The BLACK KEYS – Une histoire en deux Lps

The Black Keys

En studio

Ike & Tina Turner, Sonny and Cher, Simon and Garfunkel, en musique, si les duos ont toujours existé, fût un temps où ils sont tombés en désuétude au dépend de formations plus cossues, des trios, quatuors ou quintettes. Au milieu des années 2000, l’association de Jack et Meg White relance la donne avec The White Stripes. Le binôme musical revient en force sous les projecteurs médiatiques.

Presque au même moment, le duo masculin The Black Keys commence à se faire un nom. L’album « Attack and release » (2008) perce la brume de l’underground. Il se fraye un chemin vers le grand public en bénéficiant d’un titre intégré dans une BO : « I got mine », et d’un autre musicalisant une publicité : « Strange times », ces deux propulseurs fleurant bon le heavy blues et le Zeppelin.

The BLACK KEYS – Strange times

Alors vint « Brothers » (2010). Malgré cette absence de visuel : une police d’écriture quelconque, une difformité des caractères, du blanc, du rouge et du noir promouvant le suicide commercial, la hype médiatique fait son effet. Soudain, The Black keys devient LE groupe à voir et écouter. Quid des critères musicaux susceptibles de générer un tel engouement ? T Rex !!! Cet album exhale le T Rex revival ! L’écoute de « Brothers » nous propulse en 1971, année où « Electric warrior » fait référence. Les quinze titres pseudo glam du disque résonnent 70’s. Piquetés de dry blues, ils s’écoutent d’affilés, sans lassitude.

The BLACK KEYS – Everlasting light

Passer des « juke joint », ces bouges à poivrots, aux salles de concert de capacité moyenne n’est pas une mince affaire. Il faut muscler la sono et occuper l’espace. Vient alors la difficile question de l’intégrité, du « choix », de la conciliation entre des postulats musicaux et tout ce buzz qui agite l’entourage. Les interviews et les groupies se multiplient, les dealers montrent le fond de leurs poches, les « coups » deviennent gratuits, de quoi perdre ses repères. Ancrés dans leurs bottes, Dan Auerbach et Patrick Carney gardent le cap bien qu’entrouvrant encore un peu plus leur « roots attitude » sur l’enregistrement suivant : « El Camino » (2011).

The BLACK KEYS – Lonely boy

Ce faisant, la barbe d’Auerbach gagne du terrain, comme si le chanteur/guitariste cherchait un camouflage, une voie de sortie à ce compromis devenu difficilement acceptable. Trois ans plus tard, unis telle une toile de Klein, le duo sort « Turn blue » (2014), le dernier de leurs albums en date, galette éprise d’un psychédélisme qui les gomme des ondes radiophoniques. La vie des deux hommes redevient alors d’une presque normalité rassurante.

Pendant cette période « glitter », entre 2010 et 2012, qu’en fût-il des Black Keys live ?

En concert

The Black Keys

Pas moyens de dégoter un billet pour aller juger de leur crédibilité scénique ! Le Bataclan en novembre 2010? Complet en trois minutes! Ou alors, il faut négocier avec ces « vendeurs de trottoir », des malfaisants qui revendent le sésame deux à trois fois son prix initial ! Le 25 janvier 2011 au Zénith de Paris ? Complet ! Aaaaaargh ! Depuis que la musique est gratuite via les téléchargements, l’argent s’est déplacé des disques vers les concerts : « J’y étais » ! Enfin, le 25 août 2012, le groupe tient le tête d’affiche à Rock en Seine. Cette fois-ci, il y a suffisamment de places et d’autres groupes à cueillir au passage.

The Black Keys

Après la découverte de Ume, sur une petite scène aménagée à l’ombre des chênes, pour un set en trio typé The Cranberries dégraissé, après Eagles of Death Metal pour une party de heavy rock and roll tant décontractée qu’endiablée, après un Noel Gallagher’s High Flying Birds soporifique à souhait, goûtons voir The Black Keys !

Gold on the ceiling (live)

Quelques gouttes de pluie viennent baptiser le concert, heureux présage ? C’est à évaluer. Malgré des musiciens additionnels qui viennent épaissir le son, une impression de « trop peu » s’installe progressivement. Cette musique, heavy glam blues, ne serait-elle pas d’avantage à sa place dans une salle comme la Cigale, pressentiment de pur régal ? Sur l’immense scène du Domaine National de Saint-Cloud, le groupe parait « tout petit », surtout lorsqu’il œuvre en duo. Nonobstant, le son est bon et l’ambiance électrique.

Money maker (live)

Peut-on réellement juger de quoi que ce soit sur la qualité d’une prestation musicale en « plein air » ? Muse, en 2004, au même endroit, fût dantesque … mais avec d’autres moyens. The White Stripes, autre duo, pouvait compter sur le charisme de Jack White. The Black Keys ? Et bien disons que, sans être décevant, ce concert ne fût pas inoubliable, les pauses entre les morceaux ne jouant pas en faveur d’un séquençage échevelé. Reste le sentiment d’une bonne soirée de fin d’été, la majorité du public présent, amateur de musique live, croquant à pleine dents le rock minéral des originaires d’Akron – Ohio.

I got mine (live)

Votre serviteur, quant à lui, réservera son jugement.

Thierry Dauge.

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