Sa Majesté QUEEN en concert : Tranche de vie

0
681

QUEEN en concert – du Pavillon de Paris en 1979 à la Rotonde du Bourget en 1980

En 1975, Dalida chante : « Il venait d’avoir 18 ans », en 1980, c’est à mon tour d’être majeur et ça … ne change rien. En ce début de décennie, mon moral n’est pas au beau fixe. Je double ma terminale. Il faut bien reconnaître que je n’ai pas travaillé les cours plus que cela l’année précédente, préférant (et de loin !) m’adonner à ce sport en salle nommé « Baby-foot ». Pour tenter de décrocher le Bac, j’ai dû stopper mes activités (presque) lucratives des samedis et dimanches matins : vendre des accessoires automobiles sur les marchés, afin de « réviser » des cours que je n’ai même pas encore « visés ». La question se pose donc : comment réunir l’argent nécessaire pour assister au concert de Queen ? 50 francs ! 7€50 !!! Ces jours-ci, nous n’avons plus les mêmes valeurs …

Le mardi 25 novembre 1980, nous prenons la direction du Bourget. En fait, il convient d’écrire : « … nous prenons la direction de ‘Le’ Bourget … », car tel est le nom correctement orthographié de cette ravissante localité de Seine-Saint-Denis. Point à préciser, il ne faut pas confondre la ville avec la marque de bas et collants qui porte le même nom et fait le bonheur de tous les fétichistes de la chose.

Queen en concert - Freddie Mercury
Freddie Mercury

Queen en concert… sur la route

«Nous» prenons la route? Ma sœur et mon pote Mich’ m’accompagnent dans cette aventure. Sœurette ayant sont permis de conduire où nous n’avons, mon pote et moi, que notre permis « mobylette » (Ah ! Ma défunte Motobécane 94 TT !), le voyage se fait en Simca 1000 GLS bleue.

Freddie Mercury
Simca 1000

Le divin bolide présente un moteur situé à l’arrière. Du fait de la répartition des masses propre à cette particularité, un emplacement destiné à recevoir un sac de sable a été spécifiquement aménagé au fond du coffre. Ainsi, le train-avant parvient à se stabiliser, permettant de conduire le véhicule sur ses quatre roues et non pas sur ses seules roues arrières, le « nez » au vent.

Il pleut tout au long de la route jusqu’au parking en terre où nous nous garons. Excités par ce qui nous attend, nous sommes partis de très bonne heure. De ce fait, il nous reste bien deux heures à attendre avant l’ouverture des portes de la Rotonde, « salle de concert » prévue pour l’évènement, sorte de hangar d’aspect lugubre.

L’attente avant concert, une tradition

Et comme de coutume, elle dure plus longtemps que prévue : trois heures. Désireux d’être placer au plus près de nos idoles, nous passons ce temps sous la pluie, prêts à foncer dans la fosse une fois les portes ouvertes. Ces dernières sont vitrées sur toute leur hauteur. A un moment donné, un mouvement de foule nous en fait épouser la forme, nous « ventouse » à la matière. Sous la pression, une demoiselle, heureusement vêtue d’une parka dont elle a remonté la capuche, passe au travers dans un bruit de tonnerre.

Un videur à la nuque épaisse et plissée se précipite alors vers nous en hurlant comme un phacochère. Sa seule intervention voit la file d’attente reculer de trois bons mètres. Coincés que nous sommes entre la poignée d’irréductibles arrivés avant nous et les centaines d’autres qui poussent, nos pieds quittent le sol. Nous nous retrouvons ballotés tels des fétus de paille jusqu’à ce que les portes s’ouvrent enfin. Parfois, nulle substance psyquédélique n’est besoin pour décoller. Cette expérience « lévitationnelle » persiste en moi comme le pire moment de ma vie, celui où sa destinée ne m’appartenait plus.

Trempés comme nous le sommes, le hangar nous semble encore plus glacé qu’un congélateur. Queen va devoir « assurer » pour réchauffer notre enthousiasme désormais quelque peu refroidi. L’année précédente, au Pavillon de Paris, le groupe nous a « explosé » avec un show présentant une setlist époustouflante. Que va-t-il en être cette année ?

QUEEN en concert

« The game » est dans les bacs. Après « Jazz », déjà moins frétillant que les albums précédent, et même si Queen bénéficie toujours du titre de « groupe préféré » dans l’âme et la psyché du public présent, il descend néanmoins d’une marche, même chez les fans inconditionnels. Et puis, il y a eu la parenthèse, cette BO du film « Flash Gordon ». Une honte dont beaucoup préfère taire l’existence.

Queen en concert : les lumières s’éteignent …

Queen ne nous a pas habitués à ça : une première partie ! Straight Eight. Ce groupe propose une espèce de pop « énervée » … qui, effectivement, nous énerve, mais pas dans le sens où ils l’entendent. Dispensable. Puis les idoles arrivent …

Rétrospectivement, ce souvenir génère une sensation sépia, la fragrance des moments qui ne reviendront plus. Le concert apparaît moins pimenté que celui de l’année passée au Pavillon de Paris et sera moins convivial que le suivant (pourtant destiné à soutenir l’extrêmement critiquable « Hot space »), au Palais des Sports de Saint-Ouen, en 1982.

Queen en concert
Queen en concert – Freddie Mercury

En salle, dans un premier temps, les frissons qui nous parcourent sont essentiellement dus à nos vêtements mouillés. La prestation du groupe est à l’image de ce que son following connait déjà, juste un zest moins « rentre-dedans ». Précisons que le nouveau look de Freddie Mercury est loin de valoir son précédent « tout cuir »! Cheveux court, moustache, marcel blanc zébré d’un éclair rouge, pantalon en cuir moulant de la même couleur, ballerines aux pieds. Néanmoins, à son habitude, il prend la scène d’assaut et ne la lâche plus jusqu’au dernier morceau, tour à tour danseur classique, matamore ou provocateur. Inimitable et constant : le lien qui l’unit au public : « La, li, lé ! ».

Brian May, guitariste mésestimé ?

Brian May, quant à lui, parait vraiment être un guitariste lead mésestimé. Sans doute, les sabots qu’il chausse, sa coupe de cheveux pompadour et ses chemises « vacher » y sont pour quelque chose. Quant à son jeu de « Red One », surnom de la guitare qu’il a lui-même façonnée, il n’a rien à envier à celui d’aucun autre guitar hero. De plus, May présente une signature sonore unique, repérable au moindre décibel. Peut-être lui manque-t-il d’avoir dégoupillé quelques groupies en première page des tabloïds pour accéder au statut de « Dieu de la six cordes » (?).

De leur côté, John Deacon et Roger Taylor servent au mieux leurs partitions respectives, certes sobrement mais sans fautes de goût, ajoutant même quelques chœurs suraigus pour le batteur.

Queen en concert : la setlist

Queen en concert
Queen en concert

La setlist siège à la hauteur des attentes : 29 titres sans compter le « God save the Queen » final ! Des titres joués sur scène depuis 1974 : « Keep yourself alive, « Killer Queen », « Now I’m here », d’autres extraits du chemin parcouru : de l’incontournable « Bohemian Rhapsody » à « Tie your mother down » en passant par « Mustapha » ou « We will rock you », plus des titres du nouvel opus dont le méga hit : « Another one bites the dust ». Si l’on peut regretter de ne plus entendre certains morceaux des débuts, le traitement live de ceux entendus ce soir-là est exempt de tous reproches. May s’empare même d’un clavier pour susurrer un « Save me » de toute beauté.

Malgré la qualité désastreuse de l’extrait qui suit, on ne peut passer outre un bain dans le « jus » de l’époque.

Queen en concert – Live à la Rotonde du Bourget – Novembre 1980

Sur la route de retour, les tympans bourdonnant de toutes ces chansons jouées à un volume conséquent, la Simca 1000 résonne de nos chants. Nous continuons le show en reprenant quelques titres absents du set, tels : « Spread your wings » ou « In the lap of the gods ».

Queen, live en 1980 ? Ça valait son pesant de Led Zeppelin. C’était « différent », oui, mais terrrrriblement bandant !!!

Epilogue : à l’aller comme au retour, la Simca 1000 bleue emprunte une route qui jouxte des terrains en friche où s’élèverait un jour le Stade de France. Pour cause de décès, Queen n’y jouera jamais.

Thierry Dauge

A lire également : L’étrange religion de Freddie Mercury

QUEEN en Quatre albums essentiels

Freddie Mercury et Mary Austin – Une idylle longtemps dissimulée