FAITH NO MORE – Le Metal en fusion

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FAITH NO MORE – Épique !

Faith No More

Dès leur premier Lp : « We care a lot » (1985), les choses sont claires. La musique proposée par Faith No More passera par la fusion des genres, et notamment l’adoption d’un chant rap sur des guitares sursaturées. Malgré un début de reconnaissance grâce au single éponyme, FNM piétine. « Introduce yourself » (1987), le second essai, n’obtient pas plus de plébiscite même si, prudent, le groupe a réinscrit « We care a lot » dans le sillon. Quelque chose manque à la formule : un bâton de dynamite …

FAITH NO MORE – We care a lot

Les membres de Faith No More vont-ils réellement perdre la Foi ? Comment générer ces quelques gouttes de nitroglycérine qui pourraient détonner pour étonner, étonnement/détonateur ? Alors vint Mike Patton et « The real thing » (1989). Toute l’originalité de l’album et les apports de cette nouvelle voix tiennent dans « Epic », titre annonçant la poussée d’adrénaline radiophonique, l’unanime adhésion du microcosme rock. Il contient la pierre philosophale des alchimistes, le nombre d’or des mathématiciens, l’assemblage de notes et l’orchestration mystérieuse : la Marque. Du jour au lendemain, le nom du groupe est sur toutes les lèvres : « Faith No More !!! ».

Epic

Perdre la Foi ? A écouter ce disque, il est permis d’en douter. Outre cet imparable missile, « The real thing » possède d’autres munitions de gros calibre : « From out of nowhere », « Surprise ! You’re dead ! » ou « Woodpecker from Mars », pour n’en citer que trois. Ils perforent l’auditeur, purgent les réticences. Alors, puisque l’arrivée du chanteur signe cette réussite, comment ne pas lui en attribuer le mérite ? Même si la presse spécialisée s’en fait échos, ce serait réducteur de ne pas y associer les autres musiciens, chevilles ouvrières de l’accessit au succès.

Démonstration : La guitare déchire la membrane des enceintes, tranche des lamelles de distorsion tel un rasoir les poils raidis sur les joues des aventuriers. Nonobstant, l’affûtage des notes, plus prompt à l’égorgement qu’au rasage, saigne les partitions. Mercuriel, le synthé reconstruit ce que la rapière a détruit. Si la fluidité du jeu de batterie de Mike Bordin assimile le maniement de l’instrument à un jeu d’enfant, la basse gifle tout ce beau monde, griffe leur Metal à coups de slap.

FAITH NO MORE – Surprise ! You’re dead !

Problème : comment donner une suite à ce qui ne semble pouvoir trouver d’équivalent ? Pour d’autres, peut-être, pour nos nouveaux guerriers … « Angel dust » (1992), véritable second coup de maître.

La formule est désormais au point. Quid ? Défourailler de tous les côtés ! L’oreille s’ébaubit d’une telle aptitude à la désorienter. Le terme qui vient à l’esprit ? Schizophrénie. En fait, cet album se situe au plus près de ce que Freud dit de la folie : « Ceux que l’on nomment ‘fous’ sont une réalité de la vie sociale ». La musique que propose « Angel dust » image à merveille son époque, singe une société éprise de décadence, d’où sa contemporanéité et l’engouement qu’on lui voue. Plus prosaïquement, le qualificatif d’organique calligraphie la magie opérante.

Midlife crisis

Si la marmite bouillonne, le son est glacial. Somme de bleus, de verts et de gris, il profile l’iceberg et l’ours blanc, laboure les espoirs d’exotisme. Des baies sauvages à l’amertume prononcée boutent l’orange papaye à la chair sucrée. Sur le format CD made in US, tout au bout de la piste, FNM ose une reprise de Lionel Richie : « Easy ». Et cette « croonerie » digne d’un Sinatra sied au groupe de Metal Fusion comme l’ardillon à l’hameçon. En musique, les frontières entre plaisirs et addictions peuvent s’abolir.

FAITH NO MORE – Easy

Par contre, deux ans plus tard, rien ne va plus. Une poudre ocre, plus héro que coco, garnie le réceptacle. Jim Martin s’en est allé et l’on mesure le poids du guitariste au régime « allégé » de « King for a day … fool for a lifetime » (1994). L’intérêt retombe et trois longues années sont nécessaires pour hisser le mat du renouveau.

En 1997, « Album of the year » n’a pas à rougir d’un titre qu’il est bien près de justifier. Pourtant, en studio, chaque musicien enregistre ses pistes dans son coin sans plus croiser les autres. La pomme d’amour cache un vers en son sein, un ténia qui grignote les hommes, tunnelier opiniâtre creusant une muse autrefois commune. Mr Bungle en est la preuve : Mike Patton aime errer. Alors, cet assemblage de formidables chansons célébrera le célibat. Adieu tous, rendez-vous dans une majorité, disons dix-huit années ?

Last cup of sorrow

2015. Par quel miracle les musiciens parviennent-ils à ranimer la flamme qui les a vus médaillés d’or au sommet d’Olympie ? Toujours est-il que « Sol invictus » brille de ce Metal précieux. S’il reste un ton au-dessous des deux pièces d’artillerie lourde du groupe, c’est par l’aspect un rien contemplatif de ses chansons. Plus Colombine qu’Arlequin, même s’il dresse un poing sur quelques titres, le gant de cuir tourne au velours. De plus, le piano sert de fondations à la plupart des titres, certes magnifique mais d’avantage « mainstream » que le synthé passé. Par contre, l’électricité « six-cordée » reprend sa place, irréprochable de puissance, scie circulaire à l’assaut d’un acier trempé.

FATH NO MORE – Superhero

Ce come-back vinylique n’est-il qu’un feu de paille ? Depuis, rien. Il reste qu’entre « Album of the year » et « Sol invictus », le groupe prend la décision de « liver » ses inimitiés en 2009 : « Passer notre amour à la machine, faire bouillir … », histoire de constater si, oui ou non : « … les couleurs d’origine peuvent rev’nir ». Les ego ont-ils finis de s’exécrer ?

FNM live

Faith No More

A la fin du mois d’août 2009, Faith No More fait son Rock en Seine. Huit ans se sont écoulés depuis « Album of the year ». Revenir à l’occasion d’un festival parisien, qui plus est sur la Grande Scène, et provoquer un indéniable engouement prouve l’aura d’un groupe encrée dans les psychés. Peux auraient pu se permettre une telle absence puis revenir en vedette dite « américaine », celle qui clôt la journée. Quid de visu ? La prestation manque d’éclat mais assure un bon niveau d’énergie et d’intérêt. Comparé au concert du 5 avril 1995 à l’Elysée Montmartre, Rock en Seine ranime le flamme. Précisons que le show de printemps à l’Elysée fut si terne est sans âme qu’il n’était pas trop compliqué, pour eux, de briller en été.

Ashes to ashes (live)

Néanmoins, live, la vérité de Faith No More est ailleurs. Elle est à chercher du côté du 8 décembre 1992 au Zénith de Paris. Ce soir d’hivers, l’ambiance frôle l‘irruption volcanique. Dans la salle, l’impression est à « la quatrième dimension », le groupe figurant l’Entité émergeant d’un Monde parallèle. Les éclairages sont fabuleux et la musique … quels mots pour la décrire ?! « Low », l’album que Bowie paru en 1977, fait cette impression-là. Il n’est plus question d’un genre musical prédéfini : hard rock, heavy metal, fusion … mais d’un construit instrumental défrichant les pourtours inexplorés du rock ancestral.

FAITH NO MORE – The real thing (live)

Alors, envoûté, le public suit son apôtre où ce dernier souhaite l’entraîner, très haut dans les sphères sensorielles. La preuve ? Janvier 2020, l’impression perdure. Les images musicales se sont inscrites au patrimoine mnésique des concerts obligés.

Thierry Dauge