Mr BIG – To Be With You

Mr Big

Mr Big est surtout connu pour avoir interprété deux ballades : « Wild World », reprise de Cat Stevens, un succès planétaire, et « To Be With You », une de leurs propres chansons. Pourtant, ce groupe formé de musiciens tous plus talentueux les uns que les autres, Eric Martin au chant, Paul Gilbert à la guitare, Billy Sheehan à la basse et Pat Torpey à la batterie, est susceptible de dynamiter tous les genres musicaux, experts en profanation des cantiques au-delà des « slow ».

Mr BIG – Wild World

En deux albums

Mr Big

En 1991, le quatuor sort son deuxième Lp, Lean Into It. Le titre d’introduction : « Daddy, Brother, Lover, Little Boy », présente un sous-titre intrigant : « (The Electric Drill Song) ». Quel rapport peut-il bien exister entre une chanson, même de heavy rock, et une perceuse ?! Et bien il suffit d’avoir vécu Mr Big live en ce début des 90’s pour le savoir et saisir d’où vient le son / bruit inaugural du morceau. De « perceuse », il est bien question. Bassiste et guitariste en jouent de concert. Munie d’une sorte de toupie insérée dans son mandrin, les musiciens l’actionnent puis baladent l’outil sur les cordes de leurs « rappes ». S’il y avait Jimmy Page et son archet, il y a dorénavant l’association Paul Gilbert / Billy Sheehan … à la perceuse !

Daddy, Brother, Lover, Little Boy (The Electric Drill Song) (Live Japan)

Sur ce disque, d’un point de vue global, Mr Big propose une musique assez proche d’un Van Halen versus AOR. L’hypothèse semble tenir la portée avec des titres boogie-rock semblables aux uppercuts de la bande à Eddie. Et puis, Paul Gilbert est un sacré client, un guitariste rare, à l’aise tant dans la démonstration qu’au service de ses partenaires.

Adeptes du mid tempo parsemé de ruptures et/ou breaks salvateurs, les musiciens sortent leur proposition musicale de l’ornière empruntée par un plus grand nombre, cette invite aux bâillements. Live, la tension monte d’un cran et le gentil combo devient une machine de guerre capable de trancher l’acier le plus trempé.

Mr BIG – Voodoo Kiss

Lorsqu’on ne connait pas Mr Big, comment arrive-t-on jusqu’à lui, comment creuse-t-on son répertoire au-delà des ballades qu’on lui colle aux guitares ? Ne pas refuser de jouer en guest d’un groupe moins talentueux que soi n’a rien d’humiliant. Seul compte l’opportunité de rencontrer un nouveau public et de le séduire.

Mr Big

Au mois de mai 1991, pour la promotion de Lean Into It, le groupe fait la première partie de White Lion, un autre prétendant au trône de Van Halen : Vito Bratta cloné sur Eddie, Mike Tramp sur Diamond Dave. Et ? Bagatelle ! En face, il y a non seulement Paul Gilbert et Eric Martin, le sémillant chanteur aux cordes vocales indéfectibles, mais également Pat Torpey aux fûts, un frappeur lardé de finesses et … Billy Sheehan ! Avec celui-là, on pénètre dans une autre dimension. Ce garçon tripote sa basse tel que Niccolo Paganini dépucelait son violon. Voilà pourquoi cette association de bien-fêtards mérite qu’on prenne le sillon de ses productions. Bouilleur de crus, Mr Big promeut une musique au titrage carabiné !

Road To Ruin (Live US)

20 ans plus tard

Vingt ans (ou Presque) plus tard et … rien n’a changé ! En un temps où les formations de rock changent de line-up comme les doigts d’Yngwie Malmsteem de notes, les quatre mêmes musiciens bravent l’incongruité en continuant à jouer ensembles. Abouti, What If (2010) témoigne de cette osmose, album impeccable contenant un morceau de fer et de feu « As Far As I Can See ».

Mr BIG – As Far As I Can See

Le son du disque est un peu plus compact que celui de son aïeul, nouvelle technologie de studio oblige. A part ça, la voix est intacte, la batterie cogne toujours autant et le jeu des deux guitaristes décrochent la lune à l’identique. Une constatation s’impose donc : il est des groupes qui n’ont pas besoin de se renouveler to « hold the line », au contraire. Il ne dévie pas d’un iota et nous l’écoutons même, et expressément, principalement pour cela !

Nobody Left To Blame

Chaque membre de l’équipe affiche vingt années de plus sans qu’il n’y paraisse. Plus fort que l’alchimiste et sa pierre philosophale ou l’eau miraculeuse d’une fontaine de jouvence, leur hard rock est porteur de jeunesse éternelle. Puissance, cadence, libération affective des pulsions les plus basses au profit d’une relation physique, fission nucléaire dans un écrin de soie pourpre, What If … renvoie la concurrence au rang de particules cadmiées sous la semelle d’une botte. Résultat ? Des crêpes !

Dénoyautant les olives, non pas pour les attendrir mais mieux les déguster, Mr Big s’est fait le chantre des rouages bien huilées, première pression à chaud garantie !

Mr BIG – Undertown

Susceptible de durer vingt ans de plus, le quatuor a pourtant stoppé nette sa course il y a bientôt trois ans. Le 7 février 2018, Pat Torpey, parkinsonien, décède des suites de sa maladie. Pour un musicien capable de désynchroniser ses quatre membres, être envoyé ad patres par une pathologie qui annihile la coordination des mouvements … RIP, Pat, un batteur au Paradis.

Si leur avenir en commun leur appartient, il semble bien que les trois musiciens restant aient décidé que le groupe ne pouvait plus exister. Hasard ou anticipation ? Dès 1991, ils nous l’avaient chanté

To Be With You

« Mais cette chanson traite d’une relation homme / femme ! ». Il est des amitiés plus fortes que l’amour.

Thierry Dauge

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