Qu’entend-on par tube et hit-parade ?

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Le premier hit-parade remonte à 1898…

… et le premier tube aux années cinquante

tube et hit parade
un BILLBOARD de 1940

Qu’entend-on par tube et hit-parade ?

Le premier hit-parade jamais publié est très certainement celui du magazine américain Billboard de 1898, qui classait les dix meilleures ventes du moment, aussi bien en disques 78-tours qu’en «petits formats». Quant au terme de «tube» lancé par Boris Vian, il désignait au départ une chanson dont les paroles étaient creuses comme… l’intérieur d’un tube. Mais depuis la fin des années 50, ce côté dépréciatif a disparu. Aujourd’hui on peut dire sans vexer son parolier qu’une chanson du hit-parade est un tube.
Et existe-t-il un seul chanteur qui n’ait rêvé de voir un jour son nom figurer au hit-parade ?

Mot magique, tableau d’honneur du chanteur…

Promesse de galas pour les mois à venir… Espoir de recevoir un chèque confortable attestant des prouesses de ventes ainsi réalisées.

Mais comment faire pour y arriver ?

En un mot comme en cent, existe-t-il une recette miracle pour que, du jour au lendemain, quelques notes de musique bien assemblées, quelques vers bien troussés, quelques idées bien ficelées entrent dans toutes les oreilles ?

Le « tube » en équation ?

Aujourd’hui, on le dit… On le dit, mais ça reste à prouver. Alors, avant de passer la chanson à la moulinette de l’ordinateur, penchons-nous sur son histoire…
Le premier millionnaire du disque fut Caruso. L’opéra n’est pas a priori l’exemple type de la musique dite populaire, or même ceux qui n’entendent rien à ce genre musical élitiste connaissent les noms de Caruso, de Pavarotti et de la Callas. Alors, pourquoi Caruso, et avec une chanson, « O Sole Mio », qui n’est pas tirée d’un opéra ? Quarante-quatre ans plus tard, en pleine période rock’n’roll, un certain Elvis Presley, sous le titre « It’s Now Or Never » remettrait au goût du jour, donc dans l’air du temps, ce hit enregistré qu’en 1916. En revanche on ne songea pas, en 1960, à rééditer la version du ténor Caruso. Est-ce à dire qu’il était passé de mode ?

Question à tiroirs : pour avoir du succès, une chanson doit être de qualité (c’est indiscutablement le cas de «O Sole Mio», archétype de la chanson napolitaine, si galvaudée qu’on pourrait croire qu’il s’agit de l’hymne national italien), les sonorités, les arrangements doivent être eux aussi dans l’air du temps : il eut été vain de remettre sur le marché du disque un enregistrement dont les prouesses techniques étaient totalement dépassées. Enfin l’interprète doit être dans l’air du temps (en 1960, Elvis, de retour de l’armée, l’était ; Caruso ne l’était plus). Certains, particulièrement doués, y restent à jamais : Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Charles Aznavour sont au top depuis plus de cinquante ans.

Trois critères, donc : la chanson, l’interprète, le son

Sont-ce les seuls ? Non, car le contexte entre aussi en ligne de compte. Un contexte généralement tragique : lorsque John Lennon fut assassiné en décembre 1980, plusieurs de ses anciens et récents 45-tours monopolisèrent les premières places du hit-parade. En revanche, pour ne pas capitaliser sur le décès de son créateur (1991), la maison de disque de Serge Gainsbourg repoussa de plusieurs semaines la réédition de la chanson de 1968 «Requiem pour un c…», BO du film «Le Pacha». Car le décès d’un artiste donne une crise d’urticaire au disque, au moment de sa mort et puis régulièrement tous les dix ans : pensons à Claude François, à Jacques Brel et à Joe Dassin. Pensons à Edith Piaf disparue il y a plus d’un demi-siècle (1963).

Un contexte tragique peut également apporter le succès à une chanson qui, sans cela, serait restée dans l’ombre. C’est le cas du «Temps des cerises» que l’on croit né sur les barricades de 1870 (le peuple a retenu le vers : « C’est de ce temps-là, que je garde au cœur, une plaie ouverte ») alors qu’il s’agit d’une chanson tendre dont Jean-Baptiste Clément avait écrit les paroles en 1866.

Ecrire une chanson à succès…

S’il existait une recette infaillible, ça se saurait. Il n’empêche que certains semblent l’avoir trouvée : de 1963 à 1970, avant de se séparer, brouillés, John Lennon et Paul McCartney signèrent la quasi-totalité des tubes des Beatles. Pas une seule fois leurs vinyles manquèrent leur but. Et ils ont fait école puisque depuis la Beatlemania, épaulés par des producteurs avisés et malins qui « reniflent » l’air du temps, des artistes sortent des disques dont on sait quasiment avec certitude qu’ils seront des tubes : Abba, Michel Jackson, David Bowie, Queen… et des dizaines d’autres ont amplement remplacé les vieilles gloires qui eurent pour nom les Rolling Stones et Bob Dylan (liste non exhaustive).

Si ceux-là avaient perdu leur talent, ça se saurait et plus personne n’irait les voir en concert. Ils ont déserté les hit-parades, semblent ne pas s’en soucier (peut-on croire cependant qu’une star du passé n’est pas vexée qu’on boude ses disques ?) ; en un mot comme en cent, ils ne sont plus dans le coup. Finies l’urgence et la fébrilité des années 60 qui les obligeaient à « pondre » un hit tous les deux mois ; aujourd’hui ils peaufinent des albums qui sortent au rythme d’un tous les quatre ou cinq ans.

Tube et Hit parade

La mentalité n’est pas la même : l’album est un produit culturel rare, le tube est un produit de grande consommation (mais pas jetable : il sera réutilisé dix ans plus tard par les radios rétro).
«Ils ont fait de moi un tube… mais à quel prix», chantait Henri Salvador («J’étais une bonne chanson»).

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