MANU – Entre deux eaux … l’Horizon

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Emmanuelle Monet : MANU

En 2005, après qu’un voile ait été tiré sur Dolly, pas une séparation, une décision d’absence, chacun suit son chemin …
En 2019, Thierry Lacroix, batteur, semble faire partie d’une association musicale : The Lords Of La Terrière, promoteur de Surf Music. Nicolas Bonnière exerce son art guitaristique chez Eiffel, la Chose de Romain Humeau. Emmanuelle Monet … c’est Manu.

MANU – Entre deux eaux

Manu

A présent sur son propre label : Tekini Records, Manu n’a jamais cessé d’ériger bien haut les valeurs d’une chanson française traditionnellement rock, porteuse de messages, de poésie. En 2018, elle sort un album sous-titré « Vol. 1 », sous-entendu première fragrance d’un plus ample parfum : « Entre deux eaux » (2018).

Telle une peinture de son illustre homonyme, Melle Monet peaufine ses productions, note après note, repasse ses chansons au filtre de l’acoustique jusqu’au refrain parfait. Les cordes d’une harpe, d’un violoncelle, d’une contrebasse ou d’une guitare rattrapent donc certains de ses anciens amours pour leur donner un nouveau jour. Par place, l’éclat de cet étui visite respectueusement les assemblages d’autrui.

MANU – Goodbye (en public)

Que ce soit en français, en japonais ou en anglais, la voix d’Emmanuelle portée par un souffle jusqu’à notre écoute, caresse des mots choisis. Pour qui ne l’a jamais entendue, certaines de ses intonations évoquent Olivia Ruiz ou Cœur de Pirate, l’adjonction des archets ouvrant sur l’album live : « Une nuit à Versailles » (2010), de Vanessa P.

Une voix masculine s’adjoint parfois en contrepoint, l’encre de Chine, l’ancre de vie. Alors, une certaine nostalgie éprise de réel voyage par-delà les courants musicaux, tutoie Carole King et son « Tapestry » (1971), approche Kate Bush dans sa celtitude, la BO de « Barry Lindon » par ses traditionnels irlandais.

Entre deux eaux (2018)

Le final instrumental, quasi médiéval, de ce titre éponyme véhicule une idée, étrange association musicale dans l’esprit des amateurs marqués par les 70’s. Car ce sitar accrochant des arpèges surfe sur une mélodie à la noirceur Sabbathienne, ou lorsque les sensations dépassent les partitions. « Et comme vous ne voulez toujours pas rester sage, Manu, … », c’est le plaisir aux lèvres que nous la suivons.

MANU – L’Horizon

Manu

(Crédit photo : Bastien Bance)

Si l’album précédent favorisait l’expression des bois et des cordes autour d’une voix, « L’Horizon » (2019) mobilise des « outils » de studio, des samples, le numérique au bénéfice d’une proposition artistique plus complexe. Imperceptiblement, la voix s’efface volontairement au profit de l’expérimentation musicale. Ainsi, la réinterprétation de la chanson titre d’« Entre deux eaux » commence-t-elle Muse-ik pour finir Zappa Land. En matière de composition, Manu semble avoir abolie ses propres Lois. L’accès direct aux mélodies, laissant à présent l’auditeur déchiffrer ses nouveaux horizons.

Entre deux eaux (2019)

Lorsque la basse se fait plus présente, viscérale, charnelle, le propos explore une new wave contemporaine, avec toujours ces effets sur la voix, brume de pudeur. The Flying Lizards, Taxi Girl, jusqu’à Ministry sont convoqués au fil des plages, vagues condimentant les compositions originales. Entre ces chansons, des interludes musicaux laissent place à la nature, comme autant de messages venus du cosmo. Alors, Moebius, Bilal, Druillet dessinent des formes qui s’assemblent aux notes. Puis, entre deux transes Siouxsie / Bauhaus, le rock reprend ses droits

MANU – Mordre la poussière

… poussant l’audace jusqu’à sa dernière rébellion : le punk.

Nino

Avec « l’Horizon », Manu libère sa psyché, livre au public tout ce qu’elle n’a jamais osé dire, osé communiquer. Pour être sensible à cet élan de sincérité, il ne faut pas afficher de préjugés. Adepte de l’aléatoire, de la transversalité, roque tes habitudes car c’est dans son entièreté que cet album aime à s’entendre apprécié. Moteur de ressentis, ils ne sont pas si nombreux ceux capables d’initier des images qui, tel lors d’une performance, se meuvent lorsque le disque est rejoué.

A bientôt, Manu, sur la route ou la platine. A présent, le voile est levé.

Thierry Dauge