BIG STAR – Ou l’art de la pop étoilée

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La culture se partage !

BIG STAR – Un trio d’albums fantastiques

Big Star

1972. « #1 Record », le 1er album de Big Star, voit le jour. La musique est pop/rock ouvragée. Transposée sous forme d’image, elle pourrait évoquer une photo de David Hamilton, ces clichés aux corps de femmes nues traversés de brumes évanescentes. A l’entre-deux, des souffles d’alizés pop caressent l’horizon de plaisirs mélomanes.

BIG STAR – Thirteen

1974. Passé du quatuor au trio, le groupe propose un concentré de power pop savamment distillé. Le son du vinyle est un modèle du genre. Enregistré aux Studio Ardent de Memphis, « Radio city » irradie. L’écoute provoque une totale immersion dans la musique, au centre du trio en action.

O my soul

1978. Qu’il soit intitulé « 3rd », « The third album » ou « Sister lovers », quel que soit son visuel (cinq en comptant celui du CD !), le troisième album de Big Star est une plongée dans le spleen, un état sub dépressif et mélancolique. La voix d’Alex Chilton sort d’outre-tombe sur des musiques parcourues d’accords mineurs.

BIG STAR – Kanga Roo

BIG STAR – Né sous une mauvaise étoile

Les compositions de « #1 Record » révèlent l’osmose existant entre Chris Bell et Alex Chilton. Ce travail conjoint marie leurs sensibilités musicales à merveille : qui « pop énergique », qui « in the sky ».

Chris Bell, éthérique personnage, quitte le groupe avant la sortie de « Radio city ». En solo, il couche sur bandes un bouquet de chansons à son image, le titre donné à l’album qui les porte les illustrant à merveille : « I am the cosmos ». Bien qu’enregistré entre 1974 et 1975, cet Lp ne sort qu’en 1992. Entre temps, au volant de sa Triumph, comme d’autre derrière celui d’une Porsche ou d’une Mini Cooper, Bell passe de vie à trépas, décollant tout de go rejoindre Hendrix et Morrison au fameux « Club des 27 ». Alex Chilton se retrouve donc seul maître à bord pour le second enregistrement de Big Star.

The ballad of El Goodo

Même si certains titres évoquent un romantisme sépia, « Radio city » carbure à la pop sur vitaminée. Des titres comme « September gurls » ou « Back of a car » la personnifient parfaitement, le qualificatif de caviar radiophonique la classifiant. Pourtant, l’album ne trouve pas son public. Ceci justifiant cela, quatre années s’écoulent avant la sortie du suivant. C’est à se demander s’il est des groupes ou des artistes nés sous une mauvaise étoile. Chilton, se croyant victime d’une malédiction, plonge dans les affres d’une dépression sans fond.

BIG STAR – September gurls

« 3rd / The thrid album / Sister lovers », que dire/écrire à propos ce troisième et dernier albums de Big Star ?

Techniquement, sous ses cinq pochettes différentes, la liste des titres varie. Soit ils ne sont pas classés dans le même ordre, soit ce ne sont pas les mêmes. Ainsi, le pressage US affiche quatorze titres où le pressage français n’en compte que douze. La réédition US de 1985, quant à elle, reprend l’exact contenu de celle de 1978. La « frenchy » contient « Downs » et « Whole lotta shakin’ going on » que l’américaine ignore. Par contre, cette dernière aligne : « For me », « Blue moon », « Big black car » et « Thank you friend » absentes de la francophone. Du coup, pour faire bonne mesure, il convient de posséder les deux pressages, voire les trois si l’on considère que les pochettes font partie du disque … plus les deux CD dont les jaquettes innovent : un « boitier » anglais de 1987 et un autre américain de 1992.

Thank you friends

Quoi qu’il en soit, ce qui ne change pas, c’est l’ambiance désespérée tapie au fond du sillon. Étonnamment, plutôt qu’en plomber l’écoute, cet aspect l’enlumine, lui confère une aura tant mystérieuse que charismatique. Il reste qu’oser s’en imprégner nécessite une humeur à toutes épreuves, la moindre contrariété pouvant dégénérer en tentative d’autolyse.

Holocaust

Ayant influencé de nombreux artistes, dont Elvis Costello, Graham Parker ou The Scruffs, ces trois albums de Big Star concentrent l’intégralité de ce que la pop music a produit ou produira. Y goûter plonge l’auditeur dans un champ de blé, la tiédeur ensoleillée d’une matinée de printemps, au cœur de volutes et fragrances de tabac brun/blond. Étreint par la sensation papillaire d’une tranche de citron saupoudrée de sucre roux, l’envie gagne d’en saturer les sens. Le cas échéant, rien ne sert de résister, juste se laisser aller …

Lors d’une convention du disque de collection : « Big Star ? Une voix éprise de vibrations survolant trois notes de pianos … fragile ».

BIG STAR – Morpha too

Sous ce patronyme démago, chacun trouve le chemin musical qui lui convient.

Thierry Dauge

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