SUICIDAL TENDENCIES – A Metal Gang

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SUICIDAL TENDENCIES – Bandana Metal

Suicidal Tendencies

En studio

Suicidal Tendencies

Il était une fois un gang de punk hard core au drôle de patronyme : Suicidal Tendencies

Le temps passant, la composition du groupe se modifiant, l’orientation artistique du collectif épouse une autre façon de sculpter le bruit. Au début des 90’s, le temps de trois albums traversés de « Fuck », Suicidal Tendencies est au sommet de la musique « métallisée ».

Bandanas en avant, short-pants à mi-mollet, casquette de base-ball vissée sur le crâne autant que lunettes noires sur le nez, les tendances suicidaires passent du radical au Metal. Tenant tout autant d’un gang de skaters que d’un groupe de musiciens, ces mecs-là se mettent à produire un thrash metal moitié Slayer, moitié Anthrax, une mixture à faire rissoler les amplis.

SUICIDAL TENDENCIES – Get Whacked

Tournant sur la platine, griffé par l’aiguille, « Lights camera revolution » (1990) sort des enceintes telle une rhinorrhée barbelée. Véritables outils de laminage, les instruments défouraillent des notes acérées par tous les pores de leurs matériaux. Face à un matraquage de cette intensité : changements de rythmes tous les trois couplets, accords débités au Tommy Gun, c’est lessivé qu’on ressort de l’écoute. La brochette de chansons insérée au cœur du sillon ridiculise les ouragans, colle la raclée aux concurrents.

Disco’s out, murder’s in

Suicidal Tendencies : qui sous ce manteau ? Une horde de huns ? Même pas ! Des gamins de Venice, Californie. Il y a d’abord Mike Clark, un guitariste rythmique au look de Chewbacca, serial « riffeur » au bras d’acier. Il y a ensuite un soliste black : Rocky George. « Qui ça ?! ». Il pétarade des grappes de notes enveloppées d’échos, de phasing et de saturation. Son jeu adopte moult larsens « dirigés » qu’il distille tout au long des morceaux.

Pour la partie rythmique, si l’on retrouve actuellement le phénoménal Dave Lombardo à la batterie, des tailleurs de crayons AOC l’ont précédé, dont Jimmy DeGrasso et/ou Josh Freese. Du côté des quatre cordes, le monstrueux Robert Trujillo phagocyte sa basse, cette chose minuscule qui ne parait rien de plus qu’un jouet entre ses mains. Par la suite, il partira épauler Lars Ulrich chez Metallica. Au final, associés en quatuor, ces fous furieux recréent les modestes décibels d’un Concorde au décollage !

SUICIDAL TENDENCIES – Alone

Auteur des premiers gazouillis de Suicidal Tendencies, Mike Muir en est l’âme damnée. Son « chant » véhicule une platée de talking perforés par des hurlements aux aigus mals maitrisés. Ses textes véhiculent l’anti establishment, une révolte soulignée par un look gangsta chicanos fermement assumé. A l’origine du crossover, cette fusion métallique, il promeut volontairement le tronçonnage de mammifères aux carcasses encore fumantes : son auditoire. ST illustre idéalement la chevauchée furieuse d’un bolide suicidaire à la recherche d’un tronc d’arbre.

Can’t stop

En 1992, un nouvel Lp d’apparence « apaisé », moins systématiquement « in your face » : « The art of rebellion » (1992), catapulte le groupe à l’échelon supérieur. Les compositions sont plus fouillées, moins directes. Des scories incandescentes persistent tout de même, ces mèches de perceuse au tropisme tympanique.

SUICIDAL TENDENCIES – Monopoly on sorrow

Après un album en demi-teinte sorti en 1993, « Suicidal for life » (1994) vient cimenter la lézarde. Plus heavy metal que thrash, il distille une pêche monstrueuse. Le producteur Paul Northfield, n’est pas étranger à l’affaire, poussant les manettes de la table de mixage un cran au-dessus du travail réalisé sur « The art of rebellion ». Pour « Suicidal for life », il crée l’équivalent d’un typhon, d’une fission nucléaire à laquelle se greffent des secousses sismiques. L’espace-temps s’en retrouve carrément perturbé !

Don’t give a fuck

Pourtant, suite à cet album, le groupe marque une pause de quatre années. Lorsqu’il revient aux affaires, c’est avec de nouveaux musiciens : « Le temps de l’adolescence se consume telle une cigarette, rideau de fumée sur l’inéluctable épilogue post immortalité ». Est-ce la raison pour laquelle le titre qui clôt la Face B de « Pour la vie » présente une forme musicale inhabituelle ? Comme une épitaphe ? Seuls les musiciens le savent …

SUICIDAL TENDENCIES – Love vs loneliness

En concert

Suicidal Tendencies

Deux concerts français en sept mois ! Et dire qu’il y a des formations US plus populaires qui ne sont jamais venues par ici …
Suicidal Tendencies terrorise d’abord le Zénith de Paris, le 3 octobre 1994, puis l’Elysée Montmartre le 30 avril 1995. Si la set-list est quasiment la même, c’est la prestation dans la plus petite des deux salles qui alimente le plus de souvenirs … et de « boucan » !

You can’t bring me down (live)

Au fait de leur capacité musicale, du moins, dans cette configuration, le groupe élève son public vers des sphères d’énergie inexplorées. Il percute les corps astraux de tout un chacun à grand coups de boutoir, décibels en cascade servis en façade.

SUICIDAL TENDENCIES – War inside my head (live)

Dans les 90’s, mécanique imparable animée par des musiciens déterminés, Suicidal Tendencies était un golem, un titan, une entité susceptible de rayer le diamant. Qu’en est-il à présent ? Approximativement à l’identique, mais il en va du rock comme de l’histoire, il et elle ne valent jamais plus que lorsque il et elle sont vécus dans leur jus.
Queen en 1978, AC/DC en 1979, Judas Priest en 1982, Metallica en 1987, Rage Against The Machine en 1993, Noir Désir la même année, Suicidal Tendencies en 1995

Bienheureux celles et ceux à vous y avoir vécu.

Thierry Dauge