MARILYN MANSON ou l’art de la provocation ?

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MARILYN MANSON – Outrance et métallurgie

En studio

Alice Cooper n’impressionnant plus personne, la deuxième moitié des 90’s voient surgir tout un tas de spécialistes musicaux es horreur. Parmi ceux-ci, quelques chevaliers de l’outrance se distinguent plus particulièrement, alliant musique sauvage et look décapant. Citons en exemples, mais il y en a d’autres : Slipknot, Ministry, Mushroomhead et … Marilyn Manson.

MARILYN MANSON – Mobscene

Marilyn / Manson, un prénom platiné, un nom sérial-killerisé : côté éclairé et côté obscure, un pseudonyme construit pour interpeller. Physiquement ? Un androgyne monstrueux à l’iris greffée de blanc et aux dents métalliques, tel le dénommé « requin » dans les 007 de Roger Moore. Quant aux illustrations des disques, voilà des enregistrements qui méritent le format « vinyle » : œuvres d’art !

Marilyn Manson

Jusqu’en 1996, Marilyn Manson, le groupe, usine « gentiment » du Metal Industriel lorsque, dans sa psyché torturée : plaine désertique infinie où des formes mercurielles s’écorchent aux barbelés, l’envie d’en découdre croise le besoin de reconnaissance. Alors, « Antichrist superstar » voit le jour. L’Homme supplante le groupe. Il élabore des cauchemars mystiques qui décoreront désormais ses albums.

MARILYN MANSON – The beautiful people

Après un visuel de pochette troublant où il s’offre en naïade dénaturée et asexuée pour servir un contenue glam métallisé : « Mechanical animal » (1998), le passage à l’An 2000, propice à tous les délires, le voit crucifié : « Holy wood (in the shadow of the valley of death) ». Sur les 19 plages que compte l’album, 11 sont quasi indispensables. Une fois « abrégé », ce disque devient incontournable.

MARILYN MANSON – New model n°15

La musique de Mr Brian Hugh Warner, son véritable nom, évoque un cauchemar, une balade dans la tête d’un tueur en série (d’où son choix de pseudo ?), l’errance d’une personnalité bipolaire au pays de la dépression : joyeux ! Les chansons sont des doigts de feu qui pénètrent le cerveau, y insèrent leurs ongles, connectique vers cet ailleurs infernal narré par l’auteur. Le rythme global de l’ensemble navigue sur un tempo medium ponctuellement parcouru de batteries tribales. L’effet accélère la partition comme un bolus d’adrénaline. Une seule « acoustiquerie » partielle vient apaiser le chaos tout en conservant l’horrifique horizon, l’impression de terre dévastée.

MARILYN MANSON – The nobodies

L’intention de capter l’intérêt semble évident tant l’audiovisuel est marqué : accords et samples distordus, contraste rouge sang sur noir abyssal. La mise en scène : ce Christ blafard dépourvu de mâchoire inférieure, et sa bande son : « apocalypse show », tout semble calculé. Produit marketing pour contemporains qui, passés au fil de l’éducation judéo-chrétienne, re-développent un atavisme masochiste ? Marilyn Manson, sociologue des années double zéro.Marilyn Manson

D’un point de vue strictement musical, la déstructuration programmée d’ « Antichrist … » a laissé place aux refrains calibrés qui, déjà, sur « Mechanical animal », aiguisaient l’appétence d’un plus grand nombre. En prise directe sur T Rex et « The slider » (1972), le « Saint-bois » initie des références glam rock. S’il reste un fond de traitement industriel, le terreau est puisé aux influences : « Chassez le naturel, il revient au galop ». « Traîtrise ! », s’égosillent les premiers adeptes ! « Miam ! », glousse le « lardon » qui s’extrait du giron maternel via la répulsion de « maman » pour ce « type dégoûtant ».

Disposable teen

Alors, trahison ou mutation ? Chose certaine, nous autres, rock-addict, puisons à « Holy wood » des sons adaptés au combat quotidien. Pour ça, et malgré ce pseudonyme au construit critiquable, on ne peut que souhaiter que le cauchemar se poursuive.

En concert

Le 25 janvier 2001, le Zénith de Paris accueille la monstrueuse parade pour la tournée qui promeut « Holy wood ». De fait, le spectacle est tout autant visuel qu’auditif : grand Guignol ? Pas au sens où on l’entend. Alice Cooper propose ce genre de divertissement. La différence se situe au niveau de l’humour. Si Alice Cooper force le sourire, Marilyn Manson dégoutte de suie sanglante. Tout est noir liseré de rouge, orné d’une iconographie anguleuse « naziffiante ».

The reflecting God (live)

Les musiciens peroxydés aux visages crayeux s’agitent comme des poupées schizoïdes sous des stroboscopes. Marilyn Manson, l’homme, dégouline d’un maquillage maladif tout en haut de ses échasses ou derrière un pupitre de pseudo orateur dictatorial. Si tout est réglé comme du papier millimétré, l’enchaînement des titres laissent pourtant des plages de vide qui nuisent à la notion « d’accomplie », ce sentiment de saturation des sens à la sortie des concerts.

Antichrist superstar (live)

On en prend quand même plein les yeux et les oreilles et cette version hollywoodienne du spectacle vivant supplante bien des prestations de groupes contemporains. Mauvaise Foi ? Puisque, sur « Holy wood », le fils de Dieu sur sa croix fait la première de couverture : pourquoi pas ?

Thierry Dauge