QUEEN – Night and Day

Queen

Le titre de cette chronique, emprunté au quatrième Lp de Joe Jackson : Night and Day (1982), n’a pas pour but de comparer le travail de Queen à celui-ci. L’objectif consiste à paralléliser l’album emblématique des anglais, A Night At The Opera (1975), et celui qui lui fait chronologiquement suite, le décrié A Day At The Races (1976). L’un célébré en tant que « chef d’œuvre », l’autre traité tel une « pâle copie », faire le point sur leurs forces respectives permettrait une réévaluation globale des musiques en présence.

Queen

Quel que soit le diadème couronnant la Reine, il n’a jamais présenté qu’une seule gemme, mais bien un ensemble de pierres précieuses. Qualifier de « colifichets » certaines d’entre elles, c’est les avoir mises sous loupe, afficher un savoir en joaillerie discographique et musicale qui fasse Foi. Cela a-t-il toujours été le cas ? A sa sortie, A night At The Opera a trouvé des détracteurs comme il en existe toujours lorsqu’on aime ou qu’on n’aime pas. « Rock ampoulé », « Musique pompeuse », pour ne pas écrire pire : « C’est quoi cette daube ?! ».

En toute objectivité (?), tâchons de soigner notre démonstration. Au pire, cette « parenthèse » nous donnera l’occasion d’écouter quelques chansons de Queen, de quoi susciter à nouveau des passions antonymes : l’amour et la haine.

QUEEN – Bohemian Rhapsody

Somebody To Love

On oppose souvent le jour à la nuit. Dans ce cas de figure, la Nuit serait moins bonne que le Jour au prétexte qu’elle en serait un sous-produit, un excrétât, simple « copier / Coller » sur le clavier. Plutôt que « d’opposer », comparons titre à titre les pièces présentes sur l’échiquier.
Avant que les membres de Queen se décident à signer collectivement leurs titres, les chansons étaient attribuées à celui qui en rédigeait les paroles. Commençons par celles signées Roger Taylor et John Deacon, les moins nombreuses.

Queen

John Deacon est incontestablement le plus groovy, le plus soul, des deux et, plus largement, de tout le groupe. De Jour, il propose « You’re My Best Friend », de Nuit : « You And I ». En dehors de l’impression commune de « coolitude » qui ressort de l’écoute, à part affirmer que ce sont toutes deux de bonnes chansons, où est le crime ? Qui clone quoi ? Sans compter que ces demoiselles ouvrent la porte à ce qui suivra, le hit « Spread Your Wings » (1977). Font-elles polémique ? Au contraire, l’unanimité.

QUEEN – You and I

De Roger Taylor, on a lu dans un magazine spécialisé qu’il s’agissait du musicien le plus « rock » des quatre. C’était avant The Works (1984) et « Radio Ga Ga » dont il est crédité. L’éclectisme n’étant pas un défaut, et vu l’ampleur qu’a prise cette chanson, personne ne lui en voudra ! Sur nos deux albums, il propose « I’m In Love With My Car » en 1975 et « Drowse » en 1976. Excepté l’écho qui enveloppe globalement les chansons, leur architecture, tant mélodique que structurelle, est très éloignée. Copies ? Roger chante les deux, et pas Freddie, ok, mais à moins d’être sourd, leurs différences sont marquantes.

I’m In Love With My Car

Par souci d’égalité, tant de chansons d’un côté valant pour l’autre, la bataille fratricide qui anime Brian May et Freddie Mercury a-t-elle amenée l’un de ces messieurs à se reproduire ? Freddie ou Brian ont-ils puisé à la célébrité de quoi satisfaire le nouveau-né ? Passons les titres de Mr May au microscope.

Queen

« Sweet Lady » de A Night At The Opera voit son pendant avec « Tie Your Mother Down » de A Day At Tha Races. Pourtant ces deux pièces de hard rock ne suivent pas la même destinée. « Tie Your Mother Down » fait partie des titres les plus joués par Queen en concert, alors que « Sweet Lady » a disparu des playlist après 1976. De plus, la première sonne plus hard rock classique, la seconde adoptant un petit air de « swing » qui fait tout son charme. Décalcomanie ?

QUEEN – Sweet Lady

Osons comparer « The Prophet’s Song » et « White Man », deux titres assez sombres. Partie centrale grégorienne du Prophète mise à part, la Red One, guitare unique créée par son possesseur, y va de bon cœur. Mime-t-elle quoi que ce soit ? Le son est reconnaissable à cent miles mais pas les motifs, les accords ou guirlandes de notes. L’esprit perdure mais sans commune mesure. Et il en va de même entre l’acoustique « ‘39 » et « Long Away », des gentillesses invitant au voyage.

White Man

Pour ce qui concerne les pièces-montées de Freddie Mercury, il existe des croisements, des plages aux micas et quartz identiques mais brillant d’un tel éclat que s’en passer relèverait du jeûne. « Good Old-Fashioned Lover Boy » sur A day At The Races synonymise « Lazing On A Sunday Afternoon » et « Seaside Rendez-vous » sur A night At The Opera.

QUEEN – Seaside Rendez-Vous

A un an d’écart, la même désinvolture, bonbons acidulés sucrés / salés, saveurs décalées, promeuvent joie de vivre et sourire. A l’opposé, « Love Of My Life » ou « You Take My Breath Away » évoquent la rupture, la perte de l’être aimé dans un climat éploré. « Copier / Coller » ? Il y a de cela. Et au sujet de l’Incontournable, de l’Eternelle, de l’Unique, de l’Everest de la pop-music mondiale ?

Good Old-Fashioned Lover Boy

Existe-t-il quelque part un parallèle à « Bohemian Rhapsody » ? Et bien, « The Millionaire Waltz » présente des similitudes troublantes, notamment ce pont au deux tiers des débats où la partition explose, propulsant du hard rock à s’en dévisser le collier. L’argument qui table sur l’aspect opératique de la Bohémienne mixe sa base « classique » à la valse du Millionnaire. Sans l’accordéon qui la veut « musette », la valse relève de l’orchestre symphonique. Questionnez Johan Strauss, pour voir …

Se peut-il que toutes ces calomnies autour de A Day At The Races relèvent de si peu ?

QUEEN – The Millionaire Waltz

Plus simplement, mirons les pochettes : « Se sont pas foulés, les mecs de Queen, sont passés du blanc au noir et basta ! Ce sont fait des brouettes de pépettes avec A Night At The Opera et cavalent après le pognon avec leur nouveau truc ! Hein ? Comment s’appelle ? J’sais pas, j’en veux pas, m’auront pas ! ». A quoi ça tient un désamour ? Imaginons A day At The Races chez les disquaires avant son aîné, devenant par là-même le plus ancien des deux ?

Reste « Death On Two Legs (Dedicated To …) » qui ouvre le Blanc et « Teo Torriatte (Let Us Cling Together) » qui clos le Noir.

QUEEN – Death On Two Legs

Teo Torriatte

Qu’écrire de ces diamants, ces perles noires ? Totalement différentes, originales, ces chansons caractérisent parfaitement la « façon » Queen. Du piano, des guitares, des percussions, des chœurs grandioses et une voix. Faut-il présenter un sacré ressentiment à l’encontre des quatre musiciens pour ne pas profiter de ces faux-jumeaux qui, chacun, contiennent des merveilles de mélodies. Ils se ressemblent ? Un proverbe français prétend : « Qui se ressemble s’assemble ». Alors, prenons les deux.

Thierry Dauge

Did you enjoy this article?
Inscrivez-vous afin de recevoir par email nos nouveaux articles ainsi qu'un contenu Premium.