Jack Kerouac : le « Jazz poet » à l’âme vagabonde !

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« Seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu’ils peuvent changer le monde y parviennent.»

Jack Kerouac, figure emblématique de la Beat Generation, est pour l’inconscient collectif l’auteur de « Sur la Route » ; roman qui lui apporte la reconnaissance publique.

Il porte en lui ce sentiment d’être étranger de par ses racines « canuck » et sa francophonie ; il se rapproche des exclus de l’Amérique auxquels il s’identifie.

« Les seuls gens qui existent sont ceux qui ont la démence de vivre, de discourir, d’être sauvés, qui veulent jouir de tout dans un seul instant, ceux qui ne savent pas bâiller.»

Son histoire et l’influence de la musique   

Jack Kerouac est né le 12 mars 1922 à Lowell, dans le Massachusetts. La famille est de souche franco-québécoise. Sa langue maternelle est le « Joual » et il a déjà 6 ans lorsqu’il commence à apprendre l’anglais. Très vite il découvre la passion de l’écriture et rédige de longues lettres à ses proches. A 18 ans, il rentre à l’Université Colombia.

La lecture des nouvelles de Thomas Wolfe lui révèle le monde fascinant des voyages. La perspective d’une vie en marge de la société s’inscrit en lui et il abandonne ses études à Colombia à l’aube de sa deuxième année. Sa vie d’écrivain commence…

Le Jazz

Avec un camarade de classe, Seymour Wyse, il découvre le jazz qui va devenir son souffle de vie, une révélation. Il fréquente régulièrement les caves où se produisent Charlie Parker, Dizzy Gillespie et surtout Count Basie qui est son idole.

Il entrevoit rapidement comment cette musique pourrait rythmer  sa vie et être un moteur pour son écriture.

Sans argent, il a recours à divers « petits boulots ». Après un poste de pigiste au journal de Lowell, Jack Kerouac s’engage dans la marine marchande au printemps 1942, déçu il regagne New-York quelques mois plus tard.

En juillet 1947, l’aventure commence, il décide de parcourir les routes des Etats-Unis; ce sera pour Kerouac une puissante source d’inspiration pour ses romans.

Jack Kerouac
Jack Kerouac

La mort de son frère ainé en 1956 est un drame pour cet enfant de quatre ans. Cet événement dramatique lui inspire le roman « Vision de Gérard« .

La prose instantanée : le style d’écriture de Jack Kerouac !

Jack Kerouac où le « memory babe » (môme mémoire) comme le surnomment ses amis, est doté d’une importante mémoire et d’un style d’écriture très particulier; animé par la vitesse et nourrit par le rythme du jazz, musique qui irise sa vie et donne une tonalité rare à son écriture. Il aime se définir en tant que « Jazz poet« , et  détermine la technique de sa prose instantanée:

«Pas de pause pour penser au mot juste mais l’accumulation enfantine et scatologique de mots concentrés.»

Prenons le cas du manuscrit « Sur la Route », écrit d’un seul jet sur des feuilles destinées à la calligraphie, que l’auteur a collées entre elles. Le rythme de la frappe sur la machine est soutenu et spontané.

Manuscrit de Sur la route

Les rencontres influentes de sa vie

En 1943 Jack Kerouac fait la connaissance de Lucien Carr qui opère sur lui une véritable fascination. L’éditeur lui présente Williams Burroughs et Allen Ginsberg. C’est la naissance du mouvement littéraire de la Beat Generation.

Mais celui qui va impressionner et exercer une profonde influence sur Jack Kerouac par son caractère excessif et délirant, s’appelle Neal Cassady.  C’est son modèle pour Dean Moriarty, antisocial assoiffé d’aventures et personnage central de son roman « Sur la route ».

Avec Neal Cassady
Jack Kerouac & Neal Cassady en 1952.

En parlant des lettres écrites par Neal Cassady, Jack Kerouac dira :

«Elles se rangent parmi les meilleures choses jamais écrites en Amérique».

Pendant des semaines Kerouac va s’entrainer à écrire comme son modèle, il enregistre leurs discussions sur bandes magnétiques, allant jusqu’à recopier ses lettres, pour s’imprégner de l’écrivain.

« Sur La Route » va naître de cette investigation et faire de Jack Kerouac l’égérie des anticonformistes américains, c’est une ode à la vie « libre ». Ce dernier n’a jamais caché sa source autobiographique, inspiration directe de son œuvre… sans Cassady ce roman ne serait peut-être pas devenu le mythe littéraire que nous connaissons!

Gary Snyder

A l’automne 1955, une rencontre marque la vie de Jack Kerouac : Gary Snyder, un passionné de philosophie japonaise et de randonnée. Le poète et penseur l’initie au bouddhisme et partage avec lui son amour de la nature. Kerouac immortalise cette période dans « Dharma Bums » (Les Clochards Célestes, publié en 1959).

«Ne pense pas. Va ton chemin en dansant. Rien de plus facile au monde. Même la marche en terrain plat est plus dure, à cause de sa monotonie. Chaque pas pose de petits problèmes passionnants et pourtant le corps n’hésite jamais, il se retrouve perché sur une pierre qu’il a choisie sans raison particulière. Cela tient du Zen le plus pur. »

Jack Kerouac : une œuvre autobiographique !

Sur la route

Le roman d’un écrivain-voyageur… Ce livre culte  fait de Jack Kerouac le chef de file du mouvement Beat Generation et marque un grand  tournant dans sa vie, en lui offrant la reconnaissance publique et le confort financier.

C’est le récit des pérégrinations, des rencontres et des désillusions de l’auteur (Sal Paradise) et de Neal Cassady (Dean Moriarty); deux personnages hors-normes en quête d’absolu.

« Les fous, les marginaux, les rebelles, les anticonformistes, les dissidents…tous ceux qui voient les choses différemment, qui ne respectent pas les règles. Vous pouvez les admirez ou les désapprouvez, les glorifiez ou les dénigrer. Mais vous ne pouvez pas les ignorer. Car ils changent les choses. Ils inventent, imaginent, explorent, ils créent, inspirent ; ils font avancer l’humanité. Là où certains ne voient que folie, nous voyons du génie. Car seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu’ils peuvent changer le monde y parviennent.»

Visions de Cody

Une œuvre littéraire ambitieuse où Kerouac analyse les traits de caractères de Dean Moriarty. Désormais le héros du roman « Sur la route », se présente désormais sous le nom de Cody Pomeray.

«Je voulais entreprendre un hymne immense qui unirait ma vision de l’Amérique avec des mots crachés selon la méthode spontanée moderne. Au lieu d’un simple récit horizontal des voyages sur la route, je voulais une étude verticale, métaphysique du personnage de Cody et de sa relation à « l’Amérique » en général.» révèle Jack Kerouac

Big Sur

Un besoin de fuir le monde le conduit en Californie. Il passe quelques jours au bord de l’océan dans une cabane prêtée par Lawrence Ferlinghetti.

Jack Kerouac nous explique :

«Tous les soirs, vers huit heures, après souper, j’enfilais mon grand suroît, je prenais le crayon, le carnet et la lampe et je partais sur le sentier. J’allais dans mon coin, près de la falaise, non loin d’une caverne et je restais là, assis comme un idiot dans le noir, notant le bruit des vagues sur mon carnet… Le bruit des vagues ! La nuit surtout ! La mer ne fait pas de phrases. De courtes répliques. Et je notais ces fantastiques insanités.»

La Mer et la poésie…

La côte Pacifique lui inspire le roman « Big Sur » avec un long poème « La Mer, Bruits de l’océan Pacifique à Big Sur » :

«…un nouvel amour donne toujours de l’espoir, la solitude mortelle et irrationnelle est toujours couronnée; cette chose que j’ai vue (cette horreur du vide reptilien) quand j’ai inspiré à fond l’iode mortelle de la mer, à Big Sur, est maintenant justifiée et sanctifiée, levée comme une urne sacrée vers le ciel. Par le simple fait de se déshabiller, de faire aller les corps et les esprits dans les délices mélancoliques, inexprimables et frénétiques de l’amour. Ne laissez aucun vieux chnoque vous dire le contraire; quand on pense que personne, dans ce vaste monde, n’ose jamais écrire l’histoire véritable de l’amour. On nous colle de la littérature, des drames à peine complets à cinquante pour cent.
Quand on est allongé, bouche contre bouche, baiser contre baiser dans la nuit…L’âme baignée d’une tendresse qui vous submerge et vous entraîne si loin des terribles abstractions mentales ; On finit par se demander pourquoi les hommes ont fait de Dieu un être hostile à l’amour charnel…»

Jack Kerouac est l’un des écrivains les plus novateurs du XXe siècle. Initié à la littérature européenne, il admirait Arthur Rimbaud, Céline ou Franz Kafka. Son œuvre traduit son refus des normes et son amour pour une vie empreinte de liberté, hostile à tout conformisme. Pour l’écrivain la poésie, la prose et la vie se conjuguent au rythme des notes de jazz…

«Mais tant que l’esprit est en éveil, même si la chair se tourmente captive, l’existence vaut la peine d’être vécue.»

Jack Kerouac
Jack Kerouac

Jack Kerouac s’éteint le 21 octobre 1969, à l’âge de 47 ans à St Petersburg en Floride.

Nic Blanchard-Thibault

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