn, il est ingénieur du son sur des incontournables de Led Zeppelin, Jimi Hendrix, The Who, les Stones ! Déjà, ses parents naviguaient autour d’Humble Pie ou de Jack bruce (ex Cream). Andy Jones, un initié, un homme du sérail. Lorsqu’on écoute cette perle d’album, on n’en doute pas un instant.

TELEVISION – Marquee Moon

Tous les instruments sonnent clairs comme de l’eau de roche. Quid de Tom Verlaine et Richard Lloyd dans tout ça, deux hommes de « caractère » ? Il est plus que certain qu’ils ont participé à l’enfantement du bébé. Le tressage de leurs rythmiques ou leurs échanges de solos carillonnent en faveur. Maintenant, qualifier Marquee Moon de punk rock, excepté le chant déjanté de Verlaine, à moins d’avoir de la crotte d’escargots dans les oreilles …

The SAINTS

Punk Rock

En 1977, que se passe-t-il du côté de la Tasmanie ? La mèche est allumée et le punk rock de The Saints alimente l’âme du canon. Sur les terres australes, pas besoin de gaz à effet de serre pour perforer la couche d’ozone. (I’m) Stranded réchauffe l’Antarctique, passe le rock classique au barbecue, scarifie la concurrence. Pourtant, le son du vinyle sent « l’éteignoir ». Les instruments sont tout juste « définis », les reliefs sont érodés. A qui doit-on cette offense, ce son pensé « blessé » ? A Mark Moffatt, un des plus grands producteurs australiens (?!).

The SAINTS – Erotic Neurotic

(I’m) Stranded fait l’unanimité chez les punks rockeurs. Preuve que le son n’est pas tout, que l’envie d’en découdre compte pour beaucoup. D’ailleurs, certaines chansons évoquent en cela un certain groupe d’Ann Arbor : The Stooges. Dernier point, l’Australie « punk » ou « punk rock » ? Adoptons une option discutable. Au cœur du continent austral, l’île océanique étant une ancienne colonie britannique, « collons » le sticker punk sur la pochette du premier Saints.

Punk / Punk Rock made in ‘77 : une page d’histoire

Au sujet du punk rock et ses producteurs, il semble que les « apprentis » musiciens aient eu les coudées franches pour couler dans la cire ce qui démangeait leurs instruments. Si certains producers, les plus célèbres, ou ceux qui géraient des combos avides de jouer sans plus s’occuper du reste, ont co-fabriqué ces enregistrements, l’essentiel était de fixer l’instant. Comme leurs cinq confrères anglais, ces cinq albums presse-purée témoignent d’un courant musical à présent sacralisé.

Et en France pendant en temps-là, tournait-on la manivelle ? A suivre …

Thierry Dauge

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