Philippe Pascal et Marc Seberg – Recueillement

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Marc Seberg et la Mort en Soi

Sois sage , ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille,

Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici

(Recueillement – Charles Baudelaire,

mis en musique par Marc Seberg)

Philippe Pascal et son groupe Marc Seberg
Philippe Pascal avec son groupe Marc Seberg

Quelque Chose, Noir

Avec le nom du groupe, Philippe Pascal avait crée un personnage à son image. Marc Seberg (Seberg, en référence à la belle Jean Seberg, actrice période Godard) était plus qu’un groupe, il était une entité parfaite de l’époque de la cold wave française du début des années quatre-vingt.

Cet article je le rédige à la première personne du singulier pour ne pas pleurer, parce que je ne peux pas faire autrement, tellement je suis effondré par cette nouvelle de la disparition de Philippe Pascal, 63 ans au compteur, qui s’apprêtait à sortir un nouvel album improbable avec son groupe d’origine, devenu mythique et reconstitué incroyablement en 2017, à savoir Marquis De Sade. (lire le bel article d’Auguste Marshall sur ce site)

Marc Seberg est issu de la séparation de Marquis De Sade, pour des questions de directions musicales. Certains voulaient partir du côté d’une musique plus dansante mais froide, ce qui donnera le groupe Octobre qui se rapprochera d’Etienne Daho par la suite, et de l’autre côté, ceux qui souhaitaient s’enfoncer dans une cold wave délibérée tout en cherchant dans l’absolu le hit qui les révélerait dans tout l’hexagone et même plus loin.

Il en résultera quatre albums d’une profondeur abyssale.

Sylvie

83 paraît… en 1983, ça se tient. Je le considère comme une suite idéale à ce que serait devenu Marquis De Sade. Des titres sombres et lumineux à la fois dans un même morceau parfois. Je me souviens du titre le plus pop « Sylvie » parce que, à cette époque, j’étais amoureux fou d’une Sylvie qui m’a jeté. Etonnant, non ? Mais ce serait faire injure à des titres comme « Jour Après Jour» qui ouvre l’album, « Surabaya Johnny », cover de Kurt Veil et Brecht, « Sans Mémoire » ou « Strikes ». Une alternance de titres à la fois en français et en anglais, produit par un Steve Hillage qui s’est pris, pour le coup, pour Martin Hannett, le producteur de Joy Division avec ce son mat et déchirant.

Marc Seberg – Recueillement (Live)

Deux ans plus tard sort sans doute le chef d’œuvre du groupe. Le Chant Des Terres accueille officiellement Pascale Le Berre aux claviers. Elle ajoute un apport primordial qui permet de garder le fond en changeant légèrement la forme pour rendre les compositions plus ouvertes, plus pop mais encore plus forts et plus profonds. Il y a surtout des titres inoubliables qui s’enchaînent parfaitement : « Si J’avais su te dire », « E.Rope », « Les Ailes de Verre », l’histoire d’un suicide d’une jeune fille. Prémonitoire ?… et le fabuleux poème de Baudelaire, « Recueillement », mise en évidence par la beauté des notes de piano de Pascale Le Berre.

Décembre

En 1987 sort Lumières et Trahisons qui est dans la continuité du précédent, produit par John Leckie, mais avec des titres plus fougueux, plus rock peut-être. Et, paradoxalement, je ne retiens que deux titres, mais immenses : « Décembre », témoignage intense et émouvant d’une overdose, et « La Nef des Fous » qui résume parfaitement l’endroit où fonçait le groupe : droit dans le mur des oubliés regrettables pour un public plus large.

Marc Seberg – Quelque Chose, Noir (clip officiel)

Il faut attendre 1990 pour que le chant du cygne de Marc Seberg sorte avec Le Bout Des Nerfs avec un son encore plus dur mais aussi plus pop, plus dans la norme de l’époque. Ainsi le « tube », qui n’en sera pas un, « Quelque chose, Noir » est un des plus beaux titres de toute l’histoire du groupe avec un son à la U2, notamment à la batterie et un clip totalement cold wave, influencé par The Cure et le « Charlotte Sometimes ». Seulement cette mouvance avait déjà disparu, emportée par la vague psyché dance de Manchester.

Au final, ce qui aura manqué au groupe et ce que Philippe Pascal aura sans doute toujours cherché, c’est le tube, le hit qui serait passé sur toutes les ondes des radios et les chaînes qui ne diffusaient que des clips, les débuts de MTV en France. il aura tenté une dernière aventure avec Pascale Le Berre avec le groupe Philippe Pascale sans succès, hélas.

Anecdote personnelle

Pour finir, un souvenir qui me tient à cœur. En 86, je crois, j’ai vu Marc Seberg en concert. C’était lors d’une soirée étudiante à l’Université Internationale à Paris. Il y avait au mieux 200 personnes pour une salle qui pouvait en compter le quintuple et tout le monde se foutait du groupe, discutant entre eux sans même jeter un regard ou une oreille au groupe. Pas ou peu d’applaudissements à la fin de chaque titre jusqu’à ce que Philippe Pascal, énervé, crie ironiquement : «Et là, on vient de jouer nos morceaux les plus connus», avant d’enchaîner une furieuse reprise de «Break on Through» des Doors.

Marc Seberg – Jour après Jour (live 1985)

En écrivant ces lignes j’ai une pensée particulière pour Pascale Le Berre (devenue une vraie et sincère amie Facebook, ça arrive, oui !) qui a apporté à Marc Seberg son savoir faire, la douceur et la noirceur de cette période. Elle fut ravie quand Marquis De Sade s’est reformé. Elle doit être triste désormais. RIP, Philippe, tu n’avais pas le droit de te foutre en l’air (théorie privilégiée pour l’instant) alors que tout voulait s’ouvrir, enfin, depuis tout ce temps.

Marc Seberg – Tricks Of Mind (live décembre 1982) Rare

Patrick Bénard