LA Woman : The Doors, le divin blues de Jim Morrison

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« Traduction du divin dans toutes les langues. Le Blues, les disques te font planer » – Jim Morrison : «La nuit américaine».

la woman the doors
The Doors – LA WOMAN

The Doors : LA WOMAN

Si parler des Doors, c’est avant tout parler de Morrison, c’est encore plus vrai pour ce dernier disque. Alors, beaucoup ont mis en doute la légende telle qu’elle nous fut racontée, et on se souvient ainsi du jugement sans appel de Manzarek après avoir vu le biopic d’Oliver Stone: c’est un tissus de conneries.

La seule chose vérifiable étant le parrainage d’Arthur Lee, qui permit au groupe de signer un contrat. Arthur Lee s’en mordra les doigts quand ses poulains éclipseront love. Mais, là encore, le film était exactement dans l’esprit du chanteur.

«Ces indiens, ces rêves, et le bebop en blues spinal cosmique, les horreurs cosmiques.»

Le film de Stone restituait cette poésie, le mysticisme d’un homme qui construisait sa légende en cherchant un rêve où vivre.

Jim Morrison, l’esprit indien …

Qu’importe s’il a réellement été possédé par l’esprit d’un indien, depuis le jour ou il en croisa un accidenté sur le bord de la route, où qu’il ait réellement pensé communier avec les esprits voodoo lors d’un concert. Si Jim a brulé la chandelle par les deux bouts, c’est parce qu’il possédait un brasier intérieur qui ne pouvait que s’étioler au fil des ans.

Dionysos rock testant son pouvoir de fascination sur une foule consentante, son arrestation pour atteinte à la pudeur l’a comme assommé, l’obligeant à changer de registre. Si le Live à l’Isle de Wight est si beau, c’est parce que l’apollon provocateurs s’est mué en prêtre mystique, déclamant ses chansons comme autant de prières solennelles. La lumière rouge irradiait autour de lui, comme pour accentuer le coté christique de sa prestation.

Il se voit plus comme un poète raté, et supporte mal ce statut de rockstar, qui l’empêche d’être reconnu en tant que poète. Il noie son chagrin dans l’alcool, et Dionysos commence à ressembler à Demis Roussos…

Les Doors, un véritable grand groupe de Blues !

Alors, forcément , quand le moment est venu d’enregistrer un autre album, la seule musique capable de restituer son spleen était le blues. On ne dira jamais assez que les Doors furent aussi un grand groupe de blues, comme le prouve leur prestation au festival de Vancouvert en 1970.

Big Jim effectuera d’ailleurs ses vocaux allongés dans une baignoire, donnant au titre cet écho qui semble rappeler le mysticisme des premiers disques. De mysticisme, il en est encore question sur la boucle hypnotique d’America, ou sur le final sombre et fascinant Riders on the storm. Les claviers peuvent alors, ponctuellement, reprendre leurs places de maîtres de cérémonie, mais c’est bien la guitare qui se dévoile véritablement sur ce disque.

The Doors : Riders on the Storm

Répondant à une voix qui ressuscite les grandes heures de Muddy Waters, elle forme une union sacrée avec le chant sur The Wasp et Crawling King Snake. Voilà Jim dans le costume du vieux briscard du Missisipi, chantant son amour de la musique de chicago et son hymne graveleux.

Et puis la pop réclame son due, que le groupe lui donne de la plus belle façon avec LA Woman et Love her madly. Les deux titres déclenchèrent le départ de Paul Rotchild, qui refusa d’enregistrer ces «merdes», prouvant ainsi que l’on peut avoir enregistré certains des plus grands disques de son temps et dire de grosses âneries.

Doors – Love her madly ( LA WOMAN)

Qu’importe, le disque est un triomphe, chacun s’extasiant d’un retour aux sources qui n’est en fait qu’une façon de boucler la boucle. Quelques jours plus tard, Big Jim est retrouvé mort dans sa baignoire, vraisemblablement à cause d’une overdose.

Encore aujourd’hui, des centaines de personnes se pressent sur sa tombe comme sur les lieux d’un grand pèlerinage. Voici la preuve que celui qui voulait trouver un rêve où vivre a transformé son rêve en œuvre vénérée. Car ce qu’on salue avant tout aujourd’hui, c’est la légende qu’il a écrite au fil des albums, et qui trouve son expression la plus fascinante sur LA Woman.

Benjamin Bailleux

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Avant d’entamer une collaboration que j’espère riche, il est essentiel que je me présente à vous humbles lecteurs. Je suis ici dans le but de partager ma passion pour le rock dans toute sa diversité. Pour remplir cet objectif, j’ai déjà batti un site que je gère depuis quelques mois déjà. Mais comment a-t-il chopé le virus me diriez vous ? (A moins que vous vous en foutiez mais faites au moins semblant pour contribuer au bon déroulement de cette présentation !) Et bien, quand on évoque mes premiers émois musicaux, je me remémore immédiatement les nuits de voyages ou « the rising » tournait en boucle sur l’auto radio. Après de longues heures passées a écouter AC/DC , Status quo , Les Who etc …, j’ai complété ma culture rock en cherchant mes groupes fétiches dans d’autres genres (prog , folk rock , punk …). Ces découvertes, je les ai faites grâce aux heures passés a lire et relire les chroniques de certains albums et autres documents. C’est à partir de ce matériel que j’ai pu forger ma vision de la musique rock. Cette vision, je vous propose de la découvrir à travers mes articles.

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