TESLA – Forever more

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TESLA – Entre hard et heavy rock

Dès 1989, avec « The great radio controversy », son second Lp, Tesla sort ses guitares du jeu. Alors que, dans le monde du heavy rock, tout le monde cherche à jouer plus fort, plus loin, plus bruyant que les autres, Tesla propose une partition hard/heavy mélodique. « Il y en a plein les bacs à solde de ce genre de truc ! ». Pour contrer les avanies, le groupe rajoute du blues et un zeste de southern rock à sa carte : des mets fins se profilent. Nonobstant, l’axe musical principal reste « virile ».

TESLA – Yesterday is gone

Confirmation. Sans avoir recours à une production poids lourd, en sollicitant à la console une paire de briscards venus du dance floor, « Psychotic super » (1991) ennoblit son sujet. Les compositions font preuves d’originalités, sont ciselées avec soin sans pour autant négliger l’énergie. Une comparaison avec Def Leppard, période 1983, saute aux tympans initiés. Cette somme de riffs joués sur deux ou trois cordes, ces rythmiques en « notes » plus qu’en accords, ces ponts architecturés, ce maelström de Gibsons harmonisées. Et puis il y a le cas du chanteur : Jeff Keith.

Tesla

Entre 1982 et 1987, la place laissée vacante par Aerosmith au sein du hard rock américain a généré bien des clones. Des groupes tels LA Guns, Guns ‘N Roses ou Faster Pussicat sont nés de ce manque, réunions de musiciens autour d’un chanteur emblématique. C’est que la voix de Steven Tyler faisait office de référence chez tous ces postulants au titre. Les miaulements éraillés de Jeff Keith, sans préméditation, évoque un Tyler en grande forme.

Edison’s medicine

Si Tesla pratique une musique « masculine », il sait aussi nuancer ses ébats. Une chanson de « Psychotic super » : « Song and emotion », est dédiée à Steve Clarke, le défunt guitariste historique de Def Leppard. Ce morceau se termine par des nappes de notes vaporeuses, un peu à l’image de ce que Queen fera sur « It’s a beautiful day (reprise) » en final de « Made in Heaven » (1995), l’album posthume dédié à F. Mercury. Par ce côté plus souple, Tesla atteste qu’il n’est nullement obnubilé par la distorsion.

TESLA – Song and emotion

Cet album compris, la première trilogie « vinylistique » du groupe se limite quasi exclusivement au hard rock / heavy rock . Paraît alors « Bust a nut » (1994). Dans ce dernier, les rockeurs californiens plongent ponctuellement vers des racines plus blues, southern, cajuns, l’électricité pratiquée n’empêchant en rien une ponctuation moins urbaine. Reste ces pièces alambiquées qui alternent douceurs et fulgurances. Dans celles-ci, le dosage devient gustatif, picotement labial affûtant la gourmandise chez l’auditeur. Nonobstant, quelques morceaux gisent sans saveur au fond du creuset, montages insipides laissant présager une perte d’inspiration à venir.

Shine away

Dix années s’écoulent avant que le groupe ne donne suite à « Bust a nut », la page blanche pressentie. Et encore faut-il patienter quatre ans de plus pour rallumer l’intérêt chez les anciens adeptes, ceux des 90’s. Avec « Forever more » (2008), l’horizon s’éclaircie. Des parfums bien-aimés resurgissent, la chaîne des osselets s’agite à nouveau favorablement, des sourires fleurissent. L’envie de s’assourdir reprend l’auditeur.

Ce disque porte en lui tout ce qu’on attend de Tesla : le son, les compositions à tiroir, des chansons heavy rock dignes de ce nom. En cela, le morceau qui introduit la cire pulvérise toute réticence.

TESLA – Forever more

Les titres qui suivent ne restent pas non plus en carafe le long du sillon. Il s’agit d’un feu d’artifice, la palette du peintre après « Le paradis perdu » (Gauguin), « Champs de blé aux Iris » (Van Gogh), « Les nymphéas » (Monet) ou « Le déjeuner des canotiers » (Renoir). La bête est de retour et elle mord jusqu’au sang.

I wanna live

Déception. Ni par le passé, ni suite à ce brasier, Tesla ne prend la peine de se déplacer en France pour soutenir live ce qu’il soumet en studio. Un double CD sorti en 2001 : « Reppluged live », laisse un goût de cendres dans la bouche. Non qu’il soit mauvais, au contraire, que de regrets !

Des regrets ? Pourquoi des regrets ? Et bien …

TESLA – Comin’ atcha live (live 2008)

Comme on dit au Sud de Sacramento : « Tù entiendes ?! » (« Tu comprends ?! »)

Thierry Dauge