LINK WRAY, le maillon manquant du rock’n’roll

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Sous le cuir du rocker, un précurseur

Link Wray

Fred Lincoln Wray Jr dit Link Wray est l’un des grands oubliés de l’histoire du rock. Il fut pourtant le premier à exploiter habilement la distorsion sur une guitare, le premier à maîtriser l’effet Larsen, et enfin le premier à populariser l’utilisation des power chords. Il est par conséquent un pionnier doublé d’un visionnaire. Pourtant, si son titre Rumble est aujourd’hui légendaire, son histoire reste confidentielle.

Comme la grande majorité des bluesmen et des rockers de son temps, Link Wray n’avait rien pour réussir. Né en Caroline du Nord six mois avant le crash de 1929, son père prédicateur d’origine indienne (shawnee) rentre traumatisé de la première guerre. Dès l’âge de 10 ans il va travailler avec ses frères pour subvenir aux besoins de sa famille.

Rencontre avec le blues

La vie n’est pas rose pour Link Wray. Heureusement la musique va lui venir en aide. Très jeune, il connaît deux révélations : la guitare et le blues. Il découvre la première grâce à son frère, avec lequel il accompagne sa mère au cours de ses prédications publiques. Et le second en faisant la connaissance d’un jeune noir orphelin hébergé dans un cirque…

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« J’étais assis sous le porche. Mon père avait acheté à mon frère Ray, une guitare Maybelle, mais Ray préférait sortir et faire du vélo, donc je l’ai empruntée. Elle n’était même pas accordée, je ne savais pas ce que je faisais. Et voilà que débarque ce garçon qui me dit de le laisser faire. Il l’a prise, l’a accordée, a sorti un bottleneck et commencé à chanter du blues. Je suis tombé amoureux de cette musique »

A cette époque, il vibre au son du jazz de Chet Atkins, et écoute les titres de Ray Charles et Hank Williams. Sa famille part s’installer en Virginie en 1943. Il forme son propre groupe en compagnie de son frère Ray. Il partage ses journées entre le jazz et les chantiers navals où il travaille avec son père. Ayant fait ses preuves sur la scène de Portsmouth, il intègre le groupe des Phelps Brothers, les stars locales. Link Wray est alors à la recherche de son propre son.

Lucky Wray & The Palomino Ranch Gang

Se trouvant trop lent, il cesse d’essayer de copier ses idoles. Interrompu dans ses expérimentations sonores, il est mobilisé en 1951. Il passe un an en Corée, et encore une année en Allemagne. Dès son retour, en 1953, il dépense la totalité de son solde dans l’achat d’une Gibson Les Paul, et forme le groupe “Lucky Wray and the Palomino Ranch Hands”.

Link Wray – Swag

Il se fait vite une renommée dans la région et part même enregistrer un single à Washington avec son jeune frère Dough. Mais Link a ramené la tuberculose de son armée. Très affaibli, en 1956, il y laisse un poumon et doit rester un an sous observation à l’hôpital. Pendant ce temps Dough continue son bonhomme de chemin, accompagnant même le roi Presley à la guitare.

A sa sortie, Link Wray reprend la direction du groupe. Un soir, ils donnent un concert dans la ville de Fredericksburg. Initialement, il est prévu qu’ils reprennent le titre The Stroll, un tube du moment…

Link Wray

Seulement, Link déjà peu sûr de sa voix, ne s’est pas encore remis à la page depuis sa convalescence. Il ne connaît pas ce morceau. Pendant que Dough joue la rythmique sur trois accords, il improvise un riff. Son autre frère, Ray, commet alors une maladresse historique. Il trébuche et bute sur un micro. Ce dernier vient se plaquer contre l’ampli de Link Wray. Le matériel n’étant pas adapté, le riff de guitare jouit alors d’une saturation jamais entendue auparavant. Le titre Rumble est né. Link Wray vient de trouver le son qu’il cherchait…

Link Wray – Rumble

Le guitariste prétend que Dieu le lui a soufflé lors de son séjour à l’hôpital… Quoi qu’il en soit, le titre met un certain temps à devenir un standard, en raison du boycott de plusieurs radios. Bien que dépourvu de paroles, Rumble est jugé comme étant “violent et incitateur à la débauche”. Le style lascif et blouson noir de Link Wray l’empêchera également d’apparaître à l’écran.

Link Wray – Ace of Spades

Par la suite, malgré des passages chez de grands labels tels que Epic et Swan, Link Wray, soucieux de conserver son intégrité artistique, optera souvent pour l’auto-production. On peut mentionner quelques grandes collaborations. Durant les seventies, il fait appel à John Cipollina (Quicksilver Messenger Service) et la section rythmique de son nouveau groupe CopperHead.

Robert Gordon & Link Wray
Robert Gordon & Link Wray

En pleine vague punk, il soutient l’éternel revival Robert Gordon, sur deux albums. Ces derniers sont composés de vieux standards des 50’s et constituent une belle ode au rockabilly.

Link Wray – Flying Saucers Rock’n’roll

Encensé par la critique, son album Bullshot paru en 1979 est une référence pour les adeptes de psychobilly et de surf rock.

Link Wray – Switchblade

Link Wray fait également une apparition remarquée en 1994, sur l’album Chatterton de Alain Bashung.

Alain Bashung (feat Link Wray) – J’passe pour une caravane

Le 5 novembre 2005, Link Wray rejoint l’autre monde dans la plus grande discrétion.

Depuis, ce guitariste hors du commun est souvent considéré comme le maillon manquant entre le blues électrique et le hard rock. Il n’est jamais trop tard pour entrer dans la légende.

Serge Debono

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