TÉLÉPHONE – Parler dans l’hygiaphone

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TÉLÉPHONE – Parler dans l’hygiaphone

Téléphone hygiaphone

Hygiaphone (1977)

Téléphone

« Parler dans l’hygiaphone … ». En 1977, la scène musicale internationale se fait pressente. Une pléthore de groupes punk s’abat sur les ondes radios, dans la presse écrite, dont Best, toujours à la pointe du combat, jusqu’à la télévision dans l’émission de Freddy Hausser : Juke Box. Pourtant, dans les lycées, un groupe français fait son entrée. Il livre un titre rentre dedans à la frontière du punk et du rock : « Hygiaphone », Téléphone.

Et puisque nous citons F. Hausser, c’est lui qui filme le tout premier clip vidéo du Bigo : « Métro c’est trop ».

TÉLÉPHONE – Prends ce que tu veux

Lorsqu’on entend sonner l’« Hygiaphone », comment résister à l’effet « Danette » : on se lève tous ! Le mécanisme à l’œuvre écrase toute résistance sur son passage. « Anna », « Prends ce que tu veux », « Flipper », « Sur la route », autant de détonateurs allumant le baril de poudre qui sommeille chez l’auditeur. Pourtant, ce disque fait figure de hors-d’œuvre. Deux ans plus tard, le groupe crache son venin.

Anna

Crache ton venin (1979)

Téléphone

« Sauves toi l’oiseau … ». « Crache ton venin », « Faits divers », « La bombe humaine », « Un peu de ton amour », « Tu vas me manquer », le ton a changé. Le quatuor « affine » son propos, rajoute des accords, ralentis le tempo sans perdre de son mordant. Bien sûr, des voix s’élèvent pour critiquer, geindre, se plaindre que leurs héros d’il y a seulement deux ans ont « viré leur cuti », qu’ils tournent variété, ramollo.

« Variété » ? La même année, Alain Chamfort qui cherche le Manureva d’Alain Colas, malgré Gainsbourg au texte, certainement. Le JP. Capdevielle décrivant une vie dans le désert, pourquoi pas (c’est discutable …). Mais Téléphone qui ne sait pas quoi faire ? Une bamboche ! Pas de la variétoche.

TÉLÉPHONE – J’sais pas quoi faire

Laissant la critique dégueuler sa bile, Téléphone, telle la bêbête qui monte, pousse le curseur en direction d’un auditoire plus conséquent. S’il fait preuve de compromission, c’est dans l’esprit des amateurs d’épluchures d’oignon, les pleureurs. Quant à remettre en jeu son titre de groupe de rock français n°1, il existe des kilomètres de partitions pour affirmer le contraire.

Autour d’eux, d’autres affichent des velléités plus « couillues » ? Certes, mais sans exposer plus de poils au cul. Parce que la sève qui coule dans leurs veines est tout sauf de la soupe et qu’avoir le vent en poupe ne synonymise pas « offrir sa croupe ». Avec Crache ton venin, Téléphone décrotte sans baisser son froc.

Crache ton venin

Au cœur de la nuit (1980)

Téléphone

Et un objet de discorde, un de plus ! La harangue continue contre Téléphone qui aurait « sucrifiée » son rock sur l’autel des charts. Sillons contradictoires : « Au cœur de la nuit », « Ploum ploum », « Pourquoi n’essaies-tu pas », « Argent trop cher », « Fleur de ma ville », sont des roquettes à têtes perforantes qui pilonnent plus qu’elles ronronnent. « Le délire !!! ‘Fleur de ma ville’ ?! Une comptine ! ». Certes ! Soyons objectif : le BPM ralentis. Mais la qualité ! L’écriture est pointue, sans bavures, achevée. Les plus Grands ont de tous temps proposé des ballades : qui pour le leur reprocher ? Led Zeppelin, Rolling Stones, AC/DC, ils auraient eu tort de s’en priver car c’est nous qui l’aurions payé.

TÉLÉPHONE – Au cœur de la nuit

Si l’argent est trop cher, en avoir ne soulève aucun interdit. Le succès commercial est gage d’autonomie. Pour critiquer Téléphone, on le met souvent en parallèle à d’autres formations jugées (plus) méritantes mais laissées pour compte par les médias … et le public. C’est un cercle vicieux ! Des adeptes plus nombreux attirent l’oreille des foules au détriment de celles et ceux qui ne les souhaitaient que pour eux : « Vendus ! ». Et c’est « repartu » …

Argent trop cher

Dans ces situations, ces « cas », où les avis sont partagés, le live dénoyaute les fruits talés. Se donner corps et âme à la plèbe permet à cette dernière de « juger ». Et de ce côté-là, comme l’a chanté Jacques Dutronc : « Téléphonez me, téléphonez moi ». Téléphone émeut.

TÉLÉPHONE – Live au Théâtre e l’Empire (1979)

Chorus, d’Antoine de Caunes : The Clash, The Cure, The police, The Stray CatsRamones, Téléphone. Il y a des vérités que nul ne peut nier.

Thierry Dauge