Le maillon manquant entre le blues-rock et le hard-rock
A travers Free, un groupe ayant marqué les seventies, a jailli la voix de Paul Rodgers et la guitare de Paul Kossoff. Un chanteur et un guitariste trop souvent éludés au moment de dresser la liste des artistes ayant fait l’histoire du rock. Tout comme le groupe ayant fait leur notoriété outre-manche.

Entre 1968 et 1973, ces pionniers du hard-rock, source d’inspiration d’AC/DC, ont publié quelques galettes précieuses. Si vous cherchez encore le maillon reliant le blues-rock au hard-rock, il a de bonnes chances de se nicher dans cet article…
Free – Woman
Paul Rodgers voit le jour le 17 décembre 1949 dans la ville de Middlesbrough, près de la Mer du Nord. A l’adolescence, le rock anglais est en plein boom. Paul est fan de Steve Marriott (Small Faces) et Rod Stewart, et apprécie particulièrement la voix des soulmen Otis Redding et Wilson Pickett. Il débute comme bassiste au sein d’une formation locale, The Roadrunners, rebaptisée ensuite The Wildflowers.

Devant l’obstination de son père, qui lui conseille d’apprendre “un vrai métier”, Paul migre au milieu des années 60, du côté de Londres. Mais la concurrence est rude. Après la dissolution des Wildflowers, le chanteur rejoint le groupe de blues Brown Sugar.
Le British Blues
Après la vague du Swinging London, le blues psychédélique d’Alexis Korner, John Mayall et Eric Clapton embrase la capitale. En 1968, un groupe baptisé Black Cat Bones s’illustre en première partie de Fleetwood Mac (période Peter Green). Le batteur Simon Kirke, enclumeur de première, impressionne.

Mais la véritable attraction du groupe, c’est le jeune guitariste Paul Kossoff (17 ans). Ce dernier, dyslexique, a bien tenté d’apprendre la musique de manière traditionnelle, avant de réaliser qu’il progressait plus vite en allant observer au Blaise Club, un certain Jimi Hendrix. Inconnu aux Etats-Unis, ce dernier est déjà un véritable phénomène en Angleterre.
Evidemment, Paul Kossoff n’est pas le seul guitariste de Londres à avoir une révélation en assistant à un concert du divin gaucher. En revanche, rares sont ceux pour qui le mimétisme agit de manière aussi prodigieuse.

Kirke et Kossoff sont en quête d’une voix, dans le but de former un nouveau groupe. Une voix puissante et subtile, capable de sublimer leur blues sauvage.
C’est alors qu’un soir, dans un pub de Londres, ils assistent à un concert du groupe Brown Sugar. Ils sont époustouflés par la prestation et le talent de vocaliste de Paul Rodgers.
Free – Walk in My Shadow
Durant les sixties, dans ce vivier londonien de jeunes talents, Alexis Korner, père du british blues, joue les entremetteurs. Après avoir été à l’origine de la formation des Rolling Stones, il est l’inspirateur du groupe Free.

C’est notamment lui qui recommande chaudement le jeune bassiste Andy Fraser (16 ans). Ce dernier va s’avérer être également un excellent compositeur.

Le 19 avril 1968, au Nag’s Head de Battersea, a lieu la première jam-session du groupe Free. Le blues inonde la pièce, et rapidement les premières compositions affluent…
“Au début de l’après-midi, nous étions quatre musiciens bien distincts. A la fin de la soirée, nous étions un groupe.”
Paul Rodgers
Sur scène, la paire Rodgers-Kossoff se retrouve sous le feu des projecteurs. Il faut dire que certains soirs, leur alchimie est telle que le duo semble éclairer par un rayon de lune…
A l’image de ce titre, leur première composition commune, et la première du groupe.
Free – Moonshine (Live at The Sunderland Mayfair)
Island Records souhaite baptiser le groupe “The Heavy Metal Kids”… Paul Rodgers s’y oppose fermement. Alexis Korner ayant évoqué avec eux l’un de ses nombreux groupes nommé “Free At Last”, ils optent pour “Free” en raison de son double sens. Le terme signifiant aussi bien “libre”, que “gratuit”.
S’engouffrant dans le sillon blues-rock de Cream, dès le premier album, Tons of Sobs, publié en 1968, on peut déjà sentir le style Free.
Free – Worry
Free – Over The Green Hills (Part 1 &2 – BBC Sessions)
Si le jeu éblouissant de Paul Kossoff électrise les regards, et les ouïes, le bassiste Andy Fraser, en plus d’être un fabuleux support pour la section rythmique, parvient à creuser un sillon groovy sur une majorité de titres. La densité des instrumentaux sur les quatre premiers albums, lui doit beaucoup.
Free – I’ll Be Creeping
Free – Trouble On Double Time
Fire and Water, troisième album publié en 1970, instaure un rock dur, caréné et harmonieux. Porté par des riffs de guitare inoubliables, des lignes de basses riches, et aériennes. Quant au chant de Paul Rodgers, on peut dire qu’il rivalise avec celui de Robert Plant (Led Zeppelin) et Rod Stewart.
Free – Mr Big
En 1970, lorsqu’un groupe déboule avec une solide culture blues, un front-man charismatique au chant puissant et distinctif, un guitariste ténébreux et inspiré, il possède déjà l’essentiel de la panoplie nécessaire à son intronisation dans le courant heavy-metal.
Free – Fire and Water
Mais nous ne sommes qu’aux prémices de cette nouvelle tendance amenée à se démocratiser durant les vingt années à venir. Et pour se faire une place au soleil, un tube s’avère crucial. Andy Fraser et Paul Rodgers s’attèlent donc à l’écriture de All Right Now, tube de l’année 1970. Un titre amené à fleurir deux fois dans les charts internationaux au cours de la décennie. Un titre repris maintes fois depuis, et qui reste encore aujourd’hui le plus célèbre du groupe Free.
All Right Now
C’est souvent lorsqu’un groupe connaît son pic de popularité que son équilibre est menacé. En effet, la majorité des êtres humains ne sont pas faits pour être élevés au rang de demi-dieu. Malheureusement, Free n’échappe pas à la règle.

Le cas du guitariste Paul Kossoff est assez classique dans le monde du rock. Un mal être d’origine inconnu, un talent hors normes, et une appétence pour l’héroïne qui ne fait qu’amplifier avec l’argent et la célébrité. D’après Simon Kirke, il semblerait que la disparition de son idole Jimi Hendrix en septembre 1970, ait également précipité sa descente aux enfers. Même son ami et binôme Paul Rodgers, ne parviendra pas à ramener ce fabuleux musicien vers la lumière.
Be My Friend
Sans doute trop fragile sur le plan psychologique, l’un des guitaristes les plus doués de sa génération va se retrouver incapable d’assurer certaines parties guitares en studio. Sur scène, Paul Kossoff est méconnaissable. La magie semble l’avoir quitté.

Un soir, il ne parvient même plus à trouver l’interrupteur de son ampli, malgré les encouragements d’un public compatissant. Son chemin de croix va durer cinq ans.
“Il se sentait très intimidé par les autres guitaristes. Alors lorsqu’on a commencé à le comparer à Clapton, et d’autres guitar-héros, cela l’a effrayé. La drogue était son refuge.”
Andy Fraser
Le 19 mars 1976, Paul Kossoff décède d’une embolie pulmonaire dans un avion reliant New York à Los Angeles. Laissant un héritage considérable dans les mains d’un autre guitar-hero, le célèbre Angus Young (AC/DC), indéniablement influencé par ses riffs et ses saillies électriques.
Wishing Well
Trois ans plus tôt, l’aventure Free avait pris fin. Voyant Paul Rodgers et le batteur Simon Kirke tenter une nouvelle experience. Le groupe Bad Company, avec le guitariste Mick Ralphs (ex Mott The Hoopleà, et Raymond Boz Burrell, ancien bassiste du groupe King Crimson. Une autre histoire de rock…
Serge Debono












