Ozu. – Roman de Marc Pautrel

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Un Grand Cinéaste Romancé

Ozu. - roman de Marc Pautrel
Ozu. – roman de Marc Pautrel

Au Ras du Tatami

Une chronique à la première personne du singulier est pour le moins singulière. Et c’est pour cela que je tenais à parler de ce petit livre redoutable paru il y a déjà presqu’un an et passé, comme d’habitude, complètement inaperçu.

Il y est question de cinéma, bien sûr, mais pas que. Il faut développer. Allons-y.

Voyage à Tokyo (1953) – Bande Annonce

Parlons d’abord de Yasujirô Ozu (1903 – 1963), un orfèvre du cinéma japonais et du monde entier. Celui que l’on a gentiment surnommé « l’homme qui filmait au ras du tatami ». Et c’était vrai : la caméra était systématiquement posée à un mètre trente du sol maxi, ce qui permettait d’observer ses acteurs et alentours en angle ouvert tout en se rapprochant d’eux quand cela s’avérait nécessaire avec quelques champs – contre champs remarquables. Il a été un des derniers à vouloir s’attaquer au cinéma parlant au tout début des années 1930. Quand il l’a fait son cinéma s’est transformé, surtout au retour à la vie normale après la seconde guerre mondiale. Il est impossible de décrire la beauté et la délicatesse (et parfois l’humour) de son cinéma sans s’étaler.

Le Goût Du Saké (1963) – dernier film d’Ozu

L’auteur de ce vrai-faux roman a bien compris cela. Il ne cherche pas à parler de cinéma et d’étudier sa manière de filmer mais d’approfondir ce qu’il avait dans la tête à travers son parcours cinématographique rempli d’harmonie et de finesse d’étude de son entourage et de sa conception de la vie. Ozu. (avec un point comme une esquive finale) est un livre remarquable dans le sens où Marc Pautrel ne cherche pas la biographie mais plutôt l’errance du réalisateur, quitte à imaginer des scènes de sa vie tout en se rapprochant des personnages les plus proches qui l’ont côtoyé : Chishû Ryû son acteur fétiche et Setsuko Hara, sa muse en tant qu’actrice. Il eut une amante qui l’influença mais je laisse le soin de lire ce qui est écrit.

Tokyo-Ga de Wim Wenders (1985) entretien avec Chishû Ryû

Je ne peux évidemment pas éviter de faire le parallèle avec le très beau film de Wim Wenders, sorti en 1985, Tokyo-Ga, où il retourne sur les traces de ceux qui l’ont connu tout en souhaitant découvrir un pays qui le fascine. Il réussit à rencontrer Chishû Ryû qui pleure à l’évocation de ses souvenirs avec Ozu, plus de vingt ans après. Scène bouleversante d’authenticité.

Un conseil donc : lisez ce livre, regardez ce documentaire et voyez un maximum de ses films, surtout ceux qui figurent en filigrane dans le livre : Voyage à Tokyo et Le Goût du Saké, son dernier film.

Marc Pautrel – Ozu.

Arléa – 160 pages – 9 €

Patrick Bénard

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